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Relativité des résultats scientifiques et certitude de l’expérience soufie

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Publier le : April 29, 2004

L’Homme a développé les sciences pour répondre à ses propres questions existentielles. La philosophie grecque a estimé que la réponse à ces questions ne pouvait être trouvée qu’au moyen de l’intelligence abstraite, alors que les scientifiques considèrent que, de nos jours, l’expérience scientifique est la seule méthode acceptable.
La civilisation islamique a contribué à l’approfondissement de ces questions grâce à ses philosophes, ses scientifiques mais aussi grâce à la pensée mystique connue sous le nom de soufisme.
Mais paradoxalement,  les questions qui ont autrefois obsédé l’homme se posent toujours, et ce malgré les indéniables avancées scientifiques. Quelle est la réalité de l’existence? Comment en saisir le sens? Que peuvent nous dire les sciences expérimentales sur le monde? Quelle est la limite de cette connaissance? Est-elle objective? Quel est le point de vue des philosophes et des sciences expérimentales?
Nous nous permettrons de poser des questions supplémentaires: Y a-t-il d’autres méthodes que celles utilisées par les scientifiques pour accéder à la connaissance? Que peut nous dire la pensée mystique ou soufie? Est-ce que le champ d’investigation soufie est limité aux seules questions métaphysiques? Quels sont les points de rencontre entre la connaissance soufie et la connaissance scientifique?
Ce papier se veut un début d’éclairage quant à de nouvelles pistes de réflexion. Il ne s’agit pas de comparer les résultats scientifiques avec les vérités soufies (ce qui n’aurait aucun sens), ou de faire une intrusion “spiritualiste” dans l’espace “technoscientifique” dans le but de subordonner la connaissance objective du monde à un pseudo projet religieux total1 mais simplement de montrer que l’approche scientifique a besoin d’une dimension transcendante de réflexion que le soufisme peut lui procurer. Pour ce faire nous voudrions jeter la lumière sur les points suivants. Il s’agit davantage de pistes de réflexion que de résultats définitifs: 
- l’histoire succincte des sciences et de la relativité
- les nuisances occasionnées par les résultats de la connaissance scientifique
- la relation entre les sciences et la religion
- le soufisme, l’intelligence et la connaissance
- l’intelligence propre au soufi
- l’apport du soufisme aux sciences empiriques
Dans le premier point, nous pouvons dire que la mécanique classique newtonienne a certes contribué au développement matériel mais qu’elle n’a pas pu répondre à toutes les questions scientifiques, surtout après la découverte de la nature ondulatoire de la lumière et de sa vitesse constante. La théorie de la relativité d’Einstein et la mécanique quantique ont permis de résoudre certaines des questions auxquelles la mécanique classique n’avait pu trouver de réponses.
Si la  mécanique quantique a pu révolutionner notre connaissance du monde microphysique, elle a, cependant, plongé l’homme moderne dans un ensemble infini d’interrogations s’agissant notamment de notre représentation du monde atomique où coexistent matière et antimatière (néant). La physique est finalement revenue à son point de départ et à ses questionnements originels : qui  sommes-nous? et qu’est-ce que les choses? Comment la matière se constitue-t-elle à partir du néant?
La philosophie des sciences modernes s’en est-elle prise à la connaissance scientifique surtout depuis que les résultats scientifiques ont été à l’origine de nuisances sans pareil dans l’histoire de l’humanité.
S’agissant du second point, il est possible de citer des exemples de certaines de ces nuisances. Il s’agit notamment du matérialisme absolu, de la relation aléatoire entre l’intelligence et le monde, des incompatibilités entre les différents paradigmes scientifiques, de l’asservissement de l’homme par les sciences, de l’anarchie qui caractérise l’évolution des sciences, de l’absence d’éthique qui a produit des abus sans précédent.
Ces effets nuisibles sont les conséquences directes de l’exclusion de la dimension spirituelle de la pratique scientifique.
S’agissant maintenant de la relation entre les sciences et la religion (troisième point), il faudrait savoir que la religion ne s’est pas limitée au seul domaine de la croyance mais qu’elle a inclus aussi les sciences autrement dit tout ce qui est connaissances, et actions c’est-à-dire tout ce qui est actes et comportements. Les sciences constituent un domaine du champ religieux et le fait que l’homme s’adonne à la science est un acte d’adoration. Cette relation de la religion avec la science pose la question du rapport entre la connaissance spirituelle (le soufisme) et l’intelligence scientifique.
Le quatrième point vise à montrer que les soufis considèrent que l’intelligence est une forme d’instinct qui se développe avec l’expérience. L’intelligence chez les soufis est un acte de l’esprit (ar-rûh). Un des premiers soufis comme Al-Muhassibi (m. 243/857) considère que toute chose à une essence et que l’essence de l’homme est son intelligence. Néanmoins les soufis estiment que l’intelligence est un outil limité. Son champ d’investigation est réduit au monde sensible. L’expérience d’Al Ghazali (m. 1058/1111) montre que le doute scientifique n’a de remède que dans une forme de connaissance supérieure, mystique : l’expérience soufie.
 À suivre*

Abdelmajid Bensaoud
Chercheur en chimie
physique.

(1) : Les tenants et aboutissants de ce projet sont analysés dans l’ouvrage collectif écrit sous la direction de Jean Debussy et Guillaume Lecointre, Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en science, Editions Syllepse, 2001.



 

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