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Dans les Nuits Magiques de Marrakech Baby Dahan, magicien

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La Nouvelle Tribune : Vous êtes originaire du Maroc. Né dans la cité ismaélite, Méknès. Vous êtes parti en France terminer vos études et aux États Unis où votre famille avait emménagé. Parlez-nous un peu de certains souvenirs qui vous ont marqué pendant le temps passé au Maroc?
Baby Dahan :
Je suis effectivement né à Méknès. Je suis parti à l’âge de 22 ans en France pour terminer mes études. J’y suis resté . J’ai travaillé dans la fabrication du vin, le domaine de la vignification. Je me suis marié en France.

La vigne, le vin et l’attirance pour le monde de la magie. Des ivresses qui vous éloignent du monde réel, vous plongent dans un monde féerique et plein de surprise.
C’est très beau ce que vous dites. C’est vrai que ce sont des mondes qui se rapprochent, métaphoriquement. J’ai toujours été attiré par la magie, depuis mon plus jeune âge. Je me rappelle à Méknès déjà, je faisais des petits tours de magie avec mes amis. J’adorais voir la curiosité, l’émerveillement dans les regards de mes copains. Je n’avais à l’époque aucune base. C’était vers l’âge de 18 ans.

L’intérêt pour la magie s’est certainement accentué, en France et par la suite aux États Unis?
Tout à fait. L’attirance innée s’est transformée en volonté de pénétrer ce monde merveilleux par les grandes portes. Je m’intéressais à tout ce qui touchait à la magie. Petit à petit j’ai appris un certain nombre de petits tours. J’ai eu l’occasion d’aller plusieurs fois aux États Unis, sur un plan professionnel ou familial et c’est là où je suis allé dans un magasin spécialisé pour magiciens où j’ai réussi à sympathiser avec le patron qui était un grand magicien. Il a commencé à m’apprendre un certain nombre de tours et techniques. Je m’y suis mis sérieusement. C’était mon initiateur. Grâce à lui, j’ai gravi les échelons assez rapidement, c’était pas du professionnalisme, parce que j’avais mon travail à côté. La magie, c’était une sorte de Hobby.

À Partir de quelle époque  la magie, allait-elle être une profession sérieuse?
A peu près une vingtaine d’années. Une première opportunité m’a été donnée par des amis qui avaient un très grand restaurant à Tours. Ils m’ont demandé un jour de venir donner un spectacle pour des clients. L’impact était tellement fort sur les spectateurs, qu’on me demanda de revenir le soir. J’ai donc donné deux spectacles le même jour, et bien entendu, j’ai été payé. C’était mon premier cachet de magicien.

Que vous procure le monde de la magie?
Ce qui est sûr c’est que pour moi personnellement, la magie a toujours été un art comme la musique. Je me compare souvent à un musicien. La magie, je l’avais en moi. J’ai commencé à jouer de cette musique pour mon propre plaisir et puis pour le plaisir de mes amis, de ma famille. J’avais développé une magie très personnelle. J’adorais faire participer physiquement les spectateurs. Le monde de la magie, c’est un monde merveilleux. Quel  que soit le public, dans n’importe quel pays, et dans n’importe quel continent, la magie opére de la même façon. J’ai donné des spectacles en Amérique, en Europe, en Asie, au Maroc..., et partout, le même impact sur les gens. La magie procure aux adultes des sensations d’enfants. Et cela on le voit dans leurs regards. Une grande joie intérieure m’envahit, sachant qu’on peut donner du bonheur aux spectateurs, grands et petits. C’est une jouissance intérieure. Je prends autant de plaisir que les spectateurs. Un spectacle d’une heure, où vous êtes applaudi chaleureusement et sincèrement, vous procure une joie éternelle.

Les Nuits magiques de Marrakech, le 1er Festival International des Arts magiques, aura lieu prochainement à la cité ocre. Vous en êtes l’initiateur et le Président. Comment est née l’idée d’organiser un événement sur les arts de la magie, le premier en Afrique, et précisément à Marrakech?
Je me suis toujours occupé d’enfants issus de familles défavorisées, d’enfants hospitalisés, d’orphelins...

Dans le cadre d’une association?
Non. je n’ai jamais voulu faire partie d’une association. Ce sont des actions que j’ai toujours préféré garder dans l’ombre. En France, chaque dimanche, je vais à un hôpital pour enfants à Paris, où je donne des spectacles de magie...

Payants?
Non, gratuits, bien sûr. Je vais de services en services. J’étais venu à Marrakech une fois. Une amie m’a fait visiter l’orphelinat. J’ai senti que ces enfants manquaient d’amour, d’affection et de joie. J’ai une grande admiration pour les gens qui s’occupent d’enfants orphelins. J’ai engagé une action et puis les autorités de la ville, dont Mr Omar Jazouli, le maire de Marrakech, ont mis à ma disposition, l’espace du Théâtre Royal. Avec un  groupe de magiciens amis, venus bénévolement, nous avons donné une série de représentations. C’était en octobre 2002. Le premier spectacle était réservé aux enfants de l’orphelinat. Ma plus grande joie c’est ce jour là. Il y avait à peu près mille enfants. On a invité les enfants au MacDonald. On a donné deux autres spectacles payants et tous les bénéfices sont allés à l’orphelinat. Pourquoi Marrakech? Allez voir Marrakech, à l’aube, au lever du soleil, avec la lumière qui se réfléchit sur les maisons, les palmiers, Toutes ces belles couleurs propres à la ville... Tout est magique.

Et pourquoi pas à Méknès, une belle ville, mais désenclavée?
J’avais pensé à Ma ville Natale. C’est malheureux, tous les changements néfastes que cette ville a subis. La verdure, la beauté naturelle, les paysages féeriques, disparus. Méknès ne ressemble plus à la ville de mon enfance. Mes souvenirs les plus beaux se sont anéantis. A Marrakech, j’ai beaucoup d’amis. MM. Assad et Omar Jazouli... Jamaâ Lefna, et toute la magie de cet espace...

Justement, puisque vous parlez de la place Jamaâ Lefna, vous savez certainement que c’est la mémoire et la voix du patrimoine oral, le coeur battant de la ville. Cette place a vu défiler des conteurs, des magiciens, des jongleurs, pourquoi ne pas avoir pensé intégrer les maîtres de la magie de la ville de Marrakech et Dieu sait qu’ils sont nombreux?
Mais bien entendu qu’on y a pensé. On a même voulu nous mélanger à ces magiciens sur la place de Jamaâ Lefna. Je veux élargir ce Festival au niveau de toute la ville à un prix très modeste (20DH). On pense inviter les magiciens de la ville pour la deuxième édition du Festival, car pour cette première édition, on n’avait pas vraiment le temps nécessaire d’aller à la recherche de ces artistes. On prévoit par contre, ce qu’on va appeler, le «Douar Magique» où une douzaine de magiciens feront des tours de magie, sous des tentes caïdales. Cent personnes partantes «Des entrées-sort».  C’est entièrement gratuit. Je pense qu’on va recevoir environ entre 4000 et 5000 personnes par jour. Le Festival prévoit des spectacles gratuits pour les enfants d’associations, des orphelins. En plus de la grande soirée de Gala prévue pour le 20 mars. Une soirée où il y aura 1600 personnes, des spectacles comme on en donne aux États Unis.
Pour revenir aux magiciens de la place Jamaâ Lefna, je tiens à préciser que le problème était encore une fois celui du temps. Il faut préparer ces magiciens. Ils sont nombreux. Ceux que l’on voit lundi, ne sont pas là mardi. C’est-à-dire pour les voir tous, discuter avec eux, faire une sélection, rencontrer les «maâlems», c’est vraiment pas une chose aisée. C’est une première édition au niveau de toute l’Afrique. C’est une première expérience. On ne peut pas faire tout à la fois. C’est comme un premier accouchement.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi



 

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