| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Yamou, l’énergie endormie Binebine, l’insoumis |
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Lui, Mahi Binebine, l’ardent peintre, qui façonne des visages en forme de masque, opaques, avec des courbes ovales, modelés à partir de cire et de pigments. Des corps sans âge, asexués, toujours à réinventer. Des corps nés de l’aube talismanique. Des corps endurcis, alourdis par des siècles d’emprisonnement et de souffrance refoulée. Des corps affaiblis, mais continuent et ne cessent de rêver. Des corps qui percent l’inconnu, peignent l’inachevé. Yamou Abderrahim, une parole retenue, la terre fertile, la verdure peinte et sculptée, le bonheur de la lumière retrouvée. «Binebine» qui signifie quiétude, en wolof (dialecte sénégalais), y va tout doucement, quand il s’agit à travers différents moyens et techniques picturaux, de narrer l’histoire de tout un peuple et celle de sa liberté. D’ailleurs les sculptures et les peintures rythment et cadencent la liberté. Yamou, serein, chante la nature dans toute sa splendeur illuminée, l’existence, bien que par la pesanteur du Temps, endurcie. Il sculpte la lumière, les profondeurs des océans, repeint l’énergie, sagement voilée, de la vie.
Symphonie verdoyante
Ses oeuvres, une belle symphonie verdoyante, une oréade sculptée, baptisée, «arbre dans l’eau», «Grande Orée», «Les graines»...»ma sculpture-peinture, est pareille à ces êtres sages, fortement enracinés, sereins, mais pleins d’énergie», dira Yamou. Les tableaux de Binebine ne sont pas titrés, mais ils parlent d’eux-mêmes. Des visages ciselés, morcelés, mortifiés, cicatrisés, cousus. Des êtres non identifiés, ensevelis, momifiés... Yamou, sculpte des entrelacs de bois et de clous, fait pousser des touffes d’herbe sur le corps d’Eve. Il élève des formes de pavot somnifère. Binebine, résurrection de corps encombrés, transportant le fardeau: une multitude de têtes, aussi différentes les unes des autres, aux regards hagards ou absents. Un corps incliné; est-ce par respect, par humilité ou par asservissement, aliénation intellectuelle? deux corps entrelacés, entrecroisés. Des toiles de Binebine, surgissent des mains, aux fonctions multiples. Elles disent l’oppression sous toutes ses formes. Elles assourdissent, aveuglent, enterrent et empêchent l’élan de la parole. Mahi Binebine déclare: «Toutes ces têtes représentées sur l’espace de mes toiles, reflètent ma société, reflètent la société, reflètent l’homme et sa destinée, l’homme et ses espoirs, l’homme et ses ambitions, mais surtout l’homme en quête de la dignité et de la liberté. Mes oeuvres dénoncent l’oppression, l’injustice, l’intolérance...», l’oeuvre de Yamou, abrite et accueille le scintillement du tilleul, arbre immense au parfum discret. Dans l’oeuvre de Yamou, le tilleul, incarne à la place du pommier, la métaphore du savoir, de la connaissance et du péché originel. Ses statuettes de bois, cloutées, rappellent celles appelées les N’Konde, conçues en Afrique, au Congo, précisément. Comment intégrer la plante au volume? Ne plus faire de celle-ci le centre, mais le coeur de l’univers. Ainsi se côtoient harmonieusement les éternelles contradictions: la vie aux couleurs tristes et chatoyantes et la mort ancrée dans ces clous métalliques rouillés. Au milieu de cette masse ocre, fleurissent des touffes vertes. Yamou, toiles imbibées d’eau de vie. Ses toiles, symbolisent la continuité. Ce sont des horloges biologiques, un vent de graines, des pollens transportant le suc de la vie. Pour Yamou, le Paradis n’est nullement perdu. Il est dans l’Art, la Création, l’Amour, la Beauté, l’Océan, les Etres qui s’acceptent, se tolèrent et s’écoutent... Ses toiles regorgent et débordent d’énergie. Quand elle se libère, sa peinture, exprime l’élan vrai de la liberté. Partage ou échange, complémentarité, enrichissement mutuel, miracle d’un rapprochement, un pacte d’amitié scellé, entre peinture et sculpture, entre Yamou et Binebine. Sur les terres du silence, se dresse le portrait de la «Parole efficace et utile». Et un tintement de couleurs empreintes à une palette aux tons terre, ocre, rose, gris, bleu ciel, vert, blanc et beige, de la cire et des pigment, du bois, des clous, de l’herbe, envahissent heureusement l’espace de la toile, l’espace de l’exhibition. Mahi et Yamou ont juré que jusqu’à la lie, ils boiront, ensemble, la calice où sont consacrés les limites, les délices, les prémices, l’essence même de la Création. C’est ainsi que se marient affectueusement, peinture et bas reliefs. Du gouffre des terres du silence, resurgissent des corps jumelés, accouplés: Et du peintre, naît la belle «toile-hydre». Et ces regards bien que hagards, vous poursuivent, vous accusent. Binebine, le silence qui crie, se révolte. Binebine la parole déchaînée, la couleur éclatée. Yamou, le conteur des couleurs par leur clarté, envoûtantes. Sur les terres du silence, ont fleuri des pensées, violettes, vertes, roses, quand Mahi Binebine s’est lié à Yamou Abderrahim, par un lien aussi fort et aussi solide, que celui du cordon ombilical, la passion et la vénération vouées à l’Art. Ilham Khalifi
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