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Auteur : Publier le : May 13, 2004
Quadratura a du mal à passer. La digestion du spectacle est lente et ardue. A l’intérieur, les émotions se mêlent, se contredisent. La voix est coupée. Impossible d’articuler le moindre mot. Le duo masculin présenté au sein de la cathédrale du Sacré-Cœur de Casablanca, jeudi et vendredi derniers, est bouleversant d’osmose, de technicité et de mise en scène. Deux hommes se fixent. Deux S, Sidi et Sylvain. Deux G, Graoui et Groud. Le regard est intense, empli d’interrogation. Chacun évalue, juge, sent cet autre qui se tient face à lui. Les corps entrent en action. A la manière de deux aiguilles d’une montre qui se croisent mécaniquement. Trois pas en avant, trois pas en arrière. L’un s’approche, l’autre se recule. L’action se déroule dans un espace carré. La danse, circulaire dans son évolution, suit les contours du quadrilatère. Le dessin esquisse la rencontre. La description est abstraite, peut être trop… mais point de message ici, simplement deux corps à l’écoute et à la découverte l’un de l’autre. Deux enveloppes charnelles servies par deux esprits qui explorent à travers le geste le riche éventail d’émotions ressenties par deux êtres qui se cherchent : le doute, la crainte, la peur, la force, la faiblesse… Une double aventure intérieure où chacun se transforme en catalyseur et permet à l’autre de s’ouvrir à lui- même. La danse est pure, propre. L’entente est parfaite, la synchronisation sans faille. Tant dans les phrases rapides, les passages au sol où quelques uns des fondamentaux de la danse contemporaine - énergie, poids, changement de rythme - sont exploités avec finesse et justesse. Tant dans la gestuelle plus statique où l’expression du ressenti valse au son de l’Adagio pour cordes de Samuel Barber. La vitesse d’exécution est impressionnante de célérité et de précision. Remarquable aussi la capacité des deux artistes à changer de rythme corporel et d’expression faciale en une fraction de seconde. Le rythme, donnée essentielle de ces trente minutes de voyage humain., se manifeste tantôt en musique, tantôt à travers des respirations, tantôt en cadence des gifles assénées à cet alter-ego. La danse est altruiste, interactive. La scénographie englobe le spectateur. Pas de face à face. Pas de vision unique et frontale. La pièce laisse le choix au public d’élire son angle de vue et l’invite généreusement à la réflexion. Les influences sont lisibles. Les hommes aux initiales identiques ont travaillé avec des chorégraphes issus de la “ Nouvelle Danse française, ” Caciuleanu, Monnier, Preljocaj. Le mouvement artistique des années 80 et 90 a mis en avant la théâtralité de la danse qui se fait le véhicule des émotions et des sentiments. Le mouvement s’est alors transformé en langage, en miroir d’intériorité du danseur. Les états du corps et de l’âme sont mis en scène. Autant d’éléments perceptibles dans la création de Graoui et Groud, invitation à la tolérance et à la connaissance de l’autre, chemin initiatique pour que tout aille mieux dans le meilleur des mondes. I.O.
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