La Nouvelle Tribune : Vous êtes chanteuse depuis déjà une trentaine d’années, prof de chant. Vous êtes native de Casa, d’origine espagnole, vous vous êtes imbibée de la musique flamenco. Mais quelque part, au plus profond de vous-même, vous gardez certainement des souvenirs d’enfance. Accepteriez-vous de partager ces moments?
Christie Caro : Mon enfance (sourire). Quand je réfléchis à mon enfance, je me revois dans un environnement où l’on respirait le parfum des fleurs. J’étais très heureuse. Mes parents formaient un couple très uni. Le Maroc, c’était le bonheur quoi. A un moment donné, maman a voulu quitter le Maroc, pour son plus grand malheur. Elle disait qu’elle allait beaucoup souffrir et en fin de compte, quatre ans après, elle est décédée. J’avais 13 ans. Vous imaginez le choc!
Le Maroc a donc été une période pleine de bonheur et de sérénité. Et la France?
En France, j’ai commencé à connaître des difficultés. A sentir la souffrance et à voir mes parents en difficulté. Après la mort de ma mère, je suis restée très liée à mon père. Il était en souffrance constante parce qu’il était très amoureux de ma mère.
Le chant vous a-t-il aidé à surmonter les difficultés de la vie?
Certainement. Par l’intermédiaire d’une amie, j’ai intégré la Chorale de la ville de Tarbes en 1969. Peu de temps après, je suis devenue soliste. Jamais dans ma vie je n’avais pensé que je poursuivrais un jour une carrière de chanteuse.
Vos origines espagnoles ont-elles influé sur votre carrière de chanteuse?
Mon père adorait le flamenco et il me disait que lorsque j’étais petite j’adorais chanter et danser sur des airs de flamenco.
Votre premier concert?
C’était un 14 juillet, devant une foule de parachutistes. C’était à l’époque où on chantait les Mâles au Soleil de Nicoletta.
Que représente le chant pour vous?
C’est un don partagé. C’est d’abord la voix et la transmission par la voix. Ce sont des expériences partagées entre celui qui chante et celui qui écoute. C’est tellement beau de sentir que l’on est capable de donner du plaisir par la voix. Je rends les gens heureux ne serait-ce que pour un moment. Cela me remplit d’une grande énergie et c’est un bonheur que moi, chanteuse, je reçois du public. Le chant est à l’intérieur de soi et c’est quelque chose que l’on cultive à travers le temps. On s’aperçoit finalement que le bonheur est à l’intérieur de soi et c’est quelque chose que l’on cultive aussi au quotidien.
C’est ce bonheur partagé et transmis qui vous a poussé à aller vers l’enseignement?
Effectivement. Lorsque je chante, j’éprouve beaucoup de bonheur. En chantant, je sens que je transmets cette joie intérieure qu’on ne recherche pas à travers l’environnement, mais à travers soi, profondément. Lorsque j’enseigne, c’est le même sentiment.
Comment s’explique votre retour au Maroc?
J’avais besoin de me ressourcer. Retrouver un bonheur perdu.
Qu’en est-il de vos projets?
Je vous remercie de me donner l’opportunité de parler. J’ai effectivement des projets pour l’avenir. Je voudrais que les plus démunis de la société puissent bénéficier de l’apprentissage musical. Il y a beaucoup de talents au Maroc mais qui restent dans l’ombre, à cause d’une injustice, je dirais involontaire. Et je pense qu’il est temps que cela change. Je pense que c’est le rôle des médias.
Propos recueillis par
Ilham Khalifi