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Les terroristes ont échoué, la preuve en musique Après le16 mai, le 21 juin

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Que les affreux terroristes en prennent de la graine; qu’ils abandonnent leurs habits afghans ridicules, leurs barbes dégoûtantes et leurs idées rétrogrades pour enfiler un jean et un T-shirt et venir se trémousser, l’année prochaine à la même date, dans ce qui deviendra forcément (eu égard au succès enregistré cette année) un rendez-vous incontournable.
Les nombreux groupes de musique qui y ont participé ont, à tour de rôle, mis le feu (de façon inoffensive, la musique adoucissant les mœurs !) à l’assistance. Cette initiative – la fête de la musique -, prise originellement en 1983 en France par Jack Lang (alors Ministre de la culture du gouvernement Mauroy), en était à sa deuxième livrée cette année et a tenu toutes ses promesses.
Casablanca, 11 heures du matin. Avant de plonger dans l’ambiance festive de ce jour béni, une pensée me traverse l’esprit alors que je foule le parvis du Tribunal de Première Instance, sis Place Mohammed V. Il y a quelques mois, quatorze musiciens et mélomanes n’y étaient pas à la fête et y ont été traînés dans la boue à cause de leurs goûts musicaux et de leur look. Aujourd’hui, à l’occasion de leur fête, ils tenaient leur revanche. L’État, secoué par les attentats islamistes du 16 mai, admettait enfin que la musique - toutes les sortes de musiques - ne pouvait pas être néfaste pour la société (ni ébranler la foi des musulmans) en organisant la fête de la musique en divers endroits, en donnant des concerts gratuits à l’air libre, en face du TPI. Les 14 musiciens ont dû apprécier ce Mea Culpa on ne peut plus explicite.
Mea Culpa des autorités
En face de la fontaine, un attroupement s’est formé autour d’une scène sur laquelle s’affairent de nombreux organisateurs de l’événement. Ahmed Ghayet, Président du réseau Maillages, est au four et au moulin. Il veut que tout soit parfait pour la grande fête et dépense, sans compter, son énergie.
Trois énormes camions-remorques siègent à la gauche de la scène. Ces camions ont sans doute constitué l’élément le plus insolite du 21 juin. Comme à Berlin lors de la « Love Parade » ou à Paris lors de la « Gay Pride », les organisateurs de la fête de la musique ont voulu que ces camions fassent office de cortège musical, qu’ils traversent la ville en long, en large et en travers. Dotées d’enceintes sur puissantes, les remorques ont accueilli trois troupes musicales typiques de la musique populaire (pop music) marocaine. Ainsi, un camion charroyait une douzaine de « chikhates » bien en chair, alors que les deux autres transportaient des groupes de gnawas et de dakka marrakchia. Les trois engins et les musiciens charriables ont fait le spectacle dans les artères de Casa.
Plus tard, vers 18 heures, le site principal de la manifestation, la Place Mohammed V, commençait à se mouvoir au rythme des « percus » des talentueux « Bouhala » ; d’autres groupes, tout aussi inspirés, jouant du raï, du chaâbi ou du R & B,  leur ont succédé. Il est à noter que chaque groupe ne disposait que de quinze minutes pour faire découvrir au public sa maestria et sa pétulance musicale.
Après cette délicieuse mise en bouche, les « big bands », Jil Jilala et Lemchaheb, deux formations mythiques des années 70, ont donné des concerts comportant un florilège de disques appartenant aujourd’hui au patrimoine de la musique marocaine. La foule en délire leur a fait un triomphe et répétait inlassablement leurs refrains les plus célèbres.
A quelques encablures de là, les jeunes plutôt branchés rap, heavy metal et fusion ont « tripé » des heures durant dans l’enceinte de La Casablancaise. « Je « kiffe » trop lorsque j’écoute les sons lourds, les rythmiques endiablées et les « lyrics » incendiaires des groupes comme Reborn (constitué de quelques-uns des inculpés dans l’affaire dite des sataniques, NDLR) ou  Schizophrenia. C’est comme si j’entrais en transe », hurle, pour se faire entendre, Abdou, un ado truffé de « piercings », qui porte un t-shirt noir du groupe brésilien Sepultura. D’autres groupes, de rap essentiellement, ont pareillement été acclamés par le public.
Hormis ces deux grandes messes mélodieuses, d’autres quartiers de la ville ont également été de la fête. Quelques complexes culturels (au Maârif, à Derb Ghallef, etc) ont, ainsi, accueilli plusieurs formations musicales représentant diverses mouvances musicales. Un mois après avoir été endeuillée par la faute de kamikazes embrigadés, Casa sort la tête de l’eau et fête ses jeunes musiciens. C’est exactement d’une réaction de ce type que les Casablancais, terrorisés, médusés par une manifestation aussi flagrante de haine sociale que le 16 mai, avaient besoin pour se changer les idées. Nous ne le répéterons jamais assez : hard ou classique, la musique adoucit les mœurs !  

M.L.



 

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