La Nouvelle Tribune : L’Association Le Grand Atlas dure depuis presque une vingtaine d’années. Avec tous les problèmes rencontrés, vous avez réussi à perdurer. Où réside la force de cette association ?
Mohamed Knidri : Sa force est due tout d’abord à ses membres fondateurs appartenant à des milieux très diversifiés et très différents. Pour la plupart ce sont des universitaires, des chercheurs, des intellectuels, des professionnels, des gens tenaces, qui possèdent un long souffle. Pratiquement des personnes très motivées, fidèles au travail associatif et profondément attachés aux objectifs de l’Association, Grand Atlas. La succession des membres a toujours été faite d’une manière concertée. Ce sont surtout des hommes et femmes qui ressentent un grand amour pour la région du grand Atlas. Ce sont les raisons qui expliquent la longétivité de notre association.
Vous êtes certainement fier des actions accomplies au niveau de l’Association et ce depuis sa création ?
Parfaitement. Nous sommes fiers d’avoir créé le Centre de Formation orthoprothésiste, le seul centre de ce niveau-là au niveau de l’Afrique, en collaboration avec le ministère de la Santé et avec la Coopération maroco-allemande. Nous avons aussi crée la maison de l’étudiant. Nous avons restauré la Koutoubia. Une grande œuvre culturelle pour la cité rouge. C’est donc le passé et l’avenir de notre association qui en fait sa fierté et sa grandeur.
L’avenir, c’est tout d’abord Le Festival des Arts Populaires que nous avons repris, grâce à l’Association et au GRIT et tous nos partenaires.
La 38 ème Édition du Festival des Arts Populaires a opté cette année 2003 pour le thème « Le Chant Naturel et les Voix de l’Atlas», genre Tamawayt, A’ayyou’, Hassani...Comment s’explique ce choix ?
Chaque année, nous optons pour l’une des composantes des Arts Populaires, un patrimoine très riche, sur le plan aussi bien du chant, de la danse, le côté chorégraphique, les rythmes. La richesse et la diversification résident aussi au niveau symbolique et métaphorique. On peut exprimer le quotidien, la condition humaine et universelle d’une manière très poétique. Les voix de nos femmes, que ce soit dans les montagnes ou à la campagne, ce sont des voix très impressionnantes et très belles. Par la voix, on peut tout exprimer. L’année prochaine ce sera le Rythme éternel.
Cette année vous avez fait appel à Lahcen Zinoun en tant que metteur en scène et chorégraphe, Ahmed Aydoun, directeur artistique. Comment s’explique le choix d’une direction aussi étoffée ?
Ce sont de grands spécialistes de renommée mondiale. Zinoun , le grand chorégraphe a beaucoup travaillé sur les arts populaires, puisqu’il avait crée, il y a déjà quelques années une troupe nationale d’art populaire. C’est un artiste, un chorégraphe. Ahmed Aydoun, un illustre chercheur dans le domaine de la musicologie et aussi un grand chercheur dans le domaine des arts populaires.
Comment faire en sorte que les voix, les chants puissent garder leur naturel et leur authenticité, car la mise en scène, une direction extérieure risquerait de fausser la véracité des chants et des danses ?
Il y a effectivement beaucoup de risques. Nous risquons comme vous dites de déformer le chant naturel, les danses. Il faut donc y aller tout doucement. D’où le choix d’une équipe de spécialistes qui ont remarqué qu’il y a eu d’ores et déjà une déformation au niveau des danses, des rythmes, de la chorégraphie. Certains arts populaires ont malheureusement subi des déformations, des métamorphoses pour répondre à des besoins.
Il y a également le problème d’une jeune génération qui prend la relève ?
Effectivement. Je pense que le Festival des Arts Populaires a pour mission de préserver l’authenticité de nos arts populaires. Une recherche est effectuée au niveau de chaque tribu et région. On essaye également de voir comment et pourquoi ces arts populaires évoluent et se transforment. Toute mise en scène, direction artistique doit partir de l’originalité et de l’authenticité des Arts Populaires.
On a pu observer lors des dernières éditions du FNAP, qu’il n’y a aucun suivi des troupes après le festival, et c’est vraiment dommage, car ça aurait pu être très bénéfique d’accompagner les troupes, les jeunes passionnés des arts populaires, qui sont censés prendre la relève.
Vous avez parfaitement raison de parler de ce problème de suivi.
Nous allons, avec nos partenaires, les chercheurs et les spécialistes des arts populaires continuer de faire une prospection durant toute l’année. C’est une manière de motiver les artistes dans leurs douars, leurs villages, manière de leur dire que ces arts sont importants sur le plan national, car ils sont notre identité et notre image.
Qu’est ce qui fait l’originalité de L’Édition 2003 ?
Nous avons 600 artistes. Cette année nous avons invité des troupes africaines, le «Ballet de Dakar», la Côte d’Ivoire, la Thaïlande...
Nous sommes fiers de constater que même après les attentats du 16 mai, le Maroc continue d’être l’espace culturel des retrouvailles, des rencontres affectueuses et amoureuses entre les arts populaires du monde entier.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi