Auteur : Alex PANZANI
Un "discours du trône" a dit la gauche qui l'a balayé d'un revers de main, pratiquant au congrès de Versailles la politique de la chaise vide ou refusant le débat qui a suivi l'intervention présidentielle. Il est vrai que la mise en scène voulue par Nicolas Sarkozy dans le décorum pompeux et écrasant du château du "Roi Soleil" n'était guère propice aux grandes effusions républicaines. Cette première d'un président devant le Congrès composé des deux chambres parlementaires françaises ne pouvait être le discours partisan d'un chef de parti, ni la déclaration de politique générale d'un Premier ministre, ni encore le programme d'un candidat déjà en campagne pour 2012. Tout était donc à inventer.
«Raté !» exultait Libération qui ajoute : «Il n’est pas pourtant dans les habitudes de Nicolas Sarkozy de louper un discours attendu. Mais hier, à Versailles, face aux parlementaires réunis en Congrès, le chef de l'État n’a su trouver ni le ton, ni les mots propres à mobiliser autour des «nouveaux horizons» promis depuis plusieurs jours par l'Élysée». Le principal quotidien français d'opposition n'était pas le seul à émettre un jugement défavorable sur la prestation présidentielle. Ainsi dans les Échos, Jean-Francis Pécheresses estime qu'absent du congrès depuis un siècle et demi, le chef de l'état " y est revenu par la petite porte». Beaucoup de députés de la majorité semblent également être restés sur la réserve, presque en spectateurs d'un événement dont ils n'ont jamais pu se saisir.
Le modèle républicain
Pourtant tous les «constitutionnalistes» sont d'accord, ce lever de rideau de l'acte II du quinquennat est un tournant dans l'histoire des institutions françaises. Un lourd contexte historique franco-français qui date de 1875, la naissance dans la douleur de la III ème République et les années De Gaulle avaient marqué du sceau de la méfiance les relations entre l'exécutif et le législatif.
Le discours devant le Congrès ne constitue-t-il pas une démarche aux relents bonapartistes ? «Le danger, ce n'est pas le régime présidentiel qui se dessine, répond le professeur de droit public Dominique Rousseau, mais c'est l'absence d'un réel contrepoids parlementaire doté de pouvoirs étendus comme c'est le cas du congrès américain». Cela aurait justement constitué la VI ème République, mais Sarkozy et l'UMP se sont arrêtés en chemin de peur de réveiller de vieux fantômes. Alors le locataire de l'Élysée a eu quelques difficultés à trouver ses marques en essuyant les plâtres d'un chantier qu'il avait lui même ouvert. Versailles est-il un bide? Ce n'est pas l'avis du politologue Roland Cayrol qui a estimé sur les chaînes de télévision françaises que le Président «a su prendre de la hauteur, trouvant même les accents du discours sur l'État de l'Union que prononce annuellement le Président des États-Unis». Son confrère Dominique Chagnollaud surenchérit : "Au fond, il s'agit d'un grand discours républicain où ont été déclinées les grandes valeurs de la République : liberté, égalité, laïcité". Il est vrai qu'en écoutant le Président français, son conseiller spécial Henri Guaino semblait ravi. A l'évidence, celui qui aime les références à Blum ou à Jaurès, a obtenu du Président la réhabilitation du «modèle républicain » naguère caricaturé par l'homme de la «rupture. Mais, c'est aussi le traitement de la crise qui est revu et corrigé. On pourrait le résumer par cette phrase: «Le modèle français a de nouveau sa chance».
Emprunt plébiscite?
Au cœur de l'argumentation présidentielle, une idée forte qui atteint toujours sa cible dans l'éventail de la classe politique française, c'est la référence au programme économique et social du «Conseil National de la Résistance». Aux heures sombres de l'Occupation, dans la clandestinité, il avait notamment jeté les bases de la création de la Sécurité sociale et des grandes nationalisations dans le secteur de l'énergie et du crédit. «Il a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française», a rappelé le chef de l'État jouant sur une fibre sensible.
La crise n'est certes pas la guerre et même si elle y ressemble, il en faudra plus pour faire l'union sacrée. Le spectacle donné à Versailles fut loin d'être consensuel et chacun porte sa part des responsabilités. Nicolas Sarkozy a préféré rester drapé dans sa toge de monarque républicain, une grande tradition de la V ème dont il n'est pas prêt de se dépouiller. L'ultra gauche, les Verts et le PS se sont réfugiés dans le boycott ou le refus de débattre après l'intervention présidentielle. Formidable aveu de faiblesse d'une gauche inaudible et incapable d'improviser une réponse au discours présidentiel. Oubliant la raclée des Européennes, dans un numéro de myopie politicienne, Martine Aubry n'a même vu à Versailles qu'un Président «dépassé par les enjeux». La plupart des observateurs font un autre constat: «sa marge de manœuvre n'a jamais été aussi grande sur le plan politique et aussi étroite sur le plan économique». Pas question pourtant de modifier le cap. «Chaque fois que l'on a fait la politique de la rigueur, on s'est retrouvé à la sortie avec moins de croissance, plus d'impôts, plus de déficit, plus de dépenses» a plaidé le Président. La surprise du chef, ce sera donc un grand emprunt auprès des marchés financiers ou des particuliers, sur les traces des Pinay et Balladur, L'objectif annoncé du chef de l'Etat est de réaliser un investissement sur l'avenir, dans la perspective de la sortie de crise, pour financer les «grandes priorités nationales». La France en a sans doute les ressources, mais les opposants crient au casse-cou et redoutent une fuite en avant dans des déficits abyssaux qui vont friser les 30 milliards d'euros l'an prochain. Dans les jours et semaines à venir, la polémique, par économistes interposés, va enfler avec une autre question à la clé : emprunt auprès des marchés financiers ou emprunt populaire? «Le second, qui coûte généralement plus cher, aurait l'avantage (ou l'inconvénient) de constituer un test politique» explique Roland Cayrol. En clair, s'il rencontrait le succès espéré auprès des ménages, il aurait valeur de référendum ou de plébiscite. Une voie royale dans la perspective de la présidentielle de 2012. Comment ne pas y songer à Versailles ?
Sarkozy récupère ... Mitterrand et corrige « l'erreur »...
Le « coup » du remaniement c'est bien évidemment, la nomination comme ministre de la Culture de Frédéric Mitterrand qui fut le neveu du Président. Un nom hautement symbolique et une personnalité médiatique qui n'est plus a présenter et qui n'aura aucune difficulté à rentrer dans les meubles de son ministère. Ecrivain, cinéaste, scénariste, producteur il était actuellement directeur de la Villa Médicis à Rome. Il lui faudra pourtant se roder aux subtilités de la politique. Il a d'ailleurs déjà gaffé en annonçant sa nomination avant même l'annonce officielle du Secrétaire Général de l'Élysée. Pour le reste il s'agit surtout de promotions internes et d'un jeu de chaises musicales . A noter que Michèle Alliot-Marie, valeur sûre du gaullisme devient Garde des Sceaux et ministre d'État en remplaçant Rachida Dati dans un ministère que cette dernière laisse en « ruines » selon le mot d'un haut magistrat. Brice Hortefeux inexistant aux Affaires Sociales (ou il est remplacé par Xavier Darcos) reste l'homme du Président au ministère de l'Intérieur poste sensible s'il en est et sans doute plus adapté à son profil. Double mission: Réduire l'insécurité et mener la délicate réforme territoriale. Promotion spectaculaire enfin pour le porte parole du gouvernement Luc Chatel qui s'installe au ministère de l'Education. Un poste il est vrai plutôt exposé.
Les perdants sont bien sur Christine Albanel dépossédée du prestigieux ministère de la Culture et qui paie sans doute l'echec de la loi Hadopi contre le piratage sur Internet, Roger Karoutchi ex-secrétaire d'Etat chargé des relations avec le parlement où les couacs se sont multipliés, Bernard Laporte ex-secrétaire d'Etat aux sports, ex-entraineur du XV de France, embourbé dans des frasques judiciaires. A noter également que Bernard Kouchner a obtenu la suppression de «l'erreur» du Quai d'Orsay ainsi qu'il avait qualifié le secrétariat d'État aux droits de l'homme. Sa titulaire qui avait tellement déçu
Nicolas Sarkozy est mutée au Sport.
La burqa divise (un peu plus) les musulmans de France
Pour Nicolas Sarkozy, la burqa est un instrument «d'asservissement» de la femme. «Elle ne sera pas, a-t-il prévenu, la bienvenue sur le territoire de la République». La question sera donc examinée par le Parlement qui vient de décider l'ouverture une mission d'information. Fin politique, Dalil Boubakeur, recteur de l'institut musulman de la Grande Mosquée de Paris, lui a vite emboité le pas en saluant les déclarations du Président français : «Cette position d'équilibre, et d'une grande conscience laïque de la part du président de la République, ne peut que fortifier les avis émis par la Grande Mosquée de Paris pour encourager l'intégration harmonieuse des citoyens français de confession musulmane aux valeurs républicaines». Beaucoup plus ambiguë semble en revanche la position de Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, (CFCM), publiée par Le Parisien, et qui se dit «étonné» par la création de mission parlementaire. Il estime à priori qu'une éventuelle interdiction de la burqa «stigmatiserait notre pays au niveau international». Le Président du CFCM affirme personnellement «ne pas être favorable au port de la burqa», mais il y voit la limitation d'une «liberté individuelle». Il estime d'autre part «difficile d'affirmer que la burqa porte atteinte à l'ordre public sans débat préalable». Mais, dans un pays démocratique, le Parlement n'est-il pas justement le lieu idéal pour en discuter ? Ces réactions contradictoires sont également révélatrices des luttes d'influences qui divisent les musulmans de France minent le CFCM et empoisonnent le débat.
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