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Ahmadou Kourouma, Adieu maître …

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Il n’est plus, ce grand homme et écrivain,  au coeur noble et généreux, au rire innocent et jovial, au regard plein d’humanisme.
Je l’avais rencontré, il y a deux ans, lors d’un entretien à Sochepress. Il m’avait parlé de son dernier livre, «Allah n’est pas obligé»,  quand il prononçait le titre de son roman, il riait aux éclats... Quand il entendait un occidental parler des Droits de l’Homme, il disait d’une manière ironique: «Où étaient les Droits de l’Homme, lorsque des milliers d’Africains mouraient dans des prisons?».
Son premier roman «Les Soleils des indépendances», lui a valu un grand succès, vu la thématique résolument post coloniale et l’écriture imprégnée des structures de pensée des Malinkés dont était issu Kourouma. A propos de ce roman il avait déclaré: «...j’ai réécrit le roman en «malinkissant» le français». Ahmadou Kourouma  était un amoureux des mots, des dictionnaires. Pour lui, l’écriture devait avoir de multiples fonctions: informer, transformer, émouvoir, faire revivre une société et arracher les lecteurs à leur quotidien. Ahmadou Kourouma, avait déjà entamé un nouveau roman dont la fiction devait se dérouler en Côte d’Ivoire, une sorte de suite d’»Allah n’est pas obligé». Le roman où Ahmadou avait raconté toutes les atrocités des tyrans liberticides qui se sont installés au pouvoir en Afrique; les guerres qui ravagent le Liberia ou le Sierra Lione, les pouvoirs de race...  Il a dénoncé le pillage des richesses africaines par les occidentaux et surtout la colonisation des pays africains.   «Pendant des siècles, les français se sont installés chez nous. Ils ont pratiqué l’esclavage, ils nous ont colonisés...Le phénomène a duré bien au-delà des indépendances . Et du jour au lendemain, les voilà qui nous disent que si nous ne faisons pas la démocratie, ils ne nous aideront pas!...A-t-on évoqué les Droits de l’Homme au moment de la colonisation et de l’esclavagisme?».  Pour Kourouma, la démocratie doit reposer sur l’acceptation par chacun de l’opinion différente de l’autre. A ce propos, Ahmadou  a déclaré, peu avant sa mort: «La palabre, pratique spécifiquement africaine, donne la possibilité de convaincre les gens qu’ils doivent se tolérer, se fréquenter, se parler pour mieux se connaître. C’est une pratique, qui doit s’ajouter à celle des élections».Ahmadou Kourouma, a su romancer la Vérité.
Sommes-nous vraiment condamnés à être privés de tous ces grands artistes, disparus en poignée, en cette fin d’année 2003.

Ilham Khalifi



 

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