Auteur : Fahd Yata
La relative agitation qui caractérise la scène politique nationale, malgré les efforts de plusieurs acteurs, ne semble guère passionner les foules, sans doute par manque de crédibilité de tous ceux qui ne veulent pas comprendre qu’il est grand temps de passer la main. Ce constat vaut incontestablement pour la première formation de gauche, l’USFP, qui est aujourd’hui l’objet d’ambitions, déclarées ou non officiellement avouées, de plusieurs grosses pointures socialistes aspirant à succéder à M. El Yazghi.
L’ambition, source de jeunesse... Ainsi M. Radi, ministre de la Justice et septuagénaire accompli, qui ne désespère pas de terminer en beauté sa longue carrière politique par l’accession au poste de Premier secrétaire, lui qui fut le compagnon de route des défunts Mehdi Ben Barka, Omar Benjelloun et Abderrahim Bouabid et le proche d’Abderrahamane El Youssoufi comme de Mohamed El Yazghi. Mais l’ancien Président du Parlement a sur sa route deux prétendants sérieux, Fathallah Oualalou (officiellement) et Habib El Malki (qui fait semblant de ne pas être candidat). Ces trois hommes, aux compétences intellectuelles reconnues, au parcours riche, représentent-ils pour autant l’aspiration au changement et à la relance qui animent si fortement la base et les cadres de l’Union socialiste ? Le moment n’est-il pas venu d’un saut qualitatif en adoptant sans détour un mode de fonctionnement plus collégial au sommet et un leadership foncièrement rajeuni ? L’USFP, qui garde une certaine influence au sein de la classe politique nationale, ne pourra se mettre effectivement en ordre de bataille dans la perspective des prochaines élections en poursuivant la démarche qui l’a trop longtemps caractérisée, celle de la satisfaction prioritaire des ambitions de certains de ses caciques… Pourtant, une telle nécessité s’impose vraiment alors que se précisent les stratégies de formations qui, objectivement, possèdent soit des atouts plus sérieux, soit un potentiel plus fort. C’est le cas des conservateurs du PJD qui, meurtris par leur échec aux législatives de 2007, ont entrepris depuis plusieurs mois d’occuper l’espace public, la scène médiatique, la tribune parlementaire, afin de réussir dans leur ambition de transformation de la société marocaine en camp retranché du passéisme, de l’intolérance et du conformisme rétrograde.
L’ombre du tracteur sur la lumière de la lampe... Face à ce camp réactionnaire qui saura utiliser, en temps voulu et à son profit, le passage de l’Istiqlal à la Primature, (qui s’annonce d’ores et déjà très dommageable pour la crédibilité future de la formation d’un Abbas el Fassi terne entre les ternes), seul le MTD semble être le pôle fédérateur d’un Maroc moderniste, dynamique, démocratique et tolérant. Malgré toutes les critiques et observations sur sa genèse, le manque de charisme de plusieurs de ses dirigeants, une démarche communicationnelle très peu accomplie, on sent, au moins dans le discours de son fondateur principal, Fouad Ali Al Himma, la ferme volonté de constituer un rempart contre la montée des intolérances et des exclusions à relents démagogiques, populistes et faussement religieux. Le MTD, qui n’est pas encore un parti politique, dont l’idéologie et le programme sont pour l’instant très flous, apparaît néanmoins comme l’alternative à la dangereuse dérive réactionnaire qui menace fortement la société marocaine et les institutions représentatives. L’alternative, à la fois parce que le député des Rahmas possède le courage de ses convictions anti-PJD, mais aussi parce que les autres forces de l’arc démocratique et progressiste brillent par leur mollesse, leurs querelles intestines, leurs guerres de clans qui, pourtant, ont tant contribué à fabriquer la forte désaffection populaire envers la politique lors des dernières législatives. Parce que Abbas Al Fassi songe déjà à rempiler à la tête de l’Istiqlal alors que son parti se grille «aux affaires», parce que l’USFP est en proie aux ambitions de sexagénaires et septuagénaires, parce que le PPS semble avoir perdu tout allant et toute velléité de mobilisation, le MTD constitue le seul recours, au point où opportunistes et carriéristes de tous poils, dont certains n’avaient pas craint de faire le lit du PJD, il y a quelques mois, se pressent à ses portes. La scène nationale, comme la nature, a horreur du vide. Les carences des uns vont faire, dans les mois à venir, la domination des autres et le vieux projet de bipolarisation de la vie politique deviendra, peut-être, réalité…
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