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Quelques jours en compagnie d’un Saint : Le Shaykh Sidi Hamza guide spirituel de la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya Témoigna

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Ce récit est le témoignage de ma rencontre avec Sidi Hamza, shaykh de la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya. Je lui rendais visite au mois de Juin 1999, dans sa résidence à la zâwiya mère à proximité de la ville de Berkane, en un lieu  appelé  Madagh.  Dans  ce  récit,  à  travers  mes  observations, impressions, et méditations, j’ai souhaité, en tant que disciple, exprimer ce que m’a paru être le shaykh Sidi Hamza lorsque je le vis. Qu’il partage ou non les jugements que je livre et qui se révélèrent à moi dans la nudité de l’esprit, le lecteur, je l’espère, saura y déceler les accents de la sincérité.
Le voyageur qui, engagé sur cette route à une dizaine de kilomètres de Berkane, en ressort du côté de Madagh, fait sur ce vieux chemin goudronné une surprenante rencontre. En débouchant d’un amas de vieilles maisons longeant le sentier, il trouve devant lui, dans une vaste clairière et s’élançant vers le ciel tel un château, un imposant édifice. De cette étrange bâtisse qui semble tenir là par enchantement, se dégage une impression d’élévation et de paix. Au fur et à mesure qu’il s’en approche, la fatigue du voyage se dissipe, chassée par un calme étrange, une atmosphère indicible propre aux lieux saints. Ce chemin, je l’ai parcouru à quelques jours de la fête du Miloud, au moment où il n’était pas encore secoué par l’activité fébrile des pèlerins qui n’allaient pas tarder à affluer de tous les coins du pays. Nous venions de garer la voiture. Mon sac de voyage à la main je ne cessai de scruter les hauteurs de cette bâtisse, arrêtant mon regard sur les appartements. Là réside un homme pour qui la guérison des âmes et leur élévation est le seul but. Certains aspirent à la richesse, au pouvoir, celui-ci n’a d’autre souci que de guérir les cœurs. Une volée de pigeons vint interrompre mes rêveries. Dans un grand bruit d’ailes ils allèrent se nicher dans des anfractuosités disposées en essaim autour des appartements du maître.
Des disciples nous accueillirent, et après nous avoir déchargés, nous invitèrent à monter. Seyed était déjà au courant de notre arrivée. Après avoir traversé une grande cour où des monceaux de briques et de ferrailles avaient été déposés pèle mêle indiquant l’imminence de travaux d’aménagement, nous empruntâmes une allée étroite qui longea les murs des cuisines et une rangée d’arbustes à travers les feuillages desquels on pouvait deviner les traces de préparatifs de la nuit du mouloud. Tout était là : tentes, tapis mais aussi pour nous rappeler le 20ème  siècle un impressionnant matériel de sonorisation. Au détour, un chemin plus large nous mena à une sorte de tour qui, je ne sus pourquoi, me rappela ces donjons du Moyen âge sous d’autres cieux. A quelques mètres seulement avant d’y arriver, un petit escalier conduisait à une grande porte, celle de la mosquée. Un pèle mêle de fuqaras en jaillit. La prière de l’asr venait de s’achever. Même si beaucoup d’entre eux m’étaient inconnus, je m’arrêtais pour les saluer. La politesse et le savoir vivre comptent parmi les vertus essentielles de l’éducation du maître. Ils constituent les premières marches de l’interminable escalier qui mène le murîd sincère à la station supérieure de la réalisation spirituelle : l’Amour {al-Mahaba). De cet amour, le shaykh dit : “L’Amour (Al-mahabba) est un feu ardent. Il consume tout ce qui n’est pas Dieu. Celui qui a été brûlé par le feu de l’Amour sera prémuni contre le feu de l’Enfer”. Pour commencer sur cette voie, il faut s’abstenir de juger, savoir pardonner et aimer. “Le mal est en nous” aime souvent à répéter le shaykh. Tout cela fait partie de la lutte contre l’âme, la plus grande des infidèles selon le soufi andalou lbn Arabi, cette âme qui nous donne une image rassurante de nous-mêmes, qui dilate et amplifie notre ego jusqu’à la démesure et l’insolence. Je me souviens qu’à la première rencontre déjà, le shaykh nous avait dit : “ brisez  la balance ”, c’est-à-dire notre sens du jugement, forcément relatif plus attaché aux apparences qu’à la réalité intérieure de l’être, c’est-à-dire au cœur. Plus tard, il nous raconta l’histoire de son shaykh Sidi Boumediene. Celui-ci avait un fils qui, un jour, irrité qu’il était par les comportements de ses coreligionnaires, lança à son père, que, selon lui, peu de gens étaient des croyants sincères. Le shaykh rétorqua : “Ainsi mon fils tu penses que tous ces gens sont vils et que toi seul es bon ! En réalité -ajouta-t-il - je ne vois que des gens bons et toi seul es vil. Haj Mohamed, son fils, venait de perdre, sur cette voie. Il ne pouvait plus aspirer à la maîtrise spirituelle. Ce fut au propre père de Sidi Hamza, Si Abbas qui était encore son murîd, que Sidi Boumediene confia le secret (sirr) de l’éducation spirituelle. L’escalier que nous empruntâmes ensuite mena au premier étage, à une immense salle dans laquelle le maître recevait la visite (a-ziyara) de nombreux pèlerins. C’est là que nous allions résider juste à côté des appartements du maître. C’était un grand privilège. A droite de l’escalier un étroit couloir au bout duquel un petit escalier de trois ou quatre marches aboutissait à une porte verrouillée en bois massif. Un de nos accompagnateurs, frappa énergiquement et demanda d’une voix ferme qu’on nous ouvrit; “Ce sont les fuqâra de Rabat, Sidi a été prévenu de leur visite !”. Je compris plus tard que ce portillon était  nécessaire  car  il  protégeait  l’intimité  de  Seyed (terme utilisé par les disciples pour désigner avec respect le maître) des débordements incontrôlés de certains pèlerins. Deux jeunes hommes nous accueillirent dans une sorte de balcon long et large qui, par temps dégagé, offrait une superbe vue sur la zâwiya et sur la riche plaine de Berkane.
(A suivre)

Rachid HAMIMAZ
Universitaire



 

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