Mister Bob
Les élections présidentielles, au Togo, prévues pour le 24 avril prochain, ont quelque chose de particulier. En ce sens que voilà un pays qui était en proie à la division ethnique il y a quelques semaines et qui se retrouve aujourd'hui dans la sérénité et dans la solidarité pour élire démocratiquement son futur Président, au terme d'un putsch manqué, mené par Faure Gnassingbé. Enterrant leur adversité pour faire face au fils de Gnassingbé Eyadéma, le Président défunt, et qui s'était auto proclamé Chef de l'État en tripatouillant la Constitution, l'opposition togolaise donne une leçon aux autres formations politiques en Afrique, quant à sa volonté de changer le cours de l'histoire dans son pays. Et c'est M. Emmanuel Akitani Bob, premier vice-président de l'Union des forces du changement (UFC de Gilchrist Olympio) qui a été désigné par consensus, par les six partis de l'opposition radicale pour les représenter aux présidentielles. Dans une ambiance de communion, ces formations se sont engagées à coopérer sur la base d'un accord politique pour soutenir leur candidat unique. Beaucoup d'observateurs trouveront ce choix stratégique comme le prélude au retour triomphal, dans un proche avenir, de Gilchrist Olympio, dont la candidature n'a pas été retenue par la Commission nationale électorale. Si la victoire ne semble pas être acquise d'avance, en raison du délai court pour la révision des listes électorales ou la faible représentation des partis de l'opposition dans les bureaux de vote, il reste cependant clair que M. Faure Gnassigbé, le candidat du parti au pouvoir, n'aura pas la tâche facile. Car de la transparence de ces consultations dépendra sa crédibilité, s'il veut définitivement enterrer son triste et éphémère passage à la tête de l'État togolais. Mister Bob a beaucoup de cordes à son arc car il s'était déjà présenté lors des présidentielles de juin 2003 contre le président défunt Gnassingbé Eyadéma. À cette époque, il est arrivé en tête de l'opposition avec 33,68% de voix alors que quatre autres candidats de cette tendance avaient recueilli quelque 5% des suffrages. Comme quoi, l'opposition togolaise avait besoin d'union pour renverser la tendance.
Mamady Sidibé
Les Janjawid, cavaliers de la mort au Soudan
La paix au Darfour, au Soudan, n'est pas pour demain malgré les efforts déployés par la Communauté internationale en vue de mettre fin au drame de la population. Près de 180 000 personnes ont péri en l'espace de 18 mois, alors qu'au même moment Khartoum multiplie ses déclarations contradictoires en ce qui concerne son assistance aux cavaliers de la mort qui continuent à semer la terreur dans les camps des réfugiés.
Si l'histoire n'est qu’une répétition des faits, au Darfour, l'histoire est la répétition des crimes organisés, entretenus et soutenus. Une tragédie que vivent quotidiennement les populations du sud du Soudan. Sinon, comment expliquer qu'après la paix signée entre les "rebelles" du sud et le Gouvernement, il n'y a pas si longtemps, que les crimes continuent à se perpétrer, affamant et obligeant des centaines de personnes à se déplacer ? Pourtant, beaucoup d'observateurs sont unanimes sur le fait que ces crimes peuvent s'arrêter. 180 000 morts, en l'espace de 18 mois, c'est trop, soit 10 000 victimes par mois. Une incapacité de la Communauté internationale ? Non, rétorque l'ONU ! "Ces chiffres sont alarmants et d’autant plus regrettables qu’ils sont “évitables” selon Jan Egeland des Nations Unies, surtout que la plupart des décès seraient dus “aux privations, aux maladies, à la malnutrition et aux violences proprement dites”, constate l’expert onusien. À ce sujet, comme le relèvent de nombreuses ONG travaillant dans l’ouest du Soudan, "les décès seraient dus aux conséquences de la guerre et au manque de moyens pour couvrir cette immense étendue de 500000 km2”. Ce qui fait dire à Jan Egeland que "le Bureau de coordination de l’assistance humanitaire de l’Onu (Ocha) n’a reçu que 56 millions de dollars au titre de 2005 pour ses opérations dans le sud du Soudan, au lieu des 410 millions qu’il aurait dû percevoir. Quatre pays ont répondu à l’appel de l’Onu, le Royaume Uni, les Pays-Bas, la Norvège et les États-Unis, sans oublier la Commission européenne qui reste la seule organisation à avoir mis la main à la poche." À côté de la modicité des donations, qui a accentué la misère de la population, il y a aussi les cavaliers de la mort, les fameux Janjawid, qui continuent de sévir. Leurs exactions sont dénoncées par tout le monde alors que le pouvoir de Khartoum semble les mettre au compte des factions rebelles ou des groupuscules agissant à leur propre compte. D'où des interrogations au sujet de la présence constante des hommes "nés pour tuer". Autant dire que la situation au Darfour est plus un génocide organisé qu'un simple égarement. Darfour, c’est aussi l'autre plaie de la Communauté internationale.
M.S.
François Bozizé, dur d'être Général-Président-candidat
L'élection présidentielle, qui s'est déroulée en RCA le dimanche, a été dominée par les critiques acerbes des opposants de François Bozizé, l'actuel homme fort de Bangui, qui etait candidat à sa propre succession. L'enjeu était de taille puisque les Centrafricains devaient aussi élire les 105 députés de l'Assemblée nationale. Ainsi parmi les 11 postulants à la magistrature suprême, Bozizé a été malmené sur tous les fronts, notamment pour sa gestion des affaires du pays et le coup de force qui l'a porté au pouvoir en 2003. Cependant, les électeurs centrafricains ont voté en masse et sans incident majeur dimanche lors du premier tour des élections présidentielles et législatives marquant la fin de la transition en place depuis le coup d'État du général François Bozizé. Pour les observateurs, le scrutin s'annonçait serré: plus de 900 candidats briguaient les 105 sièges de députés. L’affluence a été massive tout au long de la journée au point que de nombreux électeurs devaient patienter plusieurs heures avant de voter. Cette affluence a continué en fin d'après-midi devant les bureaux encore ouverts et montre l'intérêt des Centrafricains pour le changement attendu dans leur pays. Mais le Général a su tirer ses galons du jeu puisqu’il est arrivé en tête lors du premier tour de ces consultations.