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Khalil Amr Chraïbi : Marsam 2, de père en fils

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Publier le : March 31, 2004

La Nouvelle Tribune : Relatons brièvement l’historique de Masam Rabat, la source.
Khalil Amr Chraïbi, galeriste :
Au départ, Marsam est une galerie d’art initiée, il y a déjà une trentaine d’années et plus précisément en 1975, par Rachid et Zineb Chraïbi, mes parents. Ses principales préoccupations sont  la collection de peintures en plus d’un travail d’édition de sérigraphies d’art, de lithographies, de gravures. En terme d’édition de bibliophilie, il s’agit de créer un rapprochement entre des peintres et des écrivains, ce qui donne naissance à des folio d’art. Il y a eu également l’expérience d’un mariage entre le texte, la peinture et une musique qui a accompagné le folio d’art, notamment la musique de Saïd Chraïbi qui se trouve être mon jeune oncle. Ce sont des musiques qui ont été composées pour des folios d’art. On peut dire qu’aujourd’hui, Marsam possède un des fonds les plus importants de la peinture marocaine en capital propre. Nous avons la plus grande expérience de l’édition d’art. C’est l’oeuvre d’une vie.

Vous parliez tout à l’heure d’une maison d’édition grand public.
En effet, on a ouvert une maison d’édition grand public où l’on est passé de l’édition de bibliophilie à l’édition des beaux livres  et à celle enfin de livres grand public: roman, théâtre, poésie, essais, nouvelles, livres pour enfants et jeunes. Ceci est brièvement le cheminement de Marsam, la maison-mère à Rabat.

Quels sont les créneaux de l’édition d’art?
L’édition d’art a deux créneaux: les oeuvres peuvent soit s’offrir ou se collectionner par des collectionneurs bibliophiles, soit être détachées de façon à ce que la peinture soit démocratisée, placée ainsi dans des espaces ouverts et grands, en l’occurrence des banques, des sièges d’assurance, des hôtels.

Les oeuvres sont-elles réalisées sur commandes ou sur vos propres propositions?
Nous proposons ce que nous avons déjà édité, mais des fois on peut aussi fabriquer des choses sur commande. On peut par exemple travailler sur le thème de la ville. Ainsi on pourrait commander aux artistes, des maquettes pour des éditions particulières, pour un palace donné. Toute cette expérience est  capitalisée par plus de 400 oeuvres éditées: lithographies, sérigraphies et gravures, l’édition d’une trentaine d’ouvrages de bibliophilie et une centaine  de livres tous genres confondus.

Marsam Casablanca va ouvrir fin mars 2004, est-ce la continuité de Marsam-mère?
J’appartiens en effet à la seconde génération. Je viens de m’installer à Casablanca pour être tout prêt de la clientèle casablancaise. 

Qu’est-ce qui fait l’originalité de Marsam II?
Comme vous pouvez le constater, il s’agit d’un lieu privé très convivial. On souhaiterait recevoir les amateurs d’art, les professionnels de la décoration et de l’architecture, les intellectuels et que ce soit sous forme d’acte programmé.

Ce sont des pratiques qui existent ailleurs, au Maroc c’est peut-être la première fois. Mais comment séduire et attirer son public?
Je voudrais pouvoir consacrer le temps nécessaire aux personnes que nous recevons. Une approche, une explication et une démonstration ne peut se faire dans la cohue d’un magasin ouvert. Le privé c’est une quête de la profondeur dans la relation entre nous et nos clients. C’est un acte culturel que celui d’opter pour une peinture, une littérature et pas pour une autre, pour un discours. La séduction dont vous parliez, doit être mutuelle. On a d’abord créé l’espace, comme je l’ai dit, c’est un espace de rencontre et de convivialité. On a réuni toutes les conditions qu’il faut pour démarrer. C’est comme lorsque l’on met dans une éprouvette quelque chose qui doit incuber, ça finit par donner un fruit.

Pour vous, l’art est-il une passion ou seulement du commerce?
C’est pas seulement du commerce. C’est une vision de la vie, c’est un acte de foi, c’est une passion. Je suis né dans le monde de l’art.

Et si on parlait de votre formation.
Je suis ingénieur en Industrie Graphique, je suis imprimeur de métier. J’ai fait mes études en Allemagne et en Suisse. Dans mon cursus, il y a quelques années, j’ai été fabricant de mobilier, designer. J’ai travaillé surtout sur le métal. Avoir choisi d’ouvrir cet espace est un désir d’être entouré d’artistes et de belles choses. C’est très enrichissant, valorisant et très agréable. C’est un choix de raison. Dans notre métier, il y a le galeriste, mais il y a aussi le fabricant, celui qui fabrique le support. l’éditeur doit être doublé du technicien. Manier l’art, c’est aussi manier la matière propre à l’art. Il faut que l’artiste soit doublé de l’entrepreneur et du promoteur d’art.

Vous parliez au début de l’entreprise Marsam comme étant l’oeuvre d’une vie.
C’est exact. Une galerie ce n’est pas un acte ponctuel. C’est quelque chose qui s’étend dans le temps, c’est l’une de mes raisons d’être.

Qui est véritablement Khalil Amr Chraïbi, artiste, intellectuel, éditeur, passionné d’art...?
Je suis l’amalgame de tout cela. Il y a l’art et un souci de matérialisation et de création d’une trace. L’art c’est une empreinte, c’est une trace. Pour perpétuer cette trace, cela doit passer par l’acte de fabrication et c’est une démarche familiale. Dans Marsam 2, il y a le savoir-faire, mais il y a également le faire-savoir.
La démarche de Marsam 2, se situe en aval, pour que tout le travail effectué à Rabat, puisse parvenir aux casablancais. Ici nous communiquons sur ce qui a été fabriqué.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de Marsam 2?
Le choix par exemple de travailler avec Jamil Bennani en terme de design. Je pense travailler à l’avenir avec des sculpteurs, faire de l’animation culturelle, on pense également déplacer des oeuvres pour habiller des espaces et organiser des événements à l’extérieur de la galerie, animer par exemple des cafés-littéraires. On ne voudrait pas se limiter aux activités classiques d’une galerie, Ce sera un espace de peinture, de design, de sculpture, de lecture de poésie, de chant et de musique.

Vous êtes né au sein d’une famille d’artistes. Quels souvenirs en avez-vous gardé?
Un monde de peinture et de musique. J’ai la chance d’avoir vu le jour au sein d’une famille, où les parents, les oncles aussi bien paternels que maternels, sont des mélomanes. J’ai la chance d’avoir un jeune oncle, Saïd Chraïbi, qui est l’un des plus grands luthistes du monde arabe. Dans ma famille il y a eu beaucoup de passages de peintres, de poètes et de musiciens. C’est une vie très riche. Nos rencontres familiales se font souvent autour de la musique, de la poésie et surtout autour de cette pensée de partage et de convivialité, des moments vrais imbibés d’art et de culture.

Quel est votre regard sur le marché de l’art au Maroc?
C’est un marché à fabriquer. Il faut initier le public, l’éduquer et l’amener à comprendre le discours artistique. Il faut que cela se fasse par étape. Si on prenait l’expérience de mes parents, cela va de la figuration à la pure abstraction. Il y a des expériences qui ont été faites et que je considère comme très courageuses. Mais il faut avoir à l’esprit que les occidentaux sont à une année lumière plus loin, c’est pour cette raison qu’il ne faut pas importer les choses en “copier-coller”, cela ne fonctionnera pas. Il faudra rester dans le souci de ce que votre public peut comprendre et puis le tirer progressivement vers des formes d’expressions plus abstraites et plus complexes. Actuellement, nous ne sommes qu’une poignée de galeristes. Pour parler d’un marché de l’art, il faut qu’il y ait au moins cent fois plus de galeries au Maroc. Il faut être dans une démarche volontaire et ne plus dire, qu’est-ce-que le Maroc peut faire pour moi, mais plutôt qu’est-ce-que moi, en tant qu’entité, je peux faire pour le Maroc !

Propos recueillis par
Ilham Khalifi


Galerie Marsam II, 6 rue Jabal Bouiblane, Résidence Imilchil, appartement n° 1 (Triangle d'Or)
Tél: 022 48 46 04



 

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