Marrakech est sans conteste la ville la plus cosmopolite du Maroc. Outre une forte ascension des arrivées de touristes, nombreux sont les étrangers qui ont décidé d’élire domicile dans cette ville. En dehors des gros investisseurs, on assiste à un phénomène nouveau. Celui des petits investisseurs, qui ont décidé de placer leur épargne dans un Riad ou une maison d’hôte. Ce qui leur permet de vivre à Marrakech tout en fructifiant leur investissement. Marrakech affiche une pénétration des centres anciens des villes marocaines par les résidents européens. La réputation internationale de la médina a engendré une importante demande sur les riads que les résidents étrangers achètent pour les rénover et les transformer en maisons d'hôtes. Quelque 600 opérations ont été recensées à la fin 2000 et la ville compte actuellement plus de 2200 résidents étrangers. C’est une bonne chose pour certains, alors que d’aucuns estiment que si cette cadence continue, nous aurons ainsi vendu notre patrimoine culturel, notre identité et “ nous serons des étrangers dans nos propres villes.”
Mais les prix proposés par les nouveaux acquéreurs sont tellement alléchants que les propriétaires se séparent de leurs vieilles demeures sans hésitation. Le débat continue d’animer les soirées mondaines marakchies.En attendant, les étrangers continuent de se ruer sur les riads, certains que le retour sur l’investissement est assuré. En tout cas, une chose est sure, cet intérêt pour Marrakech fait que les prix du foncier ont flambé. Certains observateurs pensent que c’est provisoire. “ Comme toutes les destinations à la mode, Marrakech connaît un boom important, mais il faut s’attendre à une chute. Lorsque l'on prolonge la courbe des entrées sur une trentaine d'années, l'irrégularité de ce flux ressort plus que sa croissance fulgurante ”, explique le responsable d’un TO. Néanmoins, il reconnaît que Marrakech est sans conteste la destination phare du Maroc. Marrakech occupe la première place dans le produit culturel, son taux de fréquentation dépasse pour la première fois Agadir. Il s’agit de la destination la plus in du Maroc. La preuve est que tous les établissements hôteliers de la ville affichent souventcomplet. Avec un foisonnement de nouvelles enseignes de restauration et d’animation, la ville ocre attire de plus en plus de touristes nationaux et étrangers.
La ville est hyper animée, hyper branchée. Fini le temps où on reprochait au Tourisme marocain, le manque d’animation. Marrakech a sans conteste réussi le pari d’une animation variée. Révolu le temps où on était contonné au folklore marocain. A Marrakech, il y en a pour tous les goûts. Cela va du bar à Tapas au rythme latino, en passant par les restaurants huppés, les tables marocaines authentiques, les boîtes de nuits …, les fêtards n’ont que l’embarras du choix. Pendant la journée, Marrakech offre également à ses visiteurs de nombreuses activités. Outre les monuments historiques, l’ancienne médina, les musées et galerie d’arts connaissent à leur tour un engouement particulier. Les centres de remise en forme et SPA ne désemplissent pas, au grand bonheur de ceux qui ont opté pour un séjour de détente et de ressourcement.
Arrière-plan
Toutefois, ce qui frappe à Marrakech c’est que la ville est scindée en deux : La ville ancienne “ la Médina”, cernée de longs remparts, et la ville nouvelle, le “Guéliz”. Tout un monde sépare ces deux zones. D’un côté, c’est la richesse, la modernité, la propreté, l’ordre et la sécurité, un pari, a priori, réussi par les acteurs sociaux ; alors que dès que l’on franchit les remparts de l’ancienne médina, la misère nous rattrape. Rien à voir avec la richesse ostentatoire de l’autre côté. C’est le spectacle d’une ville anarchique, hideuse et sale qui s’offre à nous. Jamaâ Lafna compte autant de mendiants que de pickpockets. Les habitants cantonnés dans cette ville affichent une pauvreté consternante. “Nous sommes ravis que la ville connaisse un regain d’intérêt pour les touristes, mais cela ne change rien à notre quotidien. Mes trois enfants sont toujours en chômage. Notre unique source de vie c’est le peu que je gagne en faisant ces tatouages au henné.”, lance, non sans amertume, cette mère de famille. C’est vrai le contraste entre cette longue file de jeunes ados, qui se dressent devant MacDo, et le jeune garçon de douze ans et qui fait déjà la manche, est hallucinant.
Autre phénomène qui frappe dans cette ville qui grouille de monde de jour comme de nuit, c’est celui des filles de joie. C’est une véritable industrie de prostitution qui sévit dans cette ville. On en trouve partout, même dans les coins les plus selects de la ville. Elles sont jeunes jolies, habillées modestement ou ultra tendance, ces “technicienne du sexe” ne cachent pas leur jeu. Elles assument une profession qui n’a pas l’air de les gêner. Et ce n’est pas la demande qui manque. Tous les clients sont les bienvenus à condition qu’ils aient la bourse bien fournie. Ce qui est surprenant c’est que contrairement à ce qu’on peut penser, ces filles n’ont pas du tout l’air d’être lésées, soumises ou malmenées. Elles sont plutôt à l’aise. En attendant de tomber sur le bon pigeon, elles s’éclatent à fond la caisse.
Bref, ce sont quelques images de Marrakech, une ville qui a perdu son authenticité pour devenir une ville aux mille contrastes.
L.Ouazry