| | Articles » Lire, Voir, Entendre | | Le Teatro Del Otro, ressuscite Ibn Arabi Pour une religion de l’Amour |
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Auteur : Publier le : May 29, 2003
Là où la politique échoue, l’Art triomphe. Et c’est cette certitude qui a donné naissance au Théâtre de l’Autre. Une façon d’énoncer à la manière des soufis: Moi c’est l’Autre et l’Autre c’est Moi, Moi en l’Autre et l’Autre en Moi. L’Homme n’est que cet Autre qui est Moi et ce Moi qui est l’Autre. Pourquoi alors, s’exclure? La création du Theatro Del Otro ainsi que le spectacle «Chemins du Désir» qui s’en est suivi, ne sont nullement fortuits. C’est le fruit d’une longue souffrance du jeune dramaturge comédien, traducteur... marocain résidant en Espagne, Rachid Mountasar. C’est une réaction normale à un comportement quotidien de l’espagnol, qui tend vers l’exclusion de l’Etranger. Un regard négatif vers l’autre et la culture de l’autre. Il a donc fallu pour ce jeune créateur, réfléchir au moyen qui pourrait éventuellement changer cette aptitude à vouloir dénigrer l’autre, «C’est un hymne collectif à l’Amour, une ouverture inter culturelle au processus de la création, un cri au respect de l’Autre et à la tolérance», Affirme Rachid. Le choix d’Ibn Arabi est en effet un appel à une revalorisation de cet héritage culturel arabo-musulman. C’est aussi un désir profond de rapprochement entre deux peuples historiquement liés. Rachid dira: «Il fallait sortir Ibn Arabi de l’oubli, revivre l’apogée des trois Religions, aller vers l’Unicité. Toutes les religions ne prêchent que pour l’Amour». Ils sont donc quatre, un marocain et trois espagnols, à avancer, avec foi spirituelle et esthétique sur le chemin de la Différence et de la Pluralité. L’interpénétration euphorique des cultures et l’aisance avec laquelle elle s’accomplit, les engouffrent dans une transe théâtralisée. Et c’est alors que le comédien-narrateur rythmera de sa voix , de son corps; les vers du grand philosophe soufi, «Ne t’étonne point de celui que tu vois, car c’est toi-même que tu contemples». Le spectacle Los Caminos Del Deseo ou Maârij al Achwaq est un mariage amoureux entre plusieurs ponctuations. C’est la quête d’une harmonie perdue entre le corps, l’esprit et le monde spirituel des pensées. C’est un passage du disphorique à l’euphorique, du guerrier au pacifique. Ce sont des corps vidés de leur contenu matériel, s’acheminant avec grâce et beauté vers le Divin. Trois comédiens; deux muses et un Eros. C’est un entrelacement, d’une ardeur soufie entre deux langues. C’est l’albatros et l’alouette qui survolent un ciel où retentit un bruit assourdissant d’armes. Se répandent sur l’espace scénique, des notes de musique espagnole, japonaise, des sons latino-américains et orientaux. C’est un pèlerinage de l’Amour et de l’Adoration. Qu’aurait pensé Ibn Arabi du monde d’aujourd’hui, semble s’interroger dans une chorégraphie en fureur, le corps des comédiens?. On peut se demander finalement, s’il est possible aujourd’hui de réapprendre à aimer. S’aimer et pouvoir aimer l’autre. On a vécu l’expérience de la haine, les conséquences n’en sont que tragiques. Ilham Khalifi
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