Auteur : Fahd Yata Publier le : June 30, 2008
“M. Salim Cheikh a été nommé Directeur général de la deuxième chaîne de télévision nationale 2M, en remplacement de M. Mustapha Benali, apprend-on auprès de la société Soread-2M. Cette nomination a eu lieu lors de la réunion du Conseil d'administration de la société Soread-2M, tenue mardi à Casablanca sous la présidence de M. Fayçal Laraichi, Président-directeur général de Soread-2M. D'autre part, Mme Samira Sitail a été nommée Directrice générale adjointe, chargée de l'information et des programmes d'information à la deuxième chaîne. M. Salim Cheikh est né en 1972 etoccupait, avant sa nomination, le poste de Directeur général de la régie publicitaire du groupe Société nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT)». Cette dépêche de l’agence MAP a suivi de peu la nouvelle qui s’est répandue comme une traînée de poudre mardi en fin d’après-midi dans les rédactions casablancaises, provoquant nombre de commentaires et d’analyses «à chaud»… Mais, au-delà des réactions épidermiques, des commentaires passionnés en faveur ou en défaveur de tel ou tel, il convient indiscutablement de faire quelques remarques. La première qui vient à l’esprit est que le départ de M. Benali, qui fut l’un des premiers hauts cadres de 2M, recruté en 1988, avant d’être porté à sa Direction générale par le prédécesseur de M. Khalid Naciri à la Communication, Nabil Benabdallah, devrait enfin marquer la clôture d’un épisode particulièrement éprouvant pour la chaîne d’Aïn Sebaa et tous les téléspectateurs, celui du blocage interne et de l’immobilisme. En effet, il était de notoriété publique que les relations entre la Direction générale et la Direction de l’Information souffraient d’un manque de «liant», situation qui avait abouti à la réelle baisse de qualité et d’exhaustivité des programmes d’information de 2M, victimes de cette mésentente qui empêchait même tout contact régulier entre le «super patron» et la «patronne de l’info»… La nomination de Mme Sitaïl au poste de Directeur général adjoint et la confirmation de ses responsabilités au niveau de l’information, dans l’acception la plus large de ce concept, signifient clairement d’ailleurs que le bras de fer qui l’opposait à M. Benali s’est conclu à son net avantage… Ce dernier, qui avait une très longue expérience de 2M, de ses rouages et de ses équipes, aura incontestablement marqué de son empreinte la « petite sœur » de la TVM, devenue au fil des ans une chaîne de télévision professionnelle, dotée des moyens techniques (notamment le studio le plus grand et le mieux équipé d’Afrique) et humains conséquents. Avec des concepts nouveaux et populaires comme Challengers, Studio 2M, des productions fréquentes de téléfilms, une bonne couverture du sport, la chaîne d’Aïn Sebaa marquait notablement sa présence dans le paysage audiovisuel national caractérisé pourtant par «l’open sky» satellitaire et la concurrence avec Al Oula. Mais, revenue dans le giron du secteur public après des avatars financiers à la fin des années 90, la chaîne fondée par Fouad Filali en mars 1989 en tant que première chaîne de télévision privée et à péage en Afrique et dans le monde arabe, avait perdu en pugnacité, en pertinence, en qualité, dans le domaine qui avait fait son excellence, celui de l’information, des magazines et des talk shows. L’épisode de la «guerre des clans» devrait donc se clore avec l’arrivée de M. Salim Cheikh, un jeune manager venu du privé et qui a conforté sa connaissance du milieu des annonceurs par un passage remarqué à la tête du SAP, filiale de la SNRT en charge de la publicité. L’arrivée de M. Cheikh devrait marquer un tournant, sans doute parce que les premières données statistiques fournies par le système d’audiométrie auraient révélé, selon certaines sources, une réelle perte d’audience de 2M dans les segments où elle excellait auparavant, tandis que le terrain de l’information, domaine privilégie pour la proximité avec le téléspectateur national, était labouré par les tracteurs satellitaires, emmenés par Al Jazeera, cette chaîne aux pratiques douteuses et malintentionnées… Le temps du sursaut est également venu parce que la HACA, qui a récemment tenu un «conclave des Sages» à Tanger, vient d’annoncer officiellement le lancement de la procédure d’octroi de licences pour les radios et télévisions privées. On sait qu’à côté d’une cinquantaine de postulants pour les licences radios, une bonne dizaine de candidatures figureraient pour la télévision et notamment des chaînes généralistes et thématiques. 2M et Al Ouala seront donc prochainement soumises à la concurrence du privé et si les choses ne devaient pas évoluer dans les mois qui viennent, il est certain que les deux chaînes publiques perdraient tout à la fois en influence, en chiffre d’affaires publicitaire et en audience. M. Cheikh, venant du secteur privé, devra donc s’atteler prioritairement à préparer l’ouverture du paysage télévisuel. Cette mission, semble-t-il à certains, ne sera pas accomplie sans le repositionnement et la relance de la programmation dans un secteur stratégique pour la conquête de l’audimat, celui de l’Information. Alors, foin de querelles personnelles, de reportages misérabilistes qui avaient transformé les journaux télévisés en «kism al chikayates», de talk shows si convenus que le vieux «Ba stouf» d’Al Ouala apparaissait, avec son Hiwar, comme le héros et le hérault de notre PAM. Né en 1972, M. Salim Cheikh devrait donc faire sienne la devise de Danton, «de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace» !
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