| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Rencontre avec la sainteté (1ère partie) Les chemins vers l’Islam |
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Les chemins qui mènent l’occidental à l’Islam sont multiples : approfondissement de sa propre foi (comme l’explique par exemple un Roger Garaudy), relations entre le Coran et certaine découvertes scientifiques (ainsi qu’a tenté de le montrer un médecin comme Maurice Bucaille), grâce soudaine, et enfin, et c’est ce dernier aspect qui nous a intéressé, rencontre avec des figures spirituelles exceptionnelles que ce soit à travers les écrits qu’ils ont laissés (on pourra alors parler d’une rencontre atemporelle) ou à l’occasion d’un contact et d’un échange avec un saint vivant. Une question se pose : “Comment se peut-il que la vie et la pensée d’hommes (ou de femmes), morts il y a plusieurs siècles, fascinent tant des hommes et des femmes de notre époque et appartenant à une autre culture, au point de leur faire aimer l’Islam ? Et ce en dépit d’un environnement politico médiatique qui, aujourd’hui, il faut l’avouer, ne facilite pas l’attrait pour cette religion. Les exemples de ces intellectuels de renom sont nombreux. Sans être exhaustif on pourrait citer : - Eva de Vitray de Meyerovitch, professeur de philosophie à la Sorbonne, disparue en Juin 1999. Elle se prit de passion pour Jalal Din Rumi dont elle traduisit en français la majeure partie de son œuvre, avant de rencontrer le shaykh vivant Sidi Hamza al-Qâdiri al-Boudchîchi dont elle devint le disciple. - Michel Chodkiewitcz, professeur à l’École des Hautes études en Sciences Sociales et ancien directeur des éditions le Seuil et sa rencontre avec Ibn Arabi à qui il a consacré presque tous ses ouvrages, - Michel Valsan (Mustapha abd al Aziz), grand connaisseur avant lui d’Ibn Arabi, - Martin Lings qui a écrit une très belle biographie du Prophète suivie de celle d’un saint du début du siècle : Ahmed Ben Aliwa. - Deux grands penseurs suisses, Fritchof Shuon et Titus Buckart, sans oublier le plus prestigieux d’entre eux, le français René Guénon (Abdel Wahid Yahia mort en 1951) C’est donc à travers une “lecture de leurs propres lectures” des écrits des saints soufis que nous avons cru déceler les types de cheminement intellectuel qui mènent certains occidentaux à l’Islam. Il n’est pas dans notre prétention d’expliquer comment, par l’entremise des saints, des hommes et des femmes viennent à l’Islam. Les voies qui mènent à Dieu sont impénétrables. Notre objet est juste d’essayer de comprendre à travers la lecture que ces intellectuels font des enseignements soufis, certaines vérités qui ont sans doute jailli dans leur esprit (Mais Dieu est plus savant !) les amenant progressivement à retrouver ce que Guénon nomme “la tradition primordiale” (sous entendu l’Islam). Car si l’Islam fascine bien des gens et même des chrétiens en raison de la foi qui caractérise les pratiques dans les pays musulmans, l’occidental a du mal à faire le pas de la “conversion”, vu les difficultés à comprendre le Coran qui lui paraît souvent comme un texte sans fil conducteur (lui qui a un esprit rompu au style démonstratif) mais aussi à saisir la nature de la prophétie. L’investissement dans le monde de notre Prophète lui paraît difficile à concilier avec l’image stéréotypée qu’il a de la sainteté. La rencontre avec le Saint est ce moment important où le voile se lève et où l’occidental comprend mieux la réalité de l’Islam. Cette compréhension, qui se manifeste dans l’intellect (instrument de connaissance directe à opposer à la raison), s’établit à notre sens grâce à ce que nous appellerons des correspondances symboliques (selon le principe de la “loi de la correspondance” défini par Guénon”) entre telle parole du saint et telle sourate du Coran ou/et parole du Prophète. De la même manière, des paroles de son propre texte sacré (l’Évangile) sont mis en perspective avec l’enseignement de ce saint et avec les sens du Coran sacré. Ainsi peu à peu, les lumières éclatent au grand jour car l’occidental se rend compte que la lumière est unique, et ce qui lui paraissait confus au départ devient éclatant de limpidité. Pour voir plus clair, on pourrait imaginer un schéma avec une série de cercles concentriques. Au centre se trouverait la réalité du Coran et de la Prophétie. Pour y arriver, ou pour la comprendre, l’occidental passe par une première étape qu’on pourrait appeler fascination et interpellation de la foi islamique. A ce niveau il y a deux catégories de personnes : - des chrétiens qui, interpellés par la foi islamique, trouvent l’occasion d’approfondir et d’intérioriser leur propre foi. Dans un discours aux évêques du Maghreb, Rome, le 23 Novembre 1981, le Pape Jean Paul II déclarait : “ … je sais, à l’image d’un Raymond Lulle et plus récemment de Charles de Foucauld ou d’Albert Peyriguère, et plusieurs autres, que la rencontre avec l’Islam peut favoriser une intériorisation plus intime de la foi. Il n’est pas rare qu’une grâce de prière et de contemplation soit attachée à la vie dans ces pays” A son arrivée en Algérie à la fin du 19ème, le Père Charles de Foucauld est impressionné par le silence du désert qui facilite le recueillement, cette ferveur de la foi en plein combat qui ne fait pas oublier aux bédouins les moments de prière. Il conclue par cette parole forte : “Ces arabes prennent vraiment Dieu au sérieux ”. On pourrait aussi citer cette rencontre en 1216 (en pleine quatrième croisade) entre le célèbre Saint François d’Assise et le Sultan Malik Al Kamil d’Egypte (dynastie Ayyubide). Parti avec des préjugés sur la prétendue “barbarité” et infidélité des “musulmans” et avec le désir de convertir le Sultan, il en vint à modifier profondément la vision qu’il avait de l’Islam. Dieu et les valeurs spirituelles pouvaient exister ailleurs que dans le christianisme. Il en conclut que sa mission d’évangélisation devait s’adresser d’abord à ses propres coreligionnaires tant la ferveur dans la foi chez les musulmans l’avait impressionné (Cf. Julien Green“ Père François, le Seuil, Paris, 1983) On pourrait aussi parler de l’admiration de Lamartine (Histoire de la Turquie, Librairie du constitutionnel, Paris, 1854) pour le Prophète Mohammed, de Thomas Carlyle célèbre auteur anglais du 19ème siècle dans son livre “The Prophet as hero”, et plus proche de nous la forte impression que fit l’Emir Abdel Kader sur ses adversaires devenus ses vainqueurs (voir le livre de B Etienne, L’Emir Abdel Kader) : Léon Roches (cité dans la préface aux écrits spirituels de l’Emir Abdel Kader, trad. M .Chodkiewitcz) dit de lui : “Admis quelquefois à l’honneur de coucher dans la tente d’Abdel Kader, je l’avais vu en prières et j’avais été frappé de ses élans mystiques, mais cette nuit il me représentait l’image la plus saisissante de la foi. C’est ainsi que devaient prier les grands saints du christianisme” A suivre Par R. Hamimaz * * Universitaire
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