| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | 2M, quinze ans et après ? Audiovisuel |
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C’est dans une ambiance bon enfant que s’est déroulée la conférence de presse organisée par la deuxième chaîne à l’occasion de son 15 ème anniversaire. C’est en présence d’un grand nombre de journalistes et de collaborateurs de la chaîne, et surtout avec beaucoup d’émotion que M. Mustapha Benali, Directeur général de 2M, a passé en revue le programme mis en place en cette occasion. A l’ordre du jour, trois grandes soirées en prime time. Animées par des artistes de renom, ces soirées permettront au public de découvrir les15 talents en herbe sélectionnes lors du casting lancé par 2M, à travers toutes les villes du Maroc. Au terme de ces soirées, (la finale étant prévue le 27 mars), seuls deux candidats seront retenus, pour les deux rubriques animation et humour. Ces deux finalistes vont être, selon M. Benali, intégrés à la chaîne. Au programme également, l’octroi de 15 bourses d’études d’une valeur de 50 000 dhs chacune, qui profiteront aux 15 jeunes dont la date de naissance coïncide avec celle du lancement de 2M, à savoir le 04 mars 1989. Les téléspectateurs ne sont pas en reste. 15 cadeaux, non des moindres (articles électroménagers, scooters ou encore une voiture), leur sont réservés. Il suffit de participer en appelant au téléphone ou en envoyant un SMS à cette fin. Un clin d’oeil particulier est lancé au personnel de la chaîne. 15 collaborateurs bénéficieront de séjours professionnels dans le cadre des échanges de 2M avec certaines chaînes étrangères, notamment arabes et canadiennes. Le cinéma est également au cœur de cet événement. Le public de 2M pourra apprécier tout au long du mois de mars quelques chefs-d’oeuvre qui ont marqué l’histoire du 7ème art durant les trois dernières décennies. Par ailleurs,, bilans et projets, ont aussi ponctué cette rencontre. M. Benali a rappelé le contexte audiovisuel et politique dans lequel la deuxième chaîne a vu le jour, en rendant hommage à certains de ses anciens et actuels collaborateurs dont l’apport est indéniable.
Vision
Pendant quinze années d’existence, 2M a vu, il est vrai, défiler un bon nombre d’émissions et de compétences qui peuvent se targuer d’avoir été à la hauteur des attentes du public marocain, mais aujourd’hui et plus que jamais, la chaîne est appelée à aller de l’avant, à faire son autocritique, en consolidant ses points forts et en comblant ses lacunes. Son rôle étant d’assurer la transition médiatique enclenchée depuis un certain temps. Dans cette optique, le management de 2M, a énuméré un certain nombre de projets qui attestent d’une forte ambition de développement. L’acquisition d’une nouvelle antenne satellitaire figure parmi ses priorités . «Cela permettra une plus grande proximité et interactivité de la chaîne», déclare-t-on à 2M. Concernant le tremblement de terre survenu à Al Hoceima et qui a valu à la chaîne des critiques acerbes, la direction générale de demeure relativement modérée dans ses déclarations, en précisant que la chaîne a bien réagi, qu’elle a fait le maximum de ce qui devait être fait, tout en déclarant qu’elle reste perfectible. «Certes des critiques étaient lues ou entendues ça et là , ce qui est légitime. Personnellement je ne suis pas contre la critique constructive. Cependant, je tiens à préciser un certain nombre de choses. Nous avons, contrairement à ce qui a été dit, réagi dès les premières heures qui ont suivi cet incident. Nous avons commencé par transférer à Al Hoceima notre antenne satellitaire qui se trouvait à Agadir. Ce n’est que vers 22 heures qu’elle est arrivée sur place. D’autre part, une équipe a été dépêchée sur les lieux dès 7 h. Malheureusement elle a été retardée car elle devait être transportée par un avion militaire qui lui-même a pris du retard. Suite à quoi, nous avons affrété un autre avion pour faire vite, mais ce dernier, qui nécessitait une autorisation, n’était lui aussi arrivé à Al Hoceima que vers 11h30, en même temps que l’avion militaire. J’avoue que nous avons été un peu bousculés. Nous avons tenu beaucoup de réunions, et après une longue hésitation, nous avons convenu avec la direction de l’information d’attendre le journal de 12h45 pour passer l’information.» Et M. Benali de conclure «Nous vous demandons d’être indulgents, on est perfectible et, Dieu merci, les catastrophes ne surviennent pas tous les jours. Il est tout à fait normal qu’on soit un peu troublés face à de pareilles situations. mais cela ne veut pas dire que nous avons ménagé nos efforts pour couvrir l’événement. Nous avons fait le maximum, on aurait peut-être pu faire mieux. C’est une expérience, on en a tiré des leçons et c’est très important pour notre travail dans l’avenir.»
Mise au point
Une thèse à laquelle Mme Samira Sitaël, n’adhère pas. La directrice de l’information a réfuté en bloc toutes les critiques de la presse écrite, non fondées et subjectives, selon elle. «Un travail considérable a été fait par les équipes de 2M, les journalistes dormaient dans leur voiture, il y en a qui ont eu des accidents, la presse étrangère nous faisait confiance, Salah Eddine El Ghomari est passé en duplex à TFI, dans leur JT de 20H, alors que nos confrères marocains estiment que nous n’avons rien fait. Je trouve cela scandaleux. Tous ceux qui n’ont pas osé s’attaquer au gouvernement s’en sont pris à 2M. Comment voulez vous que moi, 2M, je donne l’information dès les premières heures qui ont suivi ce drame, alors qu’il est question d’une zone enclavée, difficile d’accès où il n y a pas d’eau, pas d’électricité... Donc, il faut vraiment mesurer la situation avant de s’en prendre à nous, nous avons fait de notre mieux dans des conditions très difficiles.» Certes, les équipes de 2M ont fait du bon travail, il n’ y a aucun doute, la chaîne compte, il est vrai des compétences qui n’ont rien à envier à leur homologues outre atlantique, et à chaque fois qu’une bonne prestation est réalisée, certains organes de la presse écrite ne manquent pas de la saluer et quand la chaîne commet des erreurs, elles sont aussi relevées. Or, ce qui a été reproché à la deuxième chaîne dans cet incident en particulier est tout simplement le retard dans l’information. Les téléspectateurs ont droit à l’information, il aurait donc été judicieux que la chaîne arrête immédiatement ses programmes en cours de diffusion - car il s’agissait toute de même de pertes dramatiques de vies humaines - pour donner l’information. Une thèse que Mme Sitaël n’admet pas non plus. Pour elle, 2M est irréprochable. «Je suis une télé, je ne suis pas une radio. De ce fait, je ne peux pas donner l’information sans image. Pour ce faire j’ai besoin d’une antenne satellitaire. Et cette antenne satellitaire, je ne l’avais pas sur place. Donc, c’est un problème technique avant tout.» Et de poursuivre «Je ne suis pas Al Jazeera ou LCI» a-t-elle précisé en réponse à ceux qui pensaient que la chaîne aurait pu passer au moins une manchette pour donner l’information. Pour terminer, elle a tout de même admis, pour rejoindre l’idée de sa Direction générale, que «2M a bien fait mais qu’elle aurait pu faire mieux.» Par ailleurs, il va sans dire que la chaîne entend développer un certain nombre de projets en vue justement de faire mieux. Des bureaux régionaux seront ouverts à travers le Maroc. «Tanger et Marrakech seront opérationnels dans un prompt avenir», dit-on à 2M. De nouvelles émissions, dont une culturelle sont également à l’ordre du jour. La production nationale sera de nouveau programmée et les téléfilms marocains repris sur la grille. Une grille qui sera revue et enrichie, selon la Direction générale. Ce qui atteste, il est vrai, d’une grande ambition. Cependant, comme l’a déclaré M. Benali pour répondre à certains reproches adressés à la chaîne, les moyens de 2 M demeurent limités et le marché de la publicité assez réduit. Quelles sont alors les ressources sur lesquelles compte la chaîne pour mettre en œuvre sa stratégie de développement ? La thèse de la privatisation étant loin derrière nous, est-ce que la subvention de l’Etat sera revue à la hausse ? La direction de la chaîne compte en premier chef sur le marché de la publicité qu’elle entend développer. Ce n’est pas tout. Le management de 2M veut également résoudre cette équation difficile à travers «des postes d’économies.» Il s’agit de supprimer tous les postes non indispensables au bon fonctionnement de la chaîne, nous dit-on. En plus simple, c’est supprimer tous les faux frais ! Exercice difficile ! Bref, il est insensé de demander à une entreprise d’être performante, de répondre à un standard de qualité correct et aux exigences de consommateurs avisés, si elle n’est pas dotée des moyens nécessaires pour ce faire. Or, il paraît aujourd’hui réellement difficile de relever le pari de la qualité et de l’excellence, alors que les moyens font défaut ! Peut-être que la privatisation serait une partie de la solution ! Autrement, les choses risquent d’empirer. Fini le temps où le Marocain était acculé à choisir entre les deux uniques chaînes nationales. Aujourd’hui, pratiquement tous les foyers ont accès aux chaînes étrangères. Avec une offre aussi variée, tout le monde y trouve son compte : Info, émission-débats, variétés, documentaires, films... On assiste à une mondialisation audiovisuelle. Aussi, les chaînes sont-elles appelées à multiplier d’efforts dans un contexte où le zapping bat son plein. Les téléspectateurs regardent, comparent et choisissent. Le critère de qualité étant souvent à l’origine de ce choix. Cependant, aussi zappeur puisse-t-il être, le Marocain ne peut prétendre se passer des chaînes nationales. Actualité locale oblige. Le Marocain demeure friand de débats politiques, des émissions qui mettent à nu les problèmes de société où il se évolue, des face-à-face entre politiciens, des reportages de terrain, mais aussi des sorties médiatiques de telle ou telle personnalité publiques..., sans oublier l’actualité nationale et internationale. Partant, il revient à nos chaînes respectables de s’activer pour répondre à une telle demande. Peut-être que le déclic est déjà enclenché à 2 M à l’occasion de son quinzième anniversaire. A travers cet événement, le management de la deuxième chaîne semble déterminé à renouer avec les moments glorieux que cette station a connus dans un passé relativement récent. Leïla Ouazry
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