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Traits de l’Éducation spirituelle au temps des Compagnons du Prophète (sur lui la paix et la grâce de Dieu)

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La connaissance divine  peut être divisée en trois catégories :
- La connaissance qui se réfère au texte sacré. C’est celle du commun des musulmans. Ni l’intelligence, ni le goût (dhawq) ne sont requis. Ces croyants écoutent et croient. Ils diront par exemple : “Dieu est un”. Cette vérité, ils ne la savent qu’en se référant au texte.
- La connaissance par l’intelligence, celle qui est sollicitée par le discours divin pour méditer sur la création, sur les signes de Dieu… Parmi les nombreux versets sollicitant l’intelligence de l’homme on pourra retenir celui-ci : “Certes dans la création des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l’eau qu’Allah fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne” (Cor Al-Baqarah, 164)
- La connaissance par la saveur et le dévoilement. Elle se base sur une expérience spirituelle sous la conduite d’un shaykh éducateur authentique. Cette expérience mène progressivement le disciple sincère à la réalisation, autrement dit à la connaissance intérieure de ce que signifie Dieu est un ou de cette formule “Il n’y a de Dieu que Dieu”. La contemplation directe est une forme de cette connaissance.
Un certain nombre de hadiths et de versets témoignent de l’existence de cette troisième forme de connaissance :
“A certes goûté à la saveur de la foi, celui qui agrée Dieu comme Seigneur, l’Islam comme religion et Mohammad comme envoyé”. Hadith
“Celui qui possède ces trois qualités goûtera la douceur de la foi : avoir pour Dieu et Son envoyé un amour qui surpasse l’amour de tous les êtres ; aimer les gens et ne les aimer que pour plaire à Dieu….. ” Hadith
“Qu’est ce que l’Ihssan ô Muhammad : c’est d’adorer Dieu comme si tu le voyais car si tu ne le vois pas, Lui te voit”. Hadith. Le mot voir signifie ici connaître d’une connaissance intérieure.
“Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Dieu est en vérité avec les muhssinîn” (Cor Ankabut, 69) entendu avec ceux qui adorent Dieu comme s’ils le voyaient…
Nous proposons de structurer cet exposé autour des idées suivantes : le type de connaissance divine qui caractérise le Prophète, la connaissance prophétique des états des compagnons c’est-à-dire de leurs modalités particulières et enfin certaines formes d’éducation et de purification observables à travers la relation du Prophète à ses Compagnons.

1) Les Etats du Prophète en matière de connaissance divine
Un certain nombre de hadiths illustrent le type de connaissance divine atteint par le Prophète.
“C’est moi qui suis le plus connaissant en Dieu et qui le crains le plus ” (Hadith)
“Je me repose auprès de mon Seigneur qui me procure nourriture et boisson ”. Ceci est un hâl de connaissance car la nourriture dont il s’agit est bien évidemment spirituelle. (Hadith)
“Mon œil dort mais pas mon cœur ” (Hadith)
“Si vous saviez ce que je sais, vous ririez peu et vous pleureriez beaucoup” (Hadith)
“Le cœur n’a pas menti en ce qu’il a vu ” (Cor An-Najm, 11) verset du Coran sacré qui se réfère à l’ascension nocturne du Prophète
Le gnostique ou shaykh éducateur qui chemine sur le sentier de l’excellence tracé par le Prophète, réalise lui aussi des niveaux élevés de cette connaissance rendue possible par le madad, l’influx mohammadien.

2) La connaissance du Prophète des états des compagnons
Le Prophète (sur lui la grâce et la paix) prodiguait des conseils très différents à ses Compagnons en fonction de leurs modalités particulières. Il savait par exemple d’une connaissance certaine celui qui était dans le besoin de celui qui ne l’était pas.
Il veillait aussi à préserver la pureté des cœurs de ses compagnons car son seul souci était qu’ils puissent progresser spirituellement, contenter leur Seigneur. C’est la nature même du Prophète ainsi que le rappelle la parole divine : “Certes, il vous est venu un messager d’entre vous, auquel sont lourdes les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants”. (Cor 9, 128).
L’anecdote suivante illustre cette miséricorde, ce souci constant de préserver la pureté des cœurs. Un jour de Ramadan, le Prophète était en retraite spirituelle. Sa femme Safiya vint la nuit lui apporter de la nourriture. En la raccompagnant jusqu’à la porte de la mosquée, il croisa deux de ses compagnons qui entraient. Avant même de leur parler, il leur lança : C’est Safiya ! Ils répondirent : Douterons- nous de toi ô Prophète ? Il leur dit : j’ai craint pour vos cœurs que le diable ne vous susurre quelque mauvaise pensée. Le Prophète voulait préserver leurs cœurs de tout doute qui les aurait fait perdre. Car si tu doutes du maître (ici le Prophète mais ce peut être le shaykh) alors tu es stoppé (voire ravalé au plus bas) dans ta progression spirituelle.
À suivre

El Fadil El Idrissi Hakim
Professeur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben Msik Casablanca



 

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