| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Abderrahmane Ouardane avec les Nymphes |
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Un espace de toiles vierges, que seules des sirènes parsèment. Ouardane, l’éternel ami de la Femme, revisite sa mémoire, celles des femmes qui ont côtoyé sa vie, (sa mère, ses sœurs, ses filles et toutes les femmes qui travaillent avec lui). Sa palette, un amalgame de couleurs et de matériaux auréole les formes, les silhouettes. Interrogé sur la technique utilisée, il déclare:» Depuis quelque temps, je commence à frôler du pied les conventions classiques, j’opte pour les techniques «mixtes». J’ai recours à différentes matières. Je travaille à partir de pigments. Comme je traite de thèmes qui ont trait au patrimoine et aux traditions, j’utilise des matières traditionnelles, le henné, le safran, l’alfa, la laine, la terre...» Toiles parfumées aux odeurs du henné, de muscari, de jacinthe... Le point de départ, sa mémoire: «Quand je peins, je ne peins pas seulement ce que je vois, ce que je regarde, pas seulement les couleurs, les drapés, mes narines sont imprégnées d’odeurs; du henné, des clous de girofles, de la terre fraîche, l’odeur du bois fumé, les sons des tombours , l’Ahwach, les youyous». Comment donc traduire toutes ces sensations, reproduire ces parfums, ces sons et ces couleurs sur une même toile. Comment traduire le mouvement?. «je voulais que le spectateur puisse communiquer, pas seulement avec le regard mais aussi et surtout avec tous ses sens. J’aspirais à un tableau capable de suggérer des bruits, des fonds de musique». Les jets, les élans, le mouvement du pinceau suivent un geste qui va d’en bas vers le haut. Une technique, une métaphore de la naissance et de l’élévation. Le but: rehausser éternellement l’image de la femme. C’est dans le mouvement le plus haut et le plus élancé que Ouardane place la femme. «Très souvent, mon pinceau part d’en bas vers le haut». «J’adore la femme. D’ailleurs, cet amour n’est nullement le fruit d’un hasard. j’ai grandi dans une famille où il y avait 8 femmes. J’ai trois filles. Je milite beaucoup pour la femme. Je travaille avec 24 femmes. Je suis en train de préparer une exposition que j’appellerai «gestuelle»». Nostalgie des couleurs. Le rouge plus dense et intensément présent par rapport aux autres couleurs; le jaune, le noir, le vert. Le rouge sous ses différents tons, est intrinsèque à l’être humain: «Le sang, c’est une couleur de lumière pour moi. Ma palette de couleurs, va souvent du noir au blanc et du blanc au noir, les deux couleurs qui tranchent . Je choisis la couleur qui me parle le plus. Quand je suis en train de peindre, ma main va souvent et spontanément à la couleur rouge». Des femmes peintes de dos, un rêve nostalgique, qui s’allonge dans le temps, silhouette élancées, sveltes. «Pour cette exposition, j’ai choisi comme thème: «rêves nostalgiques». Je pars de souvenirs que j’ai pu cumuler, Imilchil. Je ne reprends pas les choses telles qu’elles se présentent à moi, mais je les déforme, comme exactement ce qui se passe dans le rêve». Quand il tisse ses toiles, Ouardane, fait abstraction des unités du temps et de l’espace. «J’ai choisi la voie du rêve. La femme devient une sorte d’insinuation. Elle est suggérée. On n’a pas besoin de regarder le visage pour comprendre ce que ressent la femme». A travers sa gestuelle, ses mouvements, concrétisés par la présence persistante du ruban, le spectateur est libre d’imaginer et de recréer des visages. La femme, objet du désir pictural d’Abderrahmane, il la veut libre, aucune physionomie ne devrait l’emprisonner. Sa peinture, flux et reflux. Des formes indécises de femmes. Quand l’une s’éclipse, l’autre renaît. Résurrection et séductions permanentes. I.K.
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