A l’âge de 68 ans, Delon revient au Maroc après y avoir habité plus de quinze ans. Il a été décoré par Son Altesse Royale, Le Prince Moulay Rachid lors d’un dîner offert à tous les invités du Festival, à la presse nationale et internationale, samedi 4 octobre. Au lendemain de sa consécration, il a fait des déclarations à La Nouvelle Tribune.
La Nouvelle Tribune : Votre dernier film»Une chance sur deux» n’a pas eu beaucoup de succès. Est-il pour quelques chose dans votre décision d’arrêter le cinéma?
Alain Delon : Absolument pas. Ma décision avait été prise avant même la sortie du film. J’avais pensé que cette oeuvre allait être une grande réussite.
Avez-vous pu voir l’un de vos anciens films programmé pour le Festival International du Film 2003?
Je n’ai jamais aimé voir mes films. D’ailleurs cette après midi on passe «La piscine», mais pour rien au monde, je n’irai le voir. C’est très triste pour moi. C’est une grande souffrance. Il y a Romy Schneider, l’amour de ma vie, c’est trop de souvenirs. Vous voyez très bien le degré de souffrance que cela risquerait de me causer: voir sur écran tous ceux que j’ai chéris et qui m’ont quitté. Il y a une certaine nostalgie... Toutes les images vous ramènent à des souvenirs tristes et malheureux.
Vous continuez de déclarer à chaque fois que l’occasion se présente, que votre carrière est derrière vous, que le cinéma français est mort et que si on vous demandait les noms de jeunes cinéastes vous ne sauriez quoi répondre.
Je ne dis pas ça tout le temps...
Si, souvent
Si c’est comme ça, alors je le confirme. Mon cinéma est mort. J’ai déclaré en 1996 que je ne tournerai plus de films et j’ai tenu ma promesse. J’ai par contre fait du théâtre, de la télé, mais je me souviens avoir dit et redit que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Après tout je suis libre. Mais si je trouve un metteur en scène qui me passionne, un scénario exceptionnel, certes je vais refaire du cinéma, des réalisateurs, comme Besson, Spielberg:.. Vous savez dans la vie il ne faut pas être tout le temps catégorique. Un journaliste en général, prend sa retraite après combien de temps de travail?... Moi j’ai 46 ans de carrière, donc ma carrière est derrière moi.
Quel genre de cinéma aimez-vous?
A vrai dire je n’aime pas trop aller au cinéma.
Comment voyez-vous l’état actuel du cinéma international?
Je pense que le cinéma national n’existe plus. Je parlerai plutôt d’un cinéma de personnalité. Le cinéma que j’ai connu et aimé est en effet un cinéma national. Malheureusement, il n’y a que le cinéma américain qui affiche partout son identité. Je déplore le fait qu’on ne parle plus du cinéma français ou italien.
On vous qualifie de passéiste. L’êtes-vous réellement?
Je suis passéiste et je l’affiche partout. C’est un problème? (rire). Je pense que ce sont là des convictions propres à chaque individu. Je ne suis qu’un passéiste.
Que gardez-vous comme souvenirs de la Troisième Édition du Festival International du Film de Marrakech?
C’est pour défendre mon film que je vais dans un Festival. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait dans tous les Festivals à Cannes et ailleurs. A Marrakech, c’est tout à fait particulier. Je suis venu d’abord parce que Sa Majesté le Roi m’a demandé d’être l’invité d’honneur et SM le Roi souhaitait me faire l’honneur de me décorer du Wissam Alaouite. Donc je suis venu d’abord pour répondre à l’invitation de Sa Majesté et ensuite pour l’hommage à Toscan du Plantier. Si on veut, dans le contexte du Festival, mais pas vraiment dans le Festival.
Vous avez déjà habité la ville de Marrakech, il y a de cela quelques années. Comment vous avez trouvé la cité ocre?
Moi, c’est la première fois que je vois la pluie à Marrakech et hier en me rendant au Palais Royal, j’ai dit le Maroc pleure, Marrakech pleure parce que son Roi n’est pas encore revenu. Il devait rentrer hier...
Vous avez fait sortir un coffret de 16 DVD parmi vos 86 films. Quelles en sont les raisons?
J’en suis ravi. Car cela me permet d’entretenir un public jeune, qui ne me connaît pas forcement, qui ne regarde pas le cinéma ou qui ne va plus dans les salles...C’est l’occasion pour ces jeunes de voir des films en DVD comme «La Piscine»...
Qu’est ce qu’il a de si particulier l’hommage qui vous sera rendu cet après midi au Palais des Congrès?
C’est Claudia Cardinal qui me le rend. On a débuté ensemble avec «Rocco et ses frères»...
A l’âge de 4/5 ans vos parents divorcent et vous êtes placé dans une famille d’accueil. Que gardez-vous comme souvenirs de cette époque?
Je n’ai pas envie de parler de ma petite enfance (rires). Simplement, sachez que la petite enfance( soupir) conditionne toute ma vie. Moi en tout cas, elle a conditionné toute ma vie.
Comment voyez-vous le monde d’aujourd’hui?
Je ne le vois pas du tout. Il est d’une désolation et d’une tristesse absolues !
La grande amoureuse. Celle dont le sourire affectueux est éternellement dessiné sur le visage. Celle qui a ravi les coeurs des journalistes, des citoyens de Marrakech, de tous ceux qui l’on côtoyée, par sa modestie, son humilité, la grandeur de son âme et surtout sa sincérité non feinte.
A cœur ouvert à La Nouvelle Tribune.
La Nouvelle Tribune : Comment voyez-vous la réalité du cinéma égyptien d’aujourd’hui?
Yousra : En général le cinéma arabe est pareil à ce grand olivier qui commence à perdre un peu de sa verdure. Autrefois le cinéma égyptien parvenait à réaliser à peu près cent soixante films par an avec un tout petit budget, mais d’une grande qualité aussi bien sur le plan des scénario, de la réalisation et de l’interprétation, sans parler bien entendu de la qualité technique. Aujourd’hui, on fait une dizaine de films par an, mais avec un budget faramineux et souvent une qualité, je dirais moyenne. Cela ne veut pas dire que le cinéma de bonne qualité n’existe plus, mais il y a moins de sérieux, moins de rigueur et moins de sincérité...
Qu’entendez-vous par sincérité?
Je veux dire par là, qu’avant par exemple, c’était pas le cachet qui importait le plus pour l’acteur aussi bien que pour le réalisateur, mais c’était avant tout la sincérité dans le rendement, la reconnaissance et l’estime du public.
Les réalisations télévisuelles aussi bien que cinématographiques en Syrie, commencent à prendre beaucoup d’ampleur par rapport aux créations dans le monde arabe en général. Qu’en pensez-vous?
Je reviens encore une fois à la sincérité, au sérieux. La pluralité des thèmes traités au niveau des feuilletons et des séries syriens, la haute qualité au niveau de l’interprétation des acteurs syriens... l’écriture des scénarios qui va en parallèle avec les transformations et l’évolution du monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas facile par exemple de traiter un côté de l’histoire du monde arabe tout en restant moderne et contemporain, à ne citer que «AL Bawassil», ou encore «Al Kawassir», une beauté au niveau de la composition musicale, des décors, des costumes...tout est calculé minutieusement et avec une intelligence esthétique. Cela ne veut pas dire que dans les autres pays arabes, il n’y a plus de belles créations, il y en a, mais pas autant qu’avant. Mais cela ne veut pas dire que ça va mal, pas du tout. En Égypte, il y a des films très beaux qui ont vu le jour grâce à de jeunes réalisateurs.
Adil Imam et Yousra, un couple d’acteurs que l’on retrouve souvent au niveau des grandes créations cinématographiques égyptiennes. Que représente pour vous ce grand acteur?
IL est le frère, le grand ami, l’exemple de l’acteur pleinement engagé dans son domaine, un grand artiste pour qui j’ai énormément de respect.
Et Youssef Chahine?
C’est le parrain, l’illustre ami, l’encyclopédie du cinéma arabe et même internationale. Ce sont là toutes des personnes qui m’ont beaucoup marquée, encouragée...
Que répondez-vous aux journalistes qui ne cessent de vous causer du tort dans votre vie intime?
Je vis mal cette situation. Je ne tolère pas qu’un journaliste s’immisce dans la vie intime d’un artiste. Nous sommes libres de vivre notre vie comme on veut à condition de ne pas empiéter sur la liberté des autres. Que je divorce, que je me marie, que je porte un pantalon ou une robe, je suis libre. J’ai besoin que l’on respecte ma profession et ma vie privée. J’ai travaillé dur pour devenir ce que je suis aujourd’hui.
Quel regard porte Yousra sur le Festival International du Film de Marrakech 2003?
D’abord, je tiens vivement et respectueusement à remercier le peuple marocain, son Roi et toutes les personnes qui m’ont fait l’honneur de m’inviter à Marrakech où un hommage me sera rendu tout à l’heure (Dimanche à 20h). J’ai vécu une grande histoire d’amour dans cette ville. Là où je me trouvais, j’étais entourée d’affection, protégée, chérie (les larmes aux yeux). J’ai vécu une forte émotion, c’est trop... Merci... (Silence). Pour ce qui est du Festival, je pense que c’est un grand acquis pour le Maroc. C’est une grande réussite. C’est aussi une occasion de faire valoir le produit cinématographique marocain. Je félicite également les organisateurs d’avoir pensé ouvrir le Festival par le film marocain «Mille mois», de Faouzi. Cela a donné une touche purement marocaine au déroulement du Festival. Ce qui est charmant, c’est le fait que cette aventure cinématographique puisse se dérouler sur le sol d’un pays arabe. On a cherché à communiquer moyennant le septième art et c’est réussi. Cette belle histoire a surtout été favorable pour les citoyens de Marrakech qui ont pu approcher de près leurs artistes et les artistes venus du monde entier, voir des films sur l’écran géant, gratuitement... Les étrangers ont compris que le Maroc n’est pas un pays de terrorisme, mais un pays de culture, de paix, d’ouverture, de tolérance, un pays d’artistes innés.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi