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Une voix qui jamais ne s’éteint Moha le fou Moha le sage

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C’est dans une petite cave sénonaise du 17è siècle que la création «Moha le fou Moha le sage» a pris forme après une lecture à haute voix réalisée en août 2001: «Cette éclosion souterraine et confinée a donné d’emblée une saveur particulière à son personnage inquiétant, clochard, halluciné et dérangé pour les uns, prophète terrible et dérangeant pour les autres», déclare Abder. La même expérience s’est renouvelée plus tard devant un public plus large, ce qui a éveillé chez Abder le besoin et l’envie de mettre en place un projet de création. Quinze jours passés à la résidence de l’Institut Français de Casablanca et la pièce fut montée.
Pourquoi ce texte?  Abder explique: «c’est mon sous-texte. Il répond à des interrogations que je me suis toujours posées. C’est un livre colossal, d’une poésie et d’une actualité assez fortes. J’ai essayé de respecter au maximum le texte original. Pour la pièce, il s’agit d’un montage de passages aussi beaux et aussi révélateurs les uns que les autres. C’est un texte très chargé symboliquement. Ce qui me fascine chez le personnage de Moha, c’est cette folie mais tellement sage à la fois, car ce qu’il dit est vrai».  
La pièce est un monologue d’une heure et demie. le Moha de Tahar. Un monde où se reflètent sagesse et démence. Un univers de mensonges et de vérités voilées et dévoilées. Moha, un corps abandonné à une existence d’amertume, imbibée, mort dans l’ignorance. Moha, une mémoire, un cimetière où s’entassent des tombeaux de souvenirs calcinés, s’enterrent chagrin et humiliation. Moha, une voix, des voix qui détonent et se taisent, se révoltent et se résignent. Moha la belle métaphore de l’Injustice: « J’ai honte, oui moi, Moha, Fils d’Aïcha et de révolution, fils de la chamelle égarée dans le désert, descendant de l’araignée noire vénéneuse...Moi le fou, moi le pauvre, je suis nu devant les hommes et devant l’époque, face à la mer, face au feu qui vous menace...Moi le sage, l’homme perdu...Moi j’ai honte et je ne sais quoi faire que me déshabiller et de vous montrer la gale sur ma peau...J’ai peur de vous voir pendus à l’aube de tous les massacres...J’ai peur et je crie...»
«Moha le fou Moha le sage» est la première création de la Compagnie «Hors Case». Pour David Ayala; «La voix de Moha est de celles qui ne s’éteindront jamais et qui, même sous les tentatives d’étouffement, continueront de clamer et dénoncer l’injustice dont les hommes sont trop souvent victimes». Concernant la mise en scène, David déclare: «J’ai respecté le choix d’Abder pour ce qui est des choix des passages, mais je me suis quand même permis de greffer à ces textes, un prologue de Pazzolini tiré de son recueil « Les cendres de Gramsi et un épilogue d’Edouard Bond, tous, des textes qui font écho au texte de Benjelloun. Il s’agit d’un personnage à la recherche de ses mots, de sa mémoire et qui subit une oppression extérieure. Dans Moha le fou Moha le sage, j’ai découvert grâce à Abder des ressources que je ne soupçonnais pas»                                          Perturbateur par excellence de l’ordre établi, Moha est la métaphore de la parole, de la pensée, de l’être libre. Il est le chant en choeur de tous les êtres appartenant à la race des hommes. Un chant qui s’insurge, rit, vitupère, attaque toute sorte de doxa et de tabous. Et de sa vie, Moha paiera le courage de la parole libre.

Ilham Khalifi



 

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