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Tuer Arafat, l’objectif " lumineux " de Sharon Libre tribune

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Le gouvernement israélien ne prend plus de gants et affiche ouvertement ses intentions meurtrières.
Il est loin le temps où, après l’assassinat de Abou Jihad par le Mossad à Tunis, le Premier ministre israélien de l’époque, Izaac Shamir, s’était, pour tout commentaire, contenté d’un " je l’ai appris par la télévision... ". Aujourd’hui Sharon (même si formellement c’est l’un de ses ministres qui le déclare, il est censé en répondre), revendique à l’avance un meurtre prémédité contre Yasser Arafat, car celui-ci serait un " obstacle à la paix ".
Le monde n’en revient pas. On dit le Premier israélien intelligent. Il a dû donc normalement prendre en considération l’ensemble des réactions, y compris le tollé que cette décision soulèverait, lorsque est tombée la déclaration publique que l’élimination physique de Arafat était envisageable.
Que ce soit un ballon d’essai ou une décision ferme, le fait est qu’il a pris le risque de se mettre à dos un segment non négligeable de l’opinion mondiale : les chefs d’Etat et de gouvernement, au moment où ceux-ci participent aux travaux de l’A G annuelle de l’ONU.
On sait le peu de crédit que ce pays accorde à l’Organisation des Nations Unies, notamment depuis que celles-ci ont, au milieu des années 70, à la fois accueilli et écouté Arafat lors d’une assemblée générale, et voté une résolution condamnant l’Etat hébreu pour sa politique d’occupation brutale vis-à-vis du peuple palestinien (déjà, mais le pire était et est peut-être encore à venir), assimilant en outre le sionisme à une variété de racisme.
Israël ne craint donc pas les foudres de l’AG des N-U, et n’accorde d’importance, d’ailleurs toute relative, qu’aux décisions du Conseil de Sécurité, où il dispose de l’appui indéfectible des USA.
Mais à l'heure de la communication omniprésente, il est tout de même bon de ne pas s’aliéner systématiquement l’opinion publique, même lorsqu’on affiche son indifférence, pour bien marquer son indépendance.
Israël ne doutait pas donc que son appel officiel au meurtre de Arafat allait faire désordre, et il l’a clamé haut et fort. Ce comportement a été rejeté par la planète tout entière à l’exception des USA. Parmi les votants, beaucoup de pays ne sont pas forcément des soutiens farouches du droit des Palestiniens à l’indépendance. En votant pour le respect  de l’intégrité physique de Arafat, ils ont rejeté l’appel à une régression inadmissible des mœurs politiques entre les nations (la Palestine en est une, ne l’oublions pas). La direction palestinienne a d’ailleurs très bien qualifié cette déviation en parlant de méthodes mafieuses. Car admettre de tels moyens pour arriver à des fins politiques, c’est donner le signal à une aggravation d’une loi de la jungle déjà bien installée.
Pourquoi ce mépris pour la société internationale de la part d'un Etat qui a dû sa naissance juridique à l’ONU ? Sharon qui " guide " son peuple en ce moment (on se demande vers où d’ailleurs) fait en effet preuve  d’une arrogance bien plus grande que celle qu’a pu déceler en 1967 (déjà) feu le Général De Gaulle. Car comment qualifier autrement, outre les refus répétés d’application des résolutions du Conseil de  Sécurité des N-U, les tracasseries à l’encontre de journalistes de toutes nationalités, voire leur meurtre, les traitements dégradants infligés aux Palestiniens, l’annexion méthodique, devant les caméras de TV, de terres arabes entières du fait de la construction d’un mur dit de protection , les exécutions sommaires de militants "qui allaient préparer un attentat "..., et pour finir la condamnation à mort clamée à la face du monde d’un président démocratiquement élu par son peuple ?
Sharon n’a pu faire montre d’une telle insolence que parce qu’il sait qu’il peut compter sur l’appui des USA en cas de danger, celui-ci étant, bien entendu, représenté par un peuple affamé, bombardé, et surtout par son président, dont la puissance a dû, bien sûr, être décuplée depuis qu’il est assiégé dans ce qui reste de son QG. On croit rêver.
Évidemment, les USA essaient de temps en temps de se démarquer de leur allié en fonction des péripéties de leur " politique " étrangère. Lorsqu'ils croyaient avoir le vent en poupe, il y a six mois, c'est-à-dire à la veille de leur seconde guerre sur l’Irak, ils avaient affiché un profil haut en concentrant leurs attaques, verbales sur Arafat.
Aujourd’hui, devant le fiasco de leur politique irakienne, ils ont besoin du soutien arabe, et ne peuvent donc pas aussi facilement s’aligner sur les frasques leur ami israélien. Alors, pour exprimer leur mécontentement concernant le nouveau mur de la honte, ils parlent de débours sanctions, (en prenant au passage le risque de réveiller l’image du juif qui accorde plus d’importance à l’argent qu’aux principes...), et rappellent tout de même qu’ils n’approuvent pas la décision d’exiler ou de tuer Arafat. Ils oublient cependant que cette petite feuille de vigne de G. Bush ne peut faire oublier que l’affront de Sharon se situe dans la lignée du comportement " westernien " de l’actuel président américain, notamment dans l’affaire irakienne. En lançant des avis de recherche du type " Wanted ", sans mandat international d’aucune sorte, contre l’ancien président irakien et ses collaborateurs, Bush a donné le " la ". Or, on sait que, pour apparaître aux yeux de l’opinion américaine, la seule qui compte vraiment pour lui, comme un partenaire résolu des Américains dans la lutte contre le terrorisme, Sharon joue la carte Arafat, en assimilant ce dernier à une sorte de Saddam Hussein local...
C’est dans cette ambiance que le duo Sharon–Bush s’adresse aux Palestiniens et au monde pour parler de paix. Celle-ci est ainsi suspendue à la seule disparition de Arafat. Ce duo essaie de nous faire partager sa " vision " (encore une) du lendemain du meurtre annoncé.  Comme dans le cas de l’Irak sans doute, les Palestiniens iront à la rencontre des soldats israéliens en leur offrant des fleurs, et les remerciant de les avoir débarrassés d’un dirigeant corrompu....La CIA sortira son Chalabi ou son Karzaï palestinien. Il signera un accord de paix définitif concocté à Washington par Washington....
Poignées de main. Séances photo...
Pour une vision, c’en est une, mais elle reste inscrite dans un imaginaire obsessionnel mu par la logique de la force et d’une représentation mécanique des comportements humains.
Les connaisseurs de Sharon, parmi lesquels Ury Avnéry, figure de proue du mouvement pacifiste israélien, assurent qu’en fait l’actuel chef de la droite israélienne n’a pas d’objectif politique défini pour la question palestinienne.
Il a en effet rejeté tous les plans jusqu’ici proposés, non pas directement, mais en posant à chaque fois des conditions telles qu’ils se retrouvent vidés de leur objectif. Dès lors les contours du but véritable de la politique de Sharon se dessinent chaque jour un peu plus clairement : il cherche délibérément à éliminer l’existence d’une quelconque question palestinienne, s’attaquant à ses hommes, au premier rang desquels le fondateur de la résistance, Yasser Arafat, à ses maigres infrastructures, à ses institutions, à sa mémoire, à ses richesse agricoles, à sa relève démographique : le récent rapport  de Jean Ziegler, élaboré pour le compte de l’ONU sur la situation alimentaire dans la Cisjordanie et Gaza, est accablant pour l’occupation israélienne, qu’il rend, du fait des bouclages et des destructions causés en milieu urbain et rural, directement responsable de la pauvreté et de la famine dans laquelle s’enfonce inexorablement la population palestinienne.
Ainsi, n’ayant pu atteindre le peuple palestinien à la tête, Sharon s’achemine vers une sorte de solution finale version XXIème siècle, en s’attaquant à la capacité biologique de durer de ce peuple. Il aura beau jeu ensuite de daigner s’asseoir à la table des négociations avec les représentants de morts vivants...
Cette vision n’est pas du tout exagérée. La politique d’annexion et d’occupation de l’Etat hébreu est une réalité. Les descendants de ceux qui furent contraints à l’exil et chassés de leurs foyers par les milices sionistes en 1948 puis en 1967, et en fait petit à petit depuis cette date par une judaïsation rampante des villes et villages palestiniens, en savent quelque chose. Ils ne prennent pas à la légère les menaces de " transfert " collectif proférées régulièrement par les ultras, alliés de Sharon. Ils vivent au quotidien les appels de ces derniers à " purifier " la " Terre d’Israël " de ses habitants non juifs. Ils n’attendent que le " moment opportun " pour passer à l’acte : Une guerre régionale, une série d’attentats, et, bien entendu, une conjoncture favorable pour la politique extérieure américaine.

Khalid AMALY



 

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