La Nouvelle Tribune : Comment est née l’idée de la caméra cachée ? Est-ce une vocation d’artiste ou un simple choix de jeune entrepreneur ?
M. Abderrahim Mejd : En tant que producteur et réalisateur, nous avons déjà réalisé ce genre d’émission pour le compte de la première chaîne, il y a deux ou trois ans de cela. Pour ce qui est de l’émission de cette année, l’idée est venue de 2M. En effet, la direction de la chaîne d’Ain Sebaâ a décidé d’interrompre le plage horaire de la publicité, pour deux ou trois minutes, au profit de quelque chose qui peut faire rire ses téléspectateurs. C’est ainsi qu’il a été décidé de lancer un appel d’offre auquel nous avons soumissionné et nous avons emporté le marché. Il faut dire qu’au départ, c’était un appel d’offre interne à la chaîne mais aucun des réalisateurs-maison n’a pu répondre favorablement aux critères demandés. C’est ainsi que la direction s’est tournée vers les producteurs et réalisateurs externes. Toutefois, l’accord n’a été validé qu’à une semaine du mois de ramadan.
Comment s’opèrent, d’une manière générale, vos choix concernant les scènes et les personnages de la caméra cachée ?
Heureusement que l’équipe de conception et de préparation étaient déjà opérationnelles parce qu’il faut dire que j’avais une équipe pour la caméra cachée. Après avoir obtenu l’accord de 2M , j’ai tout de suite fait appel à cette équipe et c’est ce qui nous a permis d’avoir beaucoup d’idées. Ce qui nous restait était de trouver des personnes à piéger, des personnages qui soient connus du grand public ou tout simplement des gens ordinaires, comme on dit couramment. Une fois ces éléments réunis, nous avons commencé le tournage trois jours avant le ramadan. Ainsi, nous filmons, montons et remettons le PAD (prêt à diffuser) à 2M au fur et à mesure pendant le ramadan. C’est-à-dire, nous donnons un produit fini.
Comment procédez-vous au tri des scènes de tournage ?
Pour que le tournage continue sur sa lancée, nous avons prévu deux équipes de préparation : une équipe de jour dite de relâche, qui prépare les épisodes qui seront tournés le lendemain. Lorsque cette équipe est au repos, celle de la veille prend la relève et ainsi de suite. Les éléments de l’équipe de préparation conçoivent le scénario ainsi que la mise en scène. Ils trouvent la bonne idée. Chose qui n’est pas de tout repos. Car il faut se déplacer sur le terrain, faire un repérage et trouver les endroits appropriés. Pour mener à bien cette tâche, trois caméras cachées sont employées différemment. À l’extérieur, nous utilisons des voitures avec vitres fumées, dans les cafés ou dans les hôtels, nous employons des panneaux anti-reflet. Ainsi la personne piégée se croit devant un miroir tandis que de l’autre côté se trouve la caméra . Il y aussi des endroits où nous utilisons des fleurs ou des cachettes, des lieux où la caméra est difficile à démasquer.
Avez-vous des difficultés majeures à trouver un sujet typique qui fasse vraiment rire ? Et pourquoi tourner toujours Casablanca ?
Il faut dire que la caméra cachée est l’émission la plus difficile à réaliser parmi tous les genres télévisuels. Tout simplement, parce que ce n’est pas toujours facile de piéger les gens et ce ne n’est pas non plus garanti que le piège va faire rire le public. Heureusement, que nous avons l’expérience de la première caméra cachée que nous avons réalisée, il y a deux ou trois ans. Grâce à cette expérience, nous avons pu nous en sortir. Certes, les épisodes qui sont diffusés sur 2M ne font pas tous rire mais il en existe qui sont vraiment drôles. Cela dépend des situations. Nous tournons plus d’une quarantaine d’épisodes pour arriver à trente BAD. Pour la caméra cachée, il n’est pas évident de la faire tourner, ce n’est pas non plus garanti qu’on la tourne et ce n’est pas encore garanti qu’elle va être diffusée. Donc la première difficulté est que le résultat n’est pas garanti d’avance. Pour ce qui est du choix de Casablanca uniquement , il est vrai que nous arrivons difficilement à tourner beaucoup de scènes parce que la durée est très courte (2 à trois minutes). En outre, l’accord n’a été obtenu qu’à une semaine du mois de ramadan. Ce qui fait que nous n’avons pas beaucoup de choix pour produire autant d’épisodes. D’ailleurs, nous sommes obligés de tourner deux épisodes par jour. Dans ces conditions, le temps de sortir hors de Casablanca et voyager, faire le tournage, revenir pour monter les séquences et ça devient pratiquement impossible, sans oublier qu’il faut trouver des gens avec qui collaborer pour vous indiquer les bonnes places et les bonnes personnes. Autrement dit, il nous manque du temps pour faire des tournages hors de Casablanca. Tous ces facteurs sont difficiles à réaliser, en un laps de temps, en dehors de Casablanca. Mais si la direction de 2M nous garantit la continuité de l’émission après le ramadan, en nous commandant d’autres épisodes, nous penserons alors à réaliser des scènes en dehors de la capitale économique.
Le choix des vedettes est-il délibéré de votre part ou une recommandation de 2M ?
C’est un choix qui s’impose de lui-même. Car une fois que nous avons une idée, automatiquement, nous réalisons que tel acteur ou artiste peut valablement faire l’affaire. Lorsque nous piégeons un acteur très connu, il nous guide vers un autre acteur car ils se connaissent bien entre eux et ils connaissent leurs points forts et faibles. Sinon, nous ne cherchons pas spécialement un acteur pour le piéger, c’est son environnement qui nous guide pour poser la caméra cachée.
Quel est le devenir de la caméra cachée après le ramadan ?
Au départ, quand nous étions en phase de négociation avec la direction de 2M, il nous a été demandé de tourner 20 épisodes pour le ramadan et de garantir la continuité de l’émission. Nous ne savons pas encore si les responsables de 2M vont programmer quotidiennement la caméra cachée ou si cette émission va être hebdomadaire. Seulement, la direction nous a assuré que la caméra cachée va continuer après le mois sacré mais rien n’est encore confirmé. Nous comptons soumettre une nouvelle proposition concernant la continuité de l’émission d’autant plus que beaucoup de téléspectateurs apprécient ces quelques minutes de rire. Et cela fait longtemps que le public marocain n’avait pas renoué avec ce genre d’émissions, produites sur les deux chaînes, comme c’est le cas dans d’autres pays.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé