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Sur les terres du silence Mahi Binebine, Abderrahim Yamou

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Deux artistes se rencontrent. Ils communiquent sur l’espace de la toile. Leur outils: des couleurs, des pinceaux, de la matière et des techniques différentes. Mais charmante est cette naissance qui émerge de la différence! Est-ce une confrontation, un entremêlement, une complicité, une complémentarité, une harmonie dans l’autonomie...? Ou c’est tout simplement; un mariage esthétique au sein de la différence?
Ils sont tous deux pareils à ces grands oiseaux marins aux jets palmés, qu’on appelle «fou». De rupture en rupture, ils aspirent à l’inachèvement. Car ce sont les fous de la Liberté. Leur toiles, c’est le parfum de la Liberté, l’essence même de la Liberté.
Deux artistes, originaires du même pays, artistes voyageurs vivant ou ayant vécu loin de leur sol natal, de la même génération. Ils sont de ceux qui se sont éternellement battus pour faire entendre la voix  de l’artiste dans la société. Mahi Binebine a choisi le retour au pays natal, le Maroc, et Abderrahim Yamou y fait de fréquents séjours. Tous deux adorent et admettent la confrontation avec l’autre.
Yamou est fasciné par le miracle de la vie qui jaillit par bribes et par l’interaction de la lumière et des plantes. Sa peinture aux surfaces lisses et vaporeuses, révèle une nature virginale aux arborescences finement entremêlées, où le végétal semble flotter comme au premier jour. Des jardins imaginaires suspendus dans un moment de méditation éternelle. Dans le travail de sculpture, la recherche formelle est mise en équation avec la plante et sa fragilité. Bois, goudron et clous, matières compactes et oxydables, cohabitent avec des jeunes pousses, rendant évidente la dualité naissance/mort.
Dans les toiles-sculptures de Binebine, l’homme est au centre d’une préoccupation tournée vers le silence: silence du non dit, expression étouffée de la douleur préludent à un enfoncement dans les ténèbres. Ce sont des visages qui revêtent l’aspect de masques et qui subissent au gré des tableaux, des métamorphoses, des mutilations, des découpages. Souvent les orifices des yeux et de la bouche sont masqués, bâillonnés ou parfois scellés par des fils de fer. Une matière épaisse, superposant plusieurs couches de couleurs à dominante terre ou rosée, vient adoucir l’expression d’angoisse qui se dégage de ces figures, comme pour signifier un retour aux origines de la terre-mère.
Et c’est sur terre, où se joue et se déjoue la légende des hommes , que Binebine et Yamou ont choisi de célébrer. L’un interrogeant l’homme et son essence, modelant les reliefs et les accidents de son visage ou de son corps comme un sculpteur la terre  glaise, l’autre cherchant  à sonder les mystères du monde végétal en imaginant des territoires supra-sensibles de graines en gestation.
Yamou utilise différents types de matériaux: sable, métal, terre... «En malaxant et en étalant la terre sur la surface de la toile, j’avais de temps à autre envie de voir surgir une pousse verte au milieu de cette masse ocre...Puis s’est posé le problème de l’horizontalité de la plante , incompatible avec la verticalité de la toile, me conduisant à penser volumes et donc sculpture», déclare Yamou. Il affirme qu’il a toujours été fasciné par les N’KONDE, genre de statuettes africaines, du Bas-Congo, en forme animale ou humaine, garnies de lames de métal et de clous: «Les statuettes sont le pont entre le monde des vivants et celui des morts, entre le réel et le symbolique, entre les ancêtres et les enfants à venir».



 

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