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La plus belle révolution musicale Nass el Ghiwane, les Rolling Stones africains

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Il a suffi de cinq artistes, unis comme les doigts de la main, Boujmiî, Omar Essyad, Larbi Batma,  Allal Yaâla et Abderrahmane Kirouj, dit Paco, musiciens, chanteurs et percussionnistes, pour que l’écho se répande, pour que la parole devienne virile, éclatante, vigilante, violente et tendre, nostalgique et heureuse, à la fois, pour que le public aspirant à la sincérité dans la création musicale, au verbe et rythmes véhiculant une vérité, des vérités, s’enflamme, entre en transe, savoure des moments d’extase.
Belle histoire, que celle de Nass El Ghiwane, le mythe éternel de la chanson populaire marocaine. Un groupe qui par sa sincérité a imprégné plusieurs générations et continue de s’imposer aussi bien sur la scène nationale que mondiale. Nass El Ghiwane, l’écho du peuple, sa voix, les «Rolling Stones de l’Afrique.
Ce n’est pas fortuit si l’Olympia, à Paris, les a fait entrer dans la légende. Ils sont cinq à avoir créé le plus célèbre groupe de musique populaire qui allait faire couler beaucoup d’encre et de larmes, qui allait faire valser des milliers de spectateurs , les poussant  à épouser le chant en chœur.
Une nouvelle musique, un cri de révolte a retenti, a éclaté et  réveillé des esprits qui, sur leurs lauriers dormaient, en ce début des années 70.
Ils ont traversé trois décennies  et continuent d’impressionner un public avide de chant populaire moderne et évolutif. Le chant de la métamorphose. Ils sont nés à un moment où la contestation estudiantine  avait atteint son apogée. 
Ils ont la passion des racines. Ils savent écouter et reproduire les plaintes quotidiennes de leur concitoyens. Ils ont su transmettre les rêves , les illusions et l’amertume du peuple. Sur scène, ils parviennent à déclencher un enthousiasme quasi instinctif. Ils racontent l’homme, ses souffrances et ses joies. N’est-ce pas eux qui détonnent :»La tyrannie des autorités nous a endurcis, et éreintés, point de répit tant que l’être humain est brimé et attristé...» (Soubhan Allah), «Mahmouma, wa khiyyi mahmouma....», ou encore «Ya h’li l’hal ya h’li l’hal, imta ya s’fa l’hal?, quand viendront les jours heureux...»
Des poèmes où s’expriment la sensibilité populaire confrontée au choc de la vie de tous les jours. 
Nass El Ghiwane réussissent à déclencher l’une des plus sérieuses révolutions musicales. Inspirées par les H’madchas et les Gnawas. 
Cinq hommes, issus de Hay Mohammadi  aspirant à la démocratie, dénoncent ouvertement et dans la langue du peuple toutes les formes de l’injustice, la corruption, la répression, dans un mélange de gnaoui, de aissaoui, de melhoun. Ils ont réussi à rénover la chanson populaire, en lui offrant une nouvelle touche ghiwaniya. Il n’ y a qu’à fredonner Mahmouma, Sinia, Allah ya molana, ya bani insan, Ya hli El hal, Rjak Ana, autant de titres qui ont fait fureur, pour comprendre l’impact heureux et fort que ces chants ont pu avoir sur un public assoiffé de bonne musique engagée. La mort de deux éléments , Boujmiî et Batma, a certes affecté le groupe qui a nonobstant cela, continué  , dans la douleur, à produire en respectant les idées et les concepts auxquels adhère le groupe.
Le public gadiri saisira certainement cette occasion pour se laisser bercer par les chants et les voix engagés des bohèmes de la chanson populaire.

Ilham Khalifi



 

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