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Entre authenticité et modernité Vient de paraître

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La Nouvelle Tribune : Vous êtes auteur de plusieurs ouvrages, notamment; «Le concept de paix en Islam», «Pour un dialogue inter religieux», «Hassan II, La Dimension d’un Roi»...et récemment «Un style de gouvernement, Mohammed VI». Comment s’explique l’intérêt quevous portez aux grands hommes d’état ?
Issa Babana El Alaoui : En Sciences Politiques, il est souhaitable que les gouvernants connaissent mieux leurs peuples, et réciproquement, les citoyens, les gouvernés ont le droit de connaître leurs dirigeants. Et c’est à partir de cette conviction que j’ai estimé souhaitable et utile d’essayer de présenter et de connaître, d’étudier l’histoire de la vie des grands hommes politiques et de les présenter en tant que politologue au lectorat et à tous ceux qui ont la curiosité scientifique.

Tous vos chapitres sont introduits par des citations tirées d’ouvrages de grands penseurs, politologues, hommes de lettres ou philosophes. Une sélection intelligente et riche à la fois...
La pensée est souvent révélatrice en elle-même. J’ai toujours pensé que pour analyser un chapitre, il faut toujours le chapeauter par une pensée qui résume ou dégage l’idée centrale. Une pensée c’est également une forme d’appui...

Comment s’explique la forme interrogative de certains chapitres «Pourquoi s’incliner devant le Roi?», «Rupture ou changement?»...C’est peut-être une manière intelligente que celle de véhiculer votre vision à vous en prêchant par interrogation ?
Entre deux extrémités de pensées, j’essaye de me mettre un peu à l’écart de certaines attitudes contradictoires, opposées soit dans le cadre d’une polémique ou de glose. Ma démarche doit être purement objective, scientifique et neutre. Il s’agit d’une recherche de la vérité, de l’authenticité et de la légitimité. Je ne voudrais pas tout en abordant une question délicate et sensible montrer que je suis partie prenante dès le départ. Bien sûr, j’ai ma propre conviction que je n’étale qu’après avoir posé les différentes thèses ou opinions. Je préfère donc poser des interrogations d’entrée de jeu pour permettre aux lecteurs de décider, juger et prendre position.

Vous venez de parler des concepts de vérité et d’authenticité. Ce n’est certes pas chose aisée de parler du Style de gouvernement de SM Mohammed VI, car toutes les vérités ne sont pas facilement accessibles. Il y a des risques à encourir et des précautions à prendre. Comment s’est donc effectué votre travail de recherche ?
Je dois reconnaître que je n’ai été investi ni mandaté par personne pour fignoler ce travail de recherche. Je ne relève pas du ministère de la Communication et je ne parle pas au nom du ministère de l’Intérieur. C’est donc par motivation purement scientifique ayant comme finalité la recherche comme je l’ai déjà dit, de la vérité dans un esprit libre et responsable. Amoureux de la vérité, j’en fais mon chef suprême. En tant qu’intellectuel et chercheur dans le domaine de la Science Politique, je cherche à connaître et à faire connaître. C’est mon rôle. J’essaye de trouver des choses inédites, des réalités qui n’ont pas encore été dévoilées ou qu’on a essayé de tronquer ou d’occulter...

Justement, à propos de réalités tronquées, de choses inédites, vous vous êtes surtout basé sur des interviews parues dans le «Times», «Paris Match», sur les discours du Roi..., mais en tant que lecteurs on souhaiterait savoir plus sur vos références.
Ce sont des références qui sont variées fort heureusement, Mais comme vous dites, je dois reconnaître que j’ai  marché sur des pistes un peu glissantes. C’est le risque du métier. On ne peut pas s’engager la peur dans le ventre. On décide d’aller jusqu’au bout dans la recherche de la vérité dans le domaine  de la Science Politique. Mais si on n’a pas le courage et surtout l’honnêteté et la volonté de se lancer dans une pareille recherche, on n’est pas obligé d’avancer. J’ai rencontré des difficultés...

Quelles genre de difficultés ?
D’abord au niveau de la documentation, juste classique, des livres, des revues. J’ai rencontré des difficultés inimaginables. La difficulté résidait aussi dans le fait qu’une bonne partie de mes sources provenait de l’étranger. Il fallait être prudent, trier, épurer, filtrer... Il y a des fois des cadeaux empoisonnés qu’on m’offrait. Il fallait être assez avisé pour pouvoir décerner le vrai du faux. Quand il fallait recueillir des témoignages, les gens concernés n’étaient pas disposés à m’offrir leurs aides, surtout quand il s’agissait d’affaires comme celle d’Oufkir, de Ben Barka... Là, j’avais vraiment du fil à retordre...

A lire de plus près l’ouvrage «»Un Style de gouvernement Mohammed VI», on a l’impression que vous avez côtoyé de très près la personne du Roi.
Pour parler d’une personne, il faut comme vous le dites être près de cette personne. On peut être près de cette personne de différentes manières. J’ai eu la chance de rencontrer plusieurs personnalités dont feu Mohamed El Fassi El Fihri qui m’a fait l’honneur d’assister à la soutenance de ma thèse à Genève, en 1981. A la fin de la soutenance, il m’a proposé l’idée de composer un ouvrage biographique sur feu Sa Majesté Hassan II. Au fil des mois, j’ai rencontré d’autres personnes qui avaient travaillé avec feu Hassan II. J’ai pu ainsi recueillir des informations, des documents inédits sur sa vie, son combat avec son père Feu Mohammed V. Par la suite, j’ai pu côtoyer des personnalités dont Michel Jobert, qui ont connu Feu Hassan II et SM Mohammed VI qui était alors Prince Héritier. Ils ont donc accepté de m’éclairer. Et ainsi de suite j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont également aidé dans mon avancée. J’ai ainsi pu répliquer à des choses qui étaient abominables, du fait que ça relevait de questions qui déformaient la Monarchie, des idées erronées sur le régime marocain... Quand on parle d’Absolutisme Royal et que SM Mohammed VI a suivi la même trace, c’est aberrant. Je devais répondre à des choses abominables et horribles. J’ai consacré des chapitres pour répondre à ces choses erronées, à ces allégations fallacieuses. Ce qui me chagrine c’est que certains esprits qui ne sont pas assez avisés suivent tout en se contredisant. Une manière de dénigrement, des plus horribles.
Combien de temps avez-vous consacré à l’élaboration de ce livre?
17 ans pour «La Dimension d’un Roi, Hassan II» et 4 années pour le dernier. Mais tout en composant le premier, je m’intéressais déjà par la force des choses à la vie du Prince Héritier. «On naît Roi». C’est dans ce sens que je réponds à ceux qui ont dit que mon dernier ouvrage était très prématuré par rapport à seulement, quatre années de règne.

Le chapitre 14 est une interrogation «Rupture ou changement?». Le chapitre qui vient juste après «Le changement dans la continuité» est par contre une affirmation et une conviction. Quelle explication nous accordez-vous?
Dans une interview accordée à Paris Match le 19 novembre 1976, Feu Hassan II, interrogé sur le pouvoir royal que son fils aura à exercer, a déclaré: «Il (le Prince Héritier) aura à l’exercer avec son style, et le style c’est l’Homme. Il n’est pas moi et je ne suis pas lui(...)». Il y a plusieurs signes qui montrent qu’il y a un changement mais dans la continuité. La continuité repose sur le socle de l’héritage politique reçu. Dès le début de règne de Sa Majesté Mohammed VI, on a assisté à des décisions et à des initiatives originales, courageuses et utiles à l’époque actuelle. Il y a eu tout d’abord la révocation du ministre de l’Intérieur Driss Basri, le retour de Abraham Serfaty, de la famille Ben Barka... Ces décisions ne contredisent pas les décisions de Feu Hassan II prises peu avant sa mort, concernant les Droits de l’Homme. J’ai parlé du concept de «Style» en me référant à la pensée pascalienne qui dit que «Le Style c’est l’homme». J’ai essayé de montrer que l’ensemble des aspects de la personnalité de SM le Roi Mohammed VI, à partir de son individualité, de son enfance, jusqu’à son avènement, représentent les facettes de son style. Quand il parle, quand il nomme, quand il se déplace, sourit, quand il se tait, agit... c’est son style qui parle. Le côté professionnel de son métier de Roi, reflète sa personnalité, sa manière de penser. On ne peut pas dissocier l’humain du politique. Quand le Roi pense c’est en esprit politique et quand il agit c’est en humain, avec un coeur humaniste et ça c’est primordial à mon sens. C’est une manière de s’éloigner de l’égoïsme politique et matérialiste. On gouverne des hommes et non des choses inertes. Ce qui distingue le style de Sa Majesté Mohammed VI de celui de son père Feu Hassan II, c’est que ce dernier avait lui-même autorisé cet esprit autonome et libre de son successeur en déclarant publiquement, comme je l’ai déjà dit que son fils n’était pas lui et que lui n’était pas son fils. SM Mohammed VI, quand il était Prince héritier,  avait dit qu’il avait son style qui n’était pas celui de son père. On disait qu’il était timide, mis à l’écart, effacé, mais les gens étaient presque myopes. Comme j’ai essayé de le démontrer, SM Mohammed VI représentait ce que j’appellerais un iceberg politique. On ne voit que la partie qui émerge, mais la partie immergée on ne la voit pas. Un iceberg c’est un tout cohérent.

Propos recueillis par
Ilham Khalifi



 

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