La Nouvelle Tribune : On dit dans un proverbe arabe, «L’accumulation des malheurs provoque l’hilarité». Fahid a perdu son père à un âge précoce. Il en a énormément souffert et a malgré cela pu garder le sourire et faire rire son public.
Abdelhek Fahid : Quand la souffrance est intense, on en rit. J’ai effectivement perdu mon père à l’âge de 9 ans (Soupirs et silence). C’était une catastrophe et un énorme handicap pour moi.
Je suis né en 1964 à Hay Mohammedi. Un volcan de création. Un quartier bouillonnant d’activités artistiques, culturelles et sportives. Il y avait «Taggada», «El Ghiwan», «Lamchaheb», «Jil Jillal»... Un espace fertile qui vous encourage à créer.
Comment qualifieriez-vous le jeune garçon que vous étiez?
Je faisais partie de ceux qui ont fait souffrir leurs mamans «Waliyyat Amri» en les traînant chaque fois à l’école pour demander pardon pour une connerie d’enfance. J’adorais assister à la halka et tous les genres du spectacle. Mon but c’était d’assimiler des situations comiques et d’emmagasiner tout ce que je vois et qui a trait au rire.
Quand vous êtes-vous rendu compte que le rire allait être la toile de fond de votre avenir?
Enfant, j’avais cette sensation que ressentent les femmes enceintes. Je sentais que j’allais accoucher de quelque chose... Quoi ? Je n’en savais rien. Une préoccupation, et je dirais même une angoisse d’une chose qui voulait se libérer et voir le jour. J’ai commencé par devenir boxeur au sein du «Ittihad Al Bidaoui». En parallèle, je présentais des spectacles à Dar E’chabab. J’adorais les voyages et les sorties. L’animation, c’était mon passe temps favori. J’ai souvent souffert des angines à cause de cela.
Avec mon ami Mohamed Dahra, nous avons créé le duo «Assadaka». A l’époque, il y avait une prolifération de duos, Saâd Allah Aziz et Khadija Assad, Baz et Bziz, Agil Wa Folan... Une scène tellement riche. Il était difficile, voire même impossible de compter un jour intégrer les planches des grands. Il fallait trouver un nouveau style. C’étaient des personnages déguisés en femmes. On voulait ainsi rendre hommage à Bouchaïb Bidaoui. On a eu la chance de participer à l’émission «Sibak Al Moudoune», entre 1987 et 1988. On a été les représentants de la Préfecture «Aïn Sabbaä Hay Mohammedi». Nous sommes passés à la télé. L’émission était une réussite.
Vous avez dit que le commencement était les fêtes de mariages...Vous vous êtes donc abreuvé dans la véritable source du rire, de la satire et de l’humour, le théâtre de la vie.
Absolument. On faisait l’animation dans les fêtes. On interprétait les «Barguagate». On a commencé à avoir du succès (Ah ouiiii...!). On n’avait que le sketch des «Barguaguate». Il nous arrivait de nous sauver et de dire» Al Ada A’la Allah», sans même être payés. On craignait que les gens ne nous demandaient de présenter autre chose. C’était impossible car l’unique sketch qu’on avait, c’était les fameuses «Barguaguates».
On a par le suite participé au Festival des Humoristes marocains, organisé par Houcine Benyez. On a présenté le sketch «Bargagate Lah’diyya» qui est passé sur 2M. Un succès. C’était «Katla Diyal Addahk!». On a donc fini par adopter le thème des commérages «T’barguigue».
A qui devez-vous votre formation et votre apprentissage?
Je tiens à remercier l’organisateur Hassan Souiri. Le meilleur stage, c’est avec lui qu’on l’a passé. On voyageait avec lui à travers les fêtes. Un travail de terrain. On passait notre temps à observer les gestes, écouter les paroles, les expressions... Chaque fête avait son univers propre. Aucune n’était identique à l’autre.
Il y a eu Masrah Attanaoub, puis Masrah Al Hay.
Effectivement. J’ai commencé avec Saïd Ennasiri avec le spectacle, «Wald Addarb». C’était une belle pièce. Malheureusement, à cause de malentendus futiles, on n’a pas terminé la tournée. Souvent, à cause de problèmes provoqués, des créations tombent dans l’oubli.
Après, ce sera l’étape de Masrah Al Hay. Et c’était le véritable coup d’envoi. l’étape du «professionnalisme». J’ai commencé dans «Charrah Mellah». Dieu merci, entre le public et moi, le courant est passé. Après, il y a eu «Abwab Annafida», «Assarab», puis le Sit Com, «Ich N’har Tasmaâ Khbar».
L’Expérience du cinéma vous a-t-elle marqué?
C’était une expérience négative. Je ne veux plus la revivre. Je suis vraiment déçu. Le film avec Hassan Benjelloun ne m’a rien rapporté de plus. Mon personnage est passé inaperçu.
Vous auriez dû refuser ce travail?
Je ne pouvais pas, croyant que le grand écran allait m’aider à être plus connu. Le film n’est sorti que six années après son tournage, j’étais,»Akhaka Morghamon la Batal».
Où réside l’originalité de «Andak A Miloud»?
Ce que j’attends de la presse et du public c’est un encouragement. Pour ce Ramadan. La nouveauté réside au niveau de l’histoire mais toujours avec la présence de Miloud. Vous allez me dire pourquoi Miloud encore une fois? Tout simplement, c’est un personnage que j’ai choisi. Je sens qu’il peut m’aider à évoluer. Miloud crée continuellement des situations comiques. On me reproche de m’enfermer dans le canon «Miloud», pourquoi changer. Mon public aime ce personnage. Pourquoi Mister Bean préserve son personnage? Ce sont les situations comiques qui doivent changer et non le personnage.
Faire rire c’est toujours plus difficile que faire pleurer. Côté Humour, on souffre d’un manque terrible. Nous n’avons pas de véritables scénaristes, spécialisés dans le domaine du rire. La preuve de ce déficit, ce sont les Sit Com Réalisés pendant le mois de Ramadan 2003.
De nos jours, il est difficile de faire rire. Le progrès technologique dépasse nos capacités d’êtres humains. La prolifération des chaînes. Le comique d’autrefois, c’est terminé. Il n’ y a pas suffisamment d’auteurs. Improviser, c’est encore plus difficile. Car l’improvisation est un art. Il n’ a y a pas de formation, de stage. Les artistes chôment durant l’année. On n’a que le mois de ramadan pour créer. Ce n’est pas avec ça qu’on va vivre.
Je pense que le rire est d’abord inné, spontané. On peut faire rire sans parler. Le rire, c’est des gestes, des paroles, des situations, l’originalité et la spécificité de chaque humoriste.
La création, c’est une continuité. Moi je n’ai pas produit pendant deux ans. On a des familles, des responsabilités...Sachez qu’après le Ramadan, on va encore une fois sombrer dans la stagnation. Heureusement qu’il y a le théâtre. La carte professionnelle, c’est important pour un artiste, mais on a plus besoin de créativité culturelle et artistique. Un artiste qui a de sérieux problèmes financiers ne peut pas créer.
La presse devrait aider l’artiste. On ne travaille pas toute l’année, et dés qu’on refait surface, on est tout de suite mal jugé. Comment peut-on juger un seul travail, pourquoi ne pas suivre l’artiste tout au long de son parcours et là, on peut le critiquer?
Propos recueillis par
Ilham Khalifi