La Nouvelle Tribune : Tu as un bac scientifique. Une fois en France, tu as bifurqué vers des études dans le domaine de l’art. Une aventure artistique qui t’a beaucoup marquée.
Laïla Farès : Je suis partie pour faire la kinésie en France. J’ai été à Paris et puis comme la ville est très artistique, on rencontre des artistes partout ... J’ai décidé d’aller consulter un centre de conseil qui m’a orientée vers les Arts Graphiques. J’ai donc intégré entre 89 et 92 une première école, la MGM, puis j’en ai fait une deuxième qui va beaucoup plus avec ma personnalité, c’est l’École Supérieure des Arts Modernes à Paris. En fait, on faisait beaucoup de Nu. On faisait du graphisme, de la sculpture, l’illustration... C’était très varié...
Et tu as opté pour une spécialité précise?
C’est la publicité en fait.
Ce passage par la peinture du Nu, c’est important pour un artiste?
Absolument. C’est très important parce que c’est la base. Au Maroc on ne fait pas de Nu, on fait de la sculpture, la nature morte, un peu de tout sauf le Nu, parce que cela va à l’encontre de notre religion, de notre culture. Je pense qu’il est très important de faire du Nu. Pour apprendre à dessiner, il est important de passer par le Nu. Les ateliers du Nu c’est basique.
Tu es rentrée au Maroc. Tu as arrêté de faire de la peinture et tu t’es lancée dans le domaine de la publicité.
J’ai dix ans d’expérience dans le domaine de la pub. J’ai été dans l’édition. J’ai arrêté de faire de la peinture puis j’ai repris après.
Tu exposes aux Carrefour des livres pour la première fois. On peut en parler?
J’ai repris petit à petit la main chez moi. C’est devenu une passion et puis j’ai rencontré Mme Retnani qui m’a proposé d’exposer ce que j’ai peint.
Tu es restée combien de temps sur cette exposition?
Presque une année.
Tes sujets, tu les avais déjà en tête?
C’est la vie au quotidien que je peins. Je peins ce que je vis. Je n’ai pas choisi un thème précis. C’est spontané. Par exemple le tableau sur lequel je représente un aveugle, je l’ai en mémoire. Je l’avais vu quand j’étais très jeune. Je devais avoir quatorze ans. Je me promenais avec ma chienne et j’ai vu un aveugle pleurer dans la rue car personne ne lui avait offert de l’aider. Cette scène m’a énormément bouleversée. Sur la toile, j’ai essayé de reproduire cet aveugle souffrant d’une situation qu’il n’a pas choisie. J’ai peint un homme sans yeux. J’ai aussi peint des pétales...
Pourquoi justement des pétales et plus précisément des marguerites?
Les pétales parce que ça fait partie de ma vie, la verdure... La marguerite parce que j’aime beaucoup cette fleur. J’ai peint «Ramsès», car il est représentatif de l’Égypte, un pays que je n’ai jamais visité mais que j’aime beaucoup. J’ai peint une ferme canadienne...
De mémoire aussi?
Non. J’ai des amis canadiens qui m’en ont parlé. On m’a raconté une histoire qui m’a beaucoup marquée. On m’a parlé des indiens qui attendent que les feuilles tombent du tronc d’arbre de l’érable pour récupérer le sirop, le mettre dans un pot et lui donner le nom de la ferme. J’ai peint une esclave avec un tapis, des natures mortes, des livres...
Pourquoi une nature morte avec des livres?
J’ai remarqué que les gens ne lisent pas beaucoup. Moi, il y a des périodes où je lis beaucoup et quand je suis saturée je peins. Pour moi c’est une manière de sensibiliser les gens à la lecture.
Pourquoi le choix de l’art figuratif ?
C’est le contraire de l’abstrait...
Loin des définitions académiques, que représente pour toi ce genre?
Je me sens beaucoup plus proche de l’art figuratif. Je suis plus à l’aise et plus épanouie quand je fais du figuratif. En plus c’est la vie de tous les jours que je peins.
As-tu été en contact avec des artistes marocains?
Je connais Bellamine, Bikri. Je trouve que les peintres marocains sont pour la plupart de vrais artistes. En fait, le Maroc est un pays d’artistes. C’est un pays où la lumière est très bonne, mais il n’y a pas assez de galeries, de musées..., comme en France.
J’aimerais faire beaucoup d’ateliers où des artistes pourront se rencontrer et faire des dessins ensemble autour d’un thème... En France, c’est autour d’un nu. Les ateliers c’est un échange. C’est important car c’est une manière de s’enrichir, d’apprendre.
Tes projets?
Je compte réaliser une exposition autour du thème «Les animaux domestiques».
Propos recueillis par
I.K.