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Le respect des commandements divins (la Shari’a ) dans l’enseignement de Sidi Hamza Causeries soufies

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Nous voici une fois de plus réunis pour passer en revue (si on peut parler ainsi) les piliers de l’éducation spirituelle à l’œuvre dans la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya. Après le dhikr et le compagnonnage, je voudrais, une fois encore, vous lire le témoignage de nos frères de France par rapport au rôle fondamental du respect de la Loi (la Shari’a) dans la progression spirituelle du disciple. Ce qui ressort de ce très beau  document c’est la perception que le respect de la loi ne doit pas être vu ou vécu comme une contrainte mais au contraire comme une saveur qui jaillit de l’intérieur…
Vous savez tous que cette voie où nous sommes est, pour reprendre l’expression de  notre shaykh bien aimé Sidi Hamza,  bâtie sur le Coran et la Sunna.  Sidi Hamza, comme tous les maîtres soufis avant lui, ont toujours aimé rappeler cette parole d’Al-Junayd, un des premiers maîtres auxquels se rattachent les voies soufies : “Toutes les voies sont fermées aux créatures, sauf à celui qui met ses pas dans ceux de l’Envoyé, qui suit sa règle de vie (Sunna) et qui demeure sur la route qu’il a tracée; le chemin de tous les bienfaits lui est alors ouvert”. On ne peut prétendre à la réalisation spirituelle c’est-à-dire finalement à l’Amour de Dieu si on ne suit pas Ses commandements. Et il y a dans Ses interdits et Ses commandements une sagesse infinie dont les sens ne nous sont pas donnés de saisir par le mental. C’est par la pratique et la purification du cœur que nous pouvons goûter à cette saveur, celle que la loi divine est un bien infini pour les créatures…Un exemple : On rapporte dans la biographie du Prophète que l’un des compagnons demanda à Sidna Muhammad si Dieu exaucerait ses prières et vœux. Le Prophète lui répondit : “Purifie ta nourriture en recherchant ce qui est licite et tes vœux seront exaucés”. Le fait de consommer de l’illicite (al-harâm ) obscurcit le cœur. Dans sa fameuse Rissâla, al-Quchayri explique que les shuyûkhs éducateurs spirituels ont, à l’unanimité et de tout temps, convenu pour déclarer que le fait de consommer l’aliment illicite fausse la capacité intérieure de l’homme (sa clairvoyance, sa baçîra ) de distinguer l’inspiration de la séduction, c’est-à-dire au niveau de nos pensées adventices (al-khawâtir), celles inspirées par l’ange (ilhâm) de celles ( al-wassâwis) sururrées par l’âme (incitatrice au mal) ou par le diable. Cette réalité importante de l’interdépendance entre le corps et l’esprit (arrûh) permet de comprendre certains des préalables à tout itinéraire spirituel vers Dieu.
Tout cela vous montre à quel point il y a dans les interdits divins un bien pour l’Homme, pour ceux et celles qui aspirent à l’Amour de Dieu et de Son Prophète. Sidi Hamza répète souvent à ses disciples ce verset : “Ce que vous donne l’Envoyé, prenez-le; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous en, et craignez Dieu car Dieu est sévère en punition ” (Cor LIX, 7). L’Amour de Dieu passe donc par la connaissance préalable de cet “espace des possibles” que l’Envoyé de Dieu (que le salut et la paix de Dieu soient sur lui) a “balisé” pour nous. En voici la preuve, claire comme de l’eau de roche : “Dis : “Si vous aimez vraiment Dieu, suivez-moi, Dieu vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux” (Cor 3, 31).
Avant de vous lire le témoignage de nos frères français, je vous laisse méditer ce hadith où le Prophète entretient ses compagnons d’événements à venir : “En vérité, vous (les premiers croyants) vivez à une époque où quiconque omet un dixième de la loi sera damné. Mais une époque viendra où quiconque accomplira un dixième de la loi sera sauvé” (Tirmidhi)
Ecoutons maintenant la lecture du document témoignage des disciples français sur le rôle de la Loi :
“Un jour que le Prophète Muhammad (sur lui le Salut et la Paix) était avec ses compagnons, ces derniers virent arriver un jeune homme habillé de blanc, ne portant sur lui aucune trace de la poussière du voyage. L’homme s’assit en face du Prophète, plaça ses jambes entre les siennes, et lui demanda : “ Qu’est-ce que l’islam ? ” (littéralement, la soumission). Le Prophète répondit : “ L’Islam, c’est la soumission à Dieu, basée sur la pratique des cinq piliers : le double témoignage de l’unicité divine et de la révélation muhammadienne, la prière, l’aumône, le jeune du mois de Ramadan et le pèlerinage à la Mecque ”. Le jeune homme dit alors : “ Tu as dit vrai !”, ce qui ne manqua pas d’étonner les compagnons. Puis il demanda : “ Qu’est-ce que l’Iman ? ” (la foi). Le Prophète répondit : “ L’iman, c’est le fait de croire en Dieu, en Ses anges, en Ses livres, en Ses envoyés, au Jour du jugement, et à la prédestination ”. Une fois encore, le jeune homme s’exclama : “ Tu as dit vrai ! ”, puis demanda : “ Qu’est-ce que l’Ihsan ? ” (l’excellence du comportement). Le Prophète répondit : “ L’ihsan, c’est d’adorer Dieu comme si tu Le voyais, car si tu ne Le vois pas, Lui te voit ”. Après avoir confirmé ces paroles par un nouveau “ Tu as dit vrai !”, et posé quelques nouvelles questions, le jeune homme partit. Le Prophète demanda alors à ses compagnons s’ils savaient qui était ce jeune homme. Face à leur ignorance, il leur révéla qu’il s’agissait de l’Archange Gabriel, “venu pour vous enseigner votre religion”.
A travers ce célèbre hadith, apparaissent trois niveaux d’expérience et de compréhension de la réalité divine : la soumission à la Loi, ou le respect de l’écorce et de la forme des choses; la Foi, ou la compréhension de la chair et du contenu de la religion; l’Excellence, ou le noyau central que constitue la prise de conscience de la présence divine. “Pour atteindre le noyau, il faut traverser l’écorce ”, disait Maître Eckart. Le fruit est constitué d’une écorce (la Loi), d’une chair (la Foi) et d’un noyau (l’Esprit). Mais pour atteindre le noyau, qui seul contient en germe un nouveau fruit, il faut d’abord passer par l’écorce.
La relation entre l’exotérisme et l’ésotérisme peut être comparée à celle qui existe entre le corps et l’esprit. Sans esprit, le corps est vidé de son sens, de sa source vive; sans corps, l’esprit est insaisissable et devient une pure abstraction. Or, nous ne sommes pas de purs esprits. Enracinés dans un espace et dans une temporalité, nous possédons un corps et une âme qui sont en perpétuelle interaction. Il suffit de voir à quel point le fait d’être fatigué ou affamé peut parfois altérer notre patience ou notre bonne humeur, pour être convaincu que la vie de notre corps influence notre état intérieur. Cette interaction est d’ailleurs à la base de la notion de rituel, de cette pratique qui mobilise l’ensemble des éléments constitutifs de notre être. Si la philosophie, qui reste purement au niveau du mental, peut être pratiquée sans lien avec notre mode de vie, le travail spirituel nécessite quant à lui un cadre extérieur pour pouvoir être efficient.
À suivre

Ahmed Rachik



 

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