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La culture n’est pas une marchandise La coalition pour la diversité culturelle marocaine

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La Nouvelle Tribune : Comment s’explique le besoin urgent de créer la Coalition pour la Diversité Culturelle marocaine?
Hassan Nafali :
La décision ressemble un peu à un signal d’alarme.
On a été contacté par des collègues canadiens, je parle bien entendu de «la Coalition canadienne pour la diversité culturelle», il y a presque une vingtaine de jours. On a parlé de l’accord bilatéral d’échange libre qui sera signé entre le Maroc et les États Unis. Ce document devait être signé fin décembre, mais il y a eu un désaccord au niveau de l’industrie pharmaceutique et l’agriculture. Nos amis canadiens nous ont mis en garde contre les éventuelles décisions qui seront prises  au niveau du volet culturel. Il fallait donc constituer un front ou une coalition.
 
Quels sont les risques que pourrait présenter la signature de l’accord bilatéral?
Franchement, jusqu’à présent, nous ne savons rien, absolument rien. Personne ne veut nous informer sur le contenu du paragraphe concernant la Culture.

Il y a eu des accords similaires avec l’Europe, cela n’a pas posé de problèmes. En quoi est-ce différent avec les américains et quels sont les véritables risques?
Ce sont des visions tout à fait différentes. Les européens et plus particulièrement la France, croient en l’exception et la diversité culturelle. Pour les américains, la culture est une simple marchandise comme toutes les autres marchandises. L’Amérique est contre la diversité culturelle. C’est cela qui a éveillé nos inquiétudes.
On a contacté, le Secrétariat d’État  aux Affaires Étrangères et il nous a été dit qu’un  package, comprenant notamment la culture, était  en train d’être discuté. La première stratégie des Américains, c’était l’entrée par l’OMC (l’Organisation Mondiale du Commerce), s’étant  rendus compte que cette politique n’allait pas aboutir, ils ont opté pour les accords bilatéraux avec des pays comme Israël, la Jordanie, le Maroc, l’Égypte, la Tunisie. Les accords bilatéraux entre le Canada et les États Unis ont entraîné des manifestations des hommes de la culture. L’identité culturelle marocaine risque d’être piétinée ou mise de côté, dans le sens où les intérêts sont plus matériels et commerciaux qu’intellectuels et   culturels. Il va y avoir des maisons de production, au niveau de la télé, le cinéma, le théâtre...comme on va avoir une libération au niveau de l’audiovisuel, ils vont bénéficier des fonds de soutien et comme on n’a pas de véritable loi qui gère l’espace culturel national, on risque d’en souffrir. Déjà que le problème se pose au niveau d’un marché national culturel restreint, quel sera le cas quand il va y avoir des productions étrangères? Il y a aussi la convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle qui sera discutée en 2005 et que les États Unis tente de contrecarrer.

Où réside la force de la nouvelle Coalition pour la Diversité Culturelle marocaine?
Elle est composée de sept associations et syndicats des artistes, l’Union des Écrivains, les musiciens, les cinéastes, les producteurs...On est regroupé dans un seul organisme. C’est une force morale et intellectuelle.  

La Coalition, est-elle un projet à long terme ou a-t-elle uniquement été créée  pour faire face aux dangers de l’accord bilatéral entre les deux nations?
C’est tout d’abord l’incident de l’accord qui nous a poussés, nous les artistes, à créer cette Coalition qui pourrait à long terme résoudre pas mal de problèmes qui ont trait à la réalité culturelle nationale. Au statut de l’artiste...Déjà le fait d’être réunis, c’est un grand pas vers l’avenir.

En tant que Président du Syndicat National des Professionnels du théâtre, que pouvez-vous nous dire sur la situation actuelle des artistes?
Officiellement, il y a le statut de l’artiste.

Mais ce n’est qu’une loi cadre. Rien n’est encore concret,  situation sociale et carte professionnelle?
C’est vrai, il faut des textes pour passer à la pratique. Le problème qui se pose pour les artistes est d’ordre social, la retraite, la CS...Ils n’ont pas de ressources fixes. Notre projet est de créer une caisse nationale des affaires sociales de l’artiste, qui sera subventionnée par l’État, les communes, les organes où travaille l’artiste (Télé, cinéma, théâtre...) et par l’artiste lui-même.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi

Déclaration de quelques principes de la Coalition pour la diversité culturelle

Nous professionnels marocains de la Culture, avons décidé de nous regrouper afin d’adopter une stratégie commune dans la défense de nos intérêts. Cette démarche est notamment, l’expression de nos préoccupations sur la place qui sera réservée à l’industrie culturelle dans le cadre de la négociation actuelle des accords bilatéraux de Libre Échange entre le Maroc et les Etats-Unis...

Attendu
-que la culture est l’expression privilégiée de l’identité et de la créativité humaines dans toute leur diversité et qu’elle constitue un patrimoine inaliénable pour l’ensemble de l’humanité;
qu’à l’échelle planétaire, cette diversité se fonde sur une multiplicité de caractéristiques et d’expériences locales et régionales qui en assurent la richesse et le renouvellement,
-que la vitalité de ses diverses activités culturelles est intimement liée aux ressources des États;
-que l’existence et le développement du bien culturel au Maroc n’a pu et ne pourra se concevoir sans l’appui moral et financier de l’état;
-que l’accélération de la mondialisation des échanges commerciaux, parce qu’elle met en présence des États et des entreprises aux ressources inégales , peut entraver la diffusion et le rayonnement des cultures et restreindre gravement l’accès pour tous à la diversité culturelle...

Nous préconisons
Que d’ici la mise en place de ce nouvel instrument international, les Etats s’abstiennent de prendre des engagements de libéralisation du commerce affectant le domaine de la culture dans le cadre de négociations de l’OMC ou de tout autre négociation de commerce international....



 

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