Il est le peintre qui fait parler le silence, qui fait de l’absence, une présence aux couleurs chatoyantes. Un monde où s’enchevêtrent mémoire réelle et mémoire imaginaire. Un monde aux couleurs impressionnistes, aux contours «Kindinskiennnes». Une cité aux tons magiquement assaisonnés, dont seul le peintre détient le secret. Aherdan, une peinture au souffle des montagnes et au sourire mystérieux de la Mona Lisa des océans. «Amawis», l’univers de l’infini, sans limites, attelé à la mémoire de l’ami des hommes, le cheval. Dans son élan, le peintre est pareil au cheval qui refuse l’acte de dressage. Pour créer il a besoin de liberté, de beaucoup de liberté que seule la beauté des plaines recueillies aux pieds des montagnes du moyen atlas, pourrait abriter. Aherdan ou le souffle du vent , le halètement des chevauchées, le crissement des chants de la forêt, visualisés, reproduits sur la peau de la toile. Laissez-vous charmer et bercer par l’envoûtement de sa peinture et écoutez le vent souffler, la pluie pintiller. Abandonnez-vous aux caresses d’une lumière végétale, combien douce qui sculpte ses formes.
Jamais, on n’avait vu un homme en parfaite harmonie et communion avec sa terre natale Oulmès, la pétillante. Impressionniste dans ses couleurs, il peint des paysages, par la main du temps fictif, engendrés. Aherdan, le futuriste dont la peinture, dont le jet pictural, rappelle celui d’un Jackson Pollock dans ce qu’elles ont de mystérieux et de profond ou encore celles de Dubuffet. «Ttaouine», «Annay», l’oeil, éveillé ou semi fermé. Et c’est à travers l’oeil de la Gazelle ou celui du cheval, que le peintre se réfléchit et voit se réfléchir le paradis terrestre. Car la peinture d’Aherdan est réellement un paradis retrouvé, le souvenir, par l’emprise du temps, effacé, qui, à travers un pinceau aux élans ensanglantés, rejaillit. Le regardant de cette belle exposition intitulée «Ifssane», ou le silence des profondeurs animé, réanimé, se trouve face à un lieu animé par des souvenirs ancrés dans le respect d’une tradition millénaire. La peinture d’Aherdan est pareille à «Ifri N’Hira» ou la «Grotte de Hira». C’est la métaphore d’un lieu abandonné, mais comblé par une lumière divine. Vues de près ou de loin, contemplées à la manière des cubistes, les toiles d’Aherdane, vous renvoient à une profondeur difficilement reproduite où tout se tient, et où n’existe aucune forme de cloison. La peinture d’Aherdan, un gouffre où l’on se laisse submerger par un flot d’images et d’allégories. Une polysémie esthétiquement angoissante. La liberté de l’acte pictural, violant l’espace de la toile, fait naître un espace où s’agitent tels des algues au fond de l’océan, des couleurs, lumineuses, qui vont, decrescendo, du bleu marine, au bleu pétrole, et du bleu pastèque au bleu ciel, jusqu’à accoucher d’un ton violet. Ses toiles célèbrent la lumière tant adorée, enfouie au plus profond du Moyen Atlas. Et l’on voit émerger «Iguazmiren», une belle plante qui sert de toile de fond au peintre. C’est alors que fleurit la couleur «Afriwen», un vert qui ravit coeur et âme. «Iniyi» (Dis-moi) monde de la peinture, cet éveil pictural, ce foisonnement, est-il empreint au passé ou est-il le fruit d’un futur présumé, S’interroge le peintre. Sombrez dans le monde féerique de la peinture d’Aherdan et vous verrez se défiler devant vous des «Almou» (prairies), des «Ighboula» (Sources). Du «Tagant» (Le sommeil) d’une mémoire refoulée, renaît l’espoir coloré du «Tankra» (Réveil) pictural. L’aventure esthétique d’Aherdan, est-elle la beauté du «Tayourth»(la lune) silencieuse, que seule la semence des couleurs fait enchanter. Comment, sempiternellement, le peintre accouche-t-il de l’aube «Tifawt», éparpillée dans le regard pudique de l’animal, dans la branche peinte, la terre amoureusement effleurée, la paupière affectueusement caressée? Aherdan est le Michaux né à la peinture à travers la fissure ciselée de la poésie. Aherdane, une peinture aux signes enracinés dans les «Izouran» (les racines) de sa terre natale, Oulmès. «Je peins pour me libérer. Il ne s’agit pas de transmettre un message. Qu’est-ce-qu’un message? L’exercice de la peinture est également pour moi la recherche de l’équilibre. C’est la peinture qui me permet de retrouver un équilibre...Écrire ou dessiner, cela représente la même chose: m’exprimer», affirme Aherdan. La peinture d’Aherdan est la lumière empreinte au monde onirique mais combien réel. Au delà des crêtes, au delà des mirages, au fond du tourbillon, de la couleur de l’orage, se crée, se recrée une peinture baptisée la toile du silence.
Ilham Khalifi
Qui es-tu Mahjoubi ?
Né à Oulmès dans le Moyen-Atlas. Après sa formation à l’Académie militaire de Méknès, il participe à la bataille de Tunisie et d’Italie. Par la suite, il va assumer les fonctions de Caïd d’Oulmès de 1949 à 1953. Il est révoqué pour atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat par les autorités du protectorat. En 1965, il est nommé ministre d’Etat chargé de l’agriculture. En 1966, il est ministre d’État chargé de la Défense. Il démissionne en 1967. Il est le créateur du Mouvement Populaire. Depuis le 20 décembre 2003, il est président de l’Union des Mouvements Populaires. Homme politique, écrivain, poète. Il est l’auteur de: «La Masse...ira», «Cela reste cela», «Au coeur des ténèbres», «Un poème pour étendard». Et au delà de toutes ces préoccupations, Aherdan reste l’artiste-peintre dont les toiles ne vous laissent pas indifférent.