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Quand les poètes pensent et rêvent le monde Célébrer la poésie

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Rassembler des poètes qui croient à l’impact des idées et des mots sur l’avenir des hommes et de la planète, n’est pas anodin, même si leur voix et leur écriture paraissent fragiles au regard de la violence qui s’exerce dans le monde. Ils restent le ferment de la terre, et, comme le disait Kandinsky des artistes, la pointe avancée du triangle qui entraîne dans son sillage l’humanité vers plus de lucidité. Lors des Rencontres sur la poésie, René Char sera pris comme figure de proue, car il est la figure même de l’homme enraciné et du révolté au cœur incandescent qui sommeille dans chacun des poètes. Flamboyante poésie, poésie rebelle, inventive, transformant la langue et libérant la terre. Comment ne pas rendre aussi hommage à l’un des plus grands poètes vivants, Adonis, résistant de la parole poétique, créateur d’une œuvre où l’histoire et la quête se croisent dans les entrelacs de l’écriture creusant une liberté toujours revendiquée, le mystère de l’être, de son identité forgée loin des frontières. Les poètes lancent à travers le monde les fils des langues à tisser ensemble. La Biennale de poésie de Marrakech s’inscrit dans le terreau d’une tradition orale dont le symbole reste la halqa de Jama-el-fna au centre de laquelle le conteur restitue le passé, fait surgir l’actualité dans une langue aiguë toujours renouvelée. De Cherkaoui à Kamel Zebdi, pour rappeler les voix de poètes de Marrakech tous deux disparus, court un chemin nomade où marchent les poètes avec leurs individualités, leurs imaginaires et leurs mots. La Maison de la poésie de Casablanca a ouvert le chemin et nous croyons dans l’efficacité d’une réflexion commune sur le rôle de la culture vivante, de la langue contemporaine, dans la constitution d’une pensée individuelle responsable. Abdellatif Laabi, Mohammed Khaïr Eddine, Mostafa Nissabouri, Mohammed Bennis, ont travaillé les premiers à l’émergence du poème moderne. L’enjeu est de transformer la réalité d’aujourd’hui dont la violence est meurtrière. L’espace du poème fait partie de ces lieux de germination d’une autre réalité plus humaine et vivable. Le poète ouvre un champ actif de signes que le lecteur, l’auditeur prolongent et développent à leur tour. Le poème devient son expérience propre. Que se transmette dans ces rencontres l’esprit de poésie, c’est là le véritable défi. L’esprit de poésie qu’évoquait si bien notre ami aujourd’hui disparu le poète André Laude, qui est quête et rébellion.



 

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