La Nouvelle Tribune : Vous êtes Président Fondateur de l’Orchestre Philharmonique du Maroc, musicien (violon solo)... Contez-nous un peu le récit de la création de L’OPM (Orchestre Philharmonique du Maroc)?

Farid Bensaid : Vous le savez certainement. Je suis à l’origine de la création de l’Orchestre Philharmonique du Maroc. J’ai plusieurs casquettes dans ma vie. L’une des plus passionnantes, c’est la musique. J’ai fait des études de musique au conservatoire à Rabat et à Paris. Je suis ingénieur appareilleur. La musique ne me fait pas gagner ma vie, au contraire je donne plus que ce que je reçois.
Votre choix n’est quand même pas le fruit d’un hasard?
C’est un choix personnel. Par amour et passion pour la musique, on a créé l’Orchestre Philharmonique du Maroc en 1996. Depuis, nous essayons de nous insérer dans le contexte médiatique. Notre but, inculquer la musique aux jeunes, sachant que la musique et l’Art en général adoucissent les moeurs. Nous avons quelques soucis d’ordre financier. On essaye d’amener les gens à croire en nous. On lance un cri pour dire qu’on ne peut pas continuer sans aide. On a un public et des personnes qui nous soutiennent matériellement et surtout moralement, mais ce n’est pas suffisant pour gérer tout un staff, musiciens, équipe à plein temps, qui organisent les événements, se chargent de la communication et tout cela c’est de l’argent. Il faut essayer de trouver des fonds.
Avec si peu de moyens, vous avez pourtant réussi à faire quelque chose d’exceptionnel. Vous invitez des chefs d’orchestre et des solistes internationaux de renom. On n’oubliera jamais, cette grande émotion, ces moments d’extase, vécus lors du premier Opéra au Maroc, «Traviata de Verdi», le Concours International de Musique du Maroc, l’accueil de Abderrahman El Bacha, l’enregistrement du premier CD et aujourd’hui le Concert du Nouvel An «A la Manière de Vienne», la rencontre Andalousie et Occident est une réussite. Comment cette idée a-t-elle germé?
L’idée était de faire rencontrer la tradition andalouse et la tradition symphonique. On a essayé de voir si cette musique pourrait s’adapter à l’Orchestre philharmonique. Plus de deux cents heures de travail. Et c’est Didier Marc qui a orchestré et arrangé l’ouvre déjà connue de la musique andalouse pour l’orchestre philharmonique. Les musiciens de la musique andalouse, jouaient un morceau (par coeur), alors que l’OPM avait une partition. Et c’est la percussion Derbouka qui nous donnait la mesure. C’est notre manière à nous d’enrichir la musique traditionnelle marocaine. La réaction du public lors des quatre concerts, était très encourageante.
Qu’est-ce qui fait la difficulté quand on est violon solo?
C’est une grande responsabilité. On n’a pas droit à l’erreur. On porte une pression qui pourrait être bloquante.
La Nouvelle Tribune : Vous êtes Vice Président, chef d’orchestre et co-fondateur de l’OPM. Comment avez-vous vécu l’aventure de la création de cet orchestre?

Jean-Charles Biondi, Chef de l’OPM : On s’est aperçu qu’au Maroc, il y avait de très bons musiciens qu’il fallait regrouper dans un orchestre et promouvoir aussi bien au niveau national qu’international. On a voulu éveiller l’intérêt des jeunes pour la grande musique, accompagner les artistes doués et créer des événements prestigieux. Il fallait également créer cet esprit d’émulation, mais surtout initier le public marocain à la tradition de la musique classique. On a réussi à faire beaucoup d’adeptes.
Vous avez fait rêvé un grand nombre de mélomanes lors du dernier Concert du Nouvel An «A la Manière de Vienne», en invitant les spectateurs à un voyage à travers les plus célèbres valses de Strauss, la Carmen de Bizet, «La Danse Hongroise de Brahms...et la cerise sur le gâteau, les 15 minutes réservées à la musique Andalouse.
Pour la première, une oeuvre de la tradition musicale orale, la musique andalouse jouée par l’Orchestre Philharmonique du Maroc en compagnie des musiciens de l’orchestre andalous dirigé par Mohamed Briouel. On était animé par une préoccupation qui était principalement d’ordre pédagogique. Il fallait harmoniser cette oeuvre pour un grand orchestre symphonique. C’est une première qui a eu un énorme succès. On souhaiterait montrer au public ce que serait devenue la musique andalouse si, comme en Europe, depuis le moyen âge, il y avait eu une tradition écrite.
Elle est belle et heureuse cette rencontre entre deux traditions musicales, l’une écrite et l’autre orale ou «improvisée». Quel sentiment en vous, cela, a-t-il éveillé?
C’est très émouvant. Je me transporte au moyen âge. Je revois ces musiciens de la tradition andalouse et je me dis que ces musiciens auraient pu devenir de très grands classiques si leur musique avait été écrite et s’ils avaient fait des recherches d’harmonie, des polyphonies etc. On souhaiterait que l’Orchestre seul puisse un jour reproduire cette tradition orale riche et diversifiée.
En dirigeant l’Orchestre Philharmonique du Maroc, vous avez certainement rencontré des problèmes?
Comme toutes les premières naissances. Il y a souvent des difficultés. Pour l’OPM, elles étaient énormes. On a fait un travail colossal. Individuellement, le musicien savait jouer, mais il n’avait aucune expérience d’orchestre. Pour homogénéiser tout cela, pour que l’on arrive à avoir un niveau sonore harmonieux, il fallait parvenir à ce qu’ils jouent juste et ensemble, suivre le chef d’orchestre. Il fallait leur inculquer le style. On souffre aujourd’hui du problème des instruments. On n’a pas de bons instruments de solistes et de concertistes. Les instruments sonnent mal ou sonnent creux. On n’a pas assez de premiers violons pour jouer les grands classiques.
La Nouvelle Tribune : Vous êtes compositeur, responsable artistique et enseignant à l’École Internationale de Musique et de Danse de Casablanca. Mais vous êtes surtout à l’origine de l’orchestration qui est, comme vous l’avez souligné, une belle rencontre entre une musique orale et une musique écrite.

Didier Marc Garin : La musique andalouse est d’une subtilité et d’une richesse rythmique considérables. Elle a cette possibilité de jouer les mêmes phrases musicales tantôt dans des registres graves et tantôt aigus. Pour cette oeuvre, il fallait donner les couleurs orchestrales tout en respectant les thèmes ou les phrases musicales. Il fallait d’abord retranscrire une musique orale, écrire des contre-chants, des contrepoints, donner le ton et la vitesse... pour l’Orchestre Philharmonique. Ce qui est extraordinaire dans la musique andalouse, c’est cet aspect d’improvisation, et de variations. Un seul morceau n’est jamais joué de la même manière. Ce qui n’est pas le cas pour la musique classique. Une rencontre est souvent heureuse.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi