| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Dans l’absence s’enracine la présence Mohamed Kacimi |
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Il est et demeurera cette parole nomade, ce corps par les couleurs et les belles métaphores, habité. Il est le peintre, que des interrogations, des questionnements sur le geste peint, la parole toujours en quête d’initiation, ont habité jusqu’au dernier souffle. Il dira «Je suis un homme de voyage. Je voyage dans le temps, avec un corps imprégné de signes qui ont trait au traditionnel même... au mythique». Kacimi, dont le nom peut vouloir dire partage, a, durant plus de quarante ans de vie d’artiste, su partager avec ceux qui ont admiré son art. Identité, modernité, art et société, art et politique, l’art face aux mutations, aux violences, universalité, la liberté d’expression, l’ouverture aux autres cultures ..., tels sont les thèmes essentiels qui hantent la pensée de l’artiste nomade. Et ta pensée kacimi sera éternellement vivante! Toute l’œuvre de Kacimi puise dans l’inachevé. c’est comme si l’achèvement pour cet artiste autodidacte signifie la mort et l’extinction. Kacimi, le corps de son temps, les différents itinéraires qui pénètrent la beauté des couleurs, l’intimité des mots et la magie des lettres, des lignes, des jets... Kacimi, est l’esprit du corps de ses toiles. Fidèle à son art, il ne se révèle véritablement qu’à travers sa peinture, fruit d’un perpétuel étonnement. Il est ce moi qui traverse l’opacité du Temps, la résonance des murailles ocres de sa ville natale, Méknès. Il est cette substance hybride de signes, d’objets, de langues, d’écritures et d’images. Sa peinture est dans l’indécis, l’indéchiffrable, l’inqualifiable... Et ce n’est pas l’indéchiffrable de René Char ou celui de Nerval ou encore celui D’Abou Al Alaâ Al Maârri... mais c’est celui d’un esprit en éveil continu qui, néanmoins, ne cesse de puiser dans la rêverie. Il est le corps qui a si heureusement su écouter les rythmes fiévreux des nerfs du pinceau et de la plume. Qui mieux que lui a réussi à écrire et à effacer. Tel Maurice Blanchot, il construit, détruit puis artistiquement, reconstruit. Kacimi le tisseur des esquisses où s’entrelacent amoureusement et jovialement les tons de couleurs. Kacimi, le bain de jouvence de la peinture marocaine. Il est le poète, le peintre, le maître..., l’artisan, la mémoire ambulante, vibrante de pigments. Kacimi écrit: «je travaille sur la saturation je laisse agir la matière plan sur plan pour échapper à la référence gravée dans mon corps seule possibilité d’être dans un état de nerfs Kacimi, des voies, des voix multiples, plurielles, mais par l’Art, unifiées. Kacimi, savait faire vivre ce qu’il voyait et faire rêver ce qu’il regardait. Sa peinture, ce sont tous ses sens réunis, toutes ses émotions extériorisées. A ses toiles, il se donnait corps et esprit. Kacimi la couleur qui écume et s’écume, émeut et s’émeut. Kacimi, le corps de l’élodée, chargé de signes et de parfums et sur la toile «éjaculé». Kacimi, le corps, de souvenirs, tatoué, ne réclamant que plume et pinceau pour se mutiler, s’éparpiller sur le papyrus. Kacimi écrit : «dans mes yeux, la trame des tissages la texture des murs ismaëliens le flamboiement des hirondelles. Je me laisse irrémédiablement tatouer par l’expérience de la vie» Le corps de Kacimi est signe parmi les signes, couleurs parmi ses couleurs inventées et réinventées. Il est la clef des champs. Le rythme de sa peinture suit le souffle de ses nerfs. Sa peinture est peinture au delà du mot : «En effet, nous venons d’une civilisation de signes, rhétoriques. Nous vivons encore la richesse de notre patrimoine». Kacimi est le fil doré, fignolant le lien entre passé, présent et avenir vers lequel tout doit s’acheminer pour s’y affirmer. Il est le visible et l’invisible, la liberté et le droit d’être soi. Pour Kacimi, la pratique de l’Art, doit être la saisie des objets et des événements. L’œuvre d’art, doit croître vers l’essentiel: «Elle est acquiescement intime à une nécessité viscérale ainsi qu’une tentative de dévoilement d’un désir enfoui dans la mémoire». Tel un sanglot, son art; L’intra et l’extra-pictural est tantôt propulsé, tantôt retenu. Observez, les toiles de Kacimi, vous verrez jaillir des images, des symboles d’une telle intensité! Vous serez par une lumière limpide éblouis. Quand dans l’espace fleuri de ses toiles, s’installe la calligraphie, sa peinture devient un voyage, une quête à travers l’histoire des calligrammes coufis. Et le poète, enchanté s’interroge sur la richesse d’une histoire qui refuse de demeurer un passé. C’est alors que s’éveillent et la plume et le pinceau pour écrire en lettres dorées le futur de la calligraphie. Entre la liberté de dire et les tabous, il a choisi de dire. Entre le silence et la parole, il a opté pour le mariage du mot, du trait et de la couleur. Quand il parlait, ses mots, ses phrases respectueusement, se taisaient. Quand il peignaient, ses couleurs dansaient la danse du cygne sur une symphonie de transe «aïssaoui». Une séduction mutuelle s’établissait entre la main qui peignait et l’esprit qui réfléchissait: «J’ai intégré l’écriture dans mes peintures. Je n’essaie pas d’appartenir par cet acte à une tradition ou à un héritage calligraphique, ce sont des mots, des signes que j’inscris dans le tableau». Pour Kacimi, tout avait un sens, rien n’est gratuit, fortuit, ni prétexte. Quand le corps s’engage et peint, les mots s’engagent aussi à dire un sens. Son œuvre, une ouverture vers l’infini, l’œil de la nuit, la lueur de l’aube, la mémoire prolongée au fond des mots et des couleurs. Kacimi, l’omniprésent, dans l’ordre social et culturel. Son expérience, il l’a vécue dans la douleur de l’espoir, sur les chemins tortueux de la mémoire: «Le vrai voyage n’est pas seulement à entreprendre qu’à «imaginer», créer d’abord, comprendre. Comme si, de toute éternité, il s’agissait de frayer avec l’étoile, de jouer avec l’ombre, pour mériter son orage...» Être là, c’est continuer d’avancer et d’errer, dans l’absence: «Je ne veux vivre, être pleinement inventeur... ce passage de moi à moi, de moi à l’autre... que dans cette traversée entre les cultures». Kacimi, la clef de sol de la liberté, né entre le conte et l’absence, entre la mort et le fleuve, entre le vertige du mot et de la couleur, la transe de la peinture et du poème. Il est cette parole encore et toujours nomade, qui, de lui s’est emparée et dans son absence-présence, à nous s’est agrippée. Kacimi restera cette voix teintée de pigments, vert, bleu, jaune, violet, rouge et blanc. Il est la virginité de la peinture marocaine «Une virginité ouvrant les portes des sept saints ... avec un pas de rêve circulaire et des odeurs comme de longues nuits qui ne finissent jamais ... lumière oblique marquant l’heure de la prière. La ville entre dans son ombre elle gémit ou chante... Ton œuvre a gémi et nous l’avons entendue et dans nos cœurs, Kacimi, l’homme, les pas de ta parole, le miroitement de tes couleurs, les lignes de ta calligraphie, retentiront comme le Cri de Munch, éclairant ainsi, esthétiquement notre avenir. Hölderlin a dit: «L’homme doit habiter la terre poétiquement» et Kacimi, pleinement, l’a poétiquement et picturalement habité. ILham Khalifi
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