La Nouvelle Tribune : Les résultats de Méditel pour l’année 2004 sont bien meilleurs que ceux de 2003. Cette avancée est-elle conforme au business plan que vous aviez défini auparavant ou bien s’agit-il d’une " divine surprise " ?
Considérez-vous cette performance comme exceptionnelle ou pensez-vous que désormais les exercices positifs seront pérennisés ?
M. Miguel Menchen : Certes, le résultat net de 2004 est encore négatif, mais d’une amplitude beaucoup plus faible qu’en 2003. Pour l’exercice écoulé donc, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 3,6 milliards de dirhams et un Ebitda de 1700 millions de dirhams. Le chiffre d’affaires a ainsi connu une progression de 23 %, tandis que le résultat d’exploitation (Ebitda) a augmenté de près 70 %.
Il s’agit, bien évidemment, de très bons résultats, puisque nos pertes, qui étaient de 1350 millions de dirhams en 2003, sont en 2004 de 177 millions de dirhams, soit environ neuf fois moins. Il faut reconnaître que ce résultat, en termes de clientèle, représente un parc de 2 930 000 abonnés au 31 décembre 2004, ce qui nous a permis d’atteindre les trois millions de clients au début de janvier 2005.
Cela représente une croissance de nos clients de plus de trente pour cent.
Mais, avant de commenter toutes ces performances, il me faut préciser qu’il s’agit de résultats provisoires tant qu’ils n’auront pas été validés par notre conseil d’administration qui devrait se tenir à la fin du présent mois de mars.
Ceci étant, trois éléments me paraissent dignes d’intérêt et de commentaires.
Le premier, c’est que nous avons réglé définitivement la question afférente au service universel, ce qui a induit une amélioration de notre résultat net, mais cela restera exceptionnel donc parce que non récurrent.
Le second élément tient à l’extension de la licence d’exploitation qui a été prorogée de dix années, alors que nous demandions une durée supplémentaire de quinze ans. Elle aura donc une durée de vie totale de vingt-cinq années et cela a amélioré le résultat net de façon significative, de 300 Mdh donc.
Enfin dernier élément positif et non récurrent dans ces résultats, c’est que nous avons changé de méthode de comptabilisation de la clientèle pour la rapprocher des standards de l’ANRT. Cette démarche, qui est également proche de celle de notre concurrent, a induit une augmentation de parts de marché pour Méditel.
La qualité des performances de 2004 est donc bonne, comme je l’ai précisé plus haut, mais elle est en ligne avec nos prévisions antérieures.
Elle est le fruit d’un travail sérieux et performant et de la concrétisation de plusieurs grands projets.
Celui de la publiphonie qui nous a donné une certaine capillarité, la campagne d’été qui a produit de bons résultats au niveau du recrutement de nouveaux clients et le lancement d’i-média qui nous a permis d’entrer dans le monde de l’Internet mobile.
Les résultats 2004 permettent-ils de qualifier cette tendance de lourde, de structurelle ?
Les premiers acquis de 2005 nous donnent à penser que l’amélioration de nos performances est une démarche qui va durer. Nous avons relancé toutes nos offres de pré-payés, de même que le service El Faïz qui connaît un succès probant. Nous avons également déclenché la campagne de relance du post-payé avec " tapis rouge ". D’ailleurs, au niveau de la campagne " tapis rouge ", les résultats des trois premières semaines dépassent largement nos prévisions.
Que représente la récente extension de la licence de Méditelecom de 15 ans à 25 ans ? Est-ce la simple prolongation du contrat d’exploitation ou bien est-ce l’autorisation d’une extension ou de l’élargissement de vos activités à d’autres domaines ?
Nous avions demandé, en effet, une extension de quinze années afin de porter la durée totale d’exploitation à trente ans. Mais le gouvernement nous a accordé une rallonge de dix années, ce qui portera donc la durée de vie de la licence Méditel à vingt-cinq ans. Mais nous sommes satisfaits de cet acquis. Certes, quinze années représentaient pour nous la possibilité de doubler la durée de vie de la licence, les pouvoirs publics en ont décidé autrement, sans pour autant nous décevoir. Notre cahier des charges nous permet certes de demander cette prorogation à l’échéance de notre licence, mais avec cette décision nous anticipons. Cela nous permet notamment de distribuer l’amortissement sur une période plus longue et, partant, moins lourde financièrement parlant, ce qui améliore, ipso facto, les performances économiques de Méditel. L’extension a été accordée par le Conseil d’Administration de l’ANRT donc et nous sommes dans l’attente de la notification officielle de sa part.
Vous ne cachez pas votre intérêt pour la seconde licence fixe. Et vous n’excluez pas d’éventuels partenariats avec d’autres opérateurs pour son exploitation.
Méditel, et là je m’exprime en tant que premier responsable de son management, est intéressé par l’obtention de la seconde licence d’exploitation du fixe. Cela lui permettra de devenir un opérateur multi-services, qui offrira à la clientèle un ensemble complet de prestations.
En tant que Directeur général, je travaille à la concrétisation d’un tel objectif, d’abord par la préparation d’un business plan qui sera soumis aux actionnaires, lesquels m’autoriseront ou non à répondre à l’appel d’offres de l’ANRT.
Secundo, il faudra que notre offre soit suffisamment attractive pour être retenue par les pouvoirs publics marocains.
Mais en tout état de cause, si pour l’une ou l’autre raison nous n’obtiendrons pas la licence du fixe, Méditel cherchera sans doute à conclure un accord avec son attributaire futur. Ce n’est pas, certes, mon option préférée, mais nous continuerons à travailler et à offrir le meilleur à la clientèle. En tout état de cause, la proposition faite par le management de Méditel, aux actionnaires actuels de la société, est de soumettre une offre pour cette attribution. Ni plus, ni moins.
D’ailleurs, sur le plan de l’infrastructure déjà installée, la liaison entre les villes, la couverture de la clientèle, les équipements, etc, nous sommes aujourd’hui aptes à développer un projet intéressant et fiable pour la téléphonie fixe dans ses diverses et multiples applications. Et puisque le taux de pénétration de la téléphonie fixe est encore faible au Maroc aujourd’hui, nous considérons qu’il y a un bon potentiel de développement, notamment pour les services Internet, la voix sur IP, le segment des entreprises, etc.
Une récente campagne de communication de Méditel a fait l’objet d’une mesure d’interdiction par la HACA. Qu’en pensez-vous en tant que manager de Méditel ?
Nous l’avons vécue sur trois plans différents. Le premier, probablement le plus important, était que nous avons voulu, avec cette campagne, prendre des engagements précis et irrévocables envers le client. La décision de la HACA a eu pour effet d’arrêter cette campagne, que nous avons cependant relancée en modifiant le contenu du message, pour gommer toute allusion comparative. Mais, par contre, nous avons maintenu les trois promesses que " tapis rouge " faisait. Sur ce point donc, Méditel a tourné la page, considérant que l’affaire était close.
Mais cela nous a montré qu’il fallait probablement réfléchir sur les procédures. En effet, pour moi qui suis au Maroc depuis une année environ, cela a constitué une surprise de découvrir qu’il n’y avait aucun mécanisme de recours, d’écoute ou de contestation des décisions de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. Je ne critique pas pour autant ladite loi, que tout un chacun est tenu d’accepter et de respecter. Je constate seulement qu’elle ne propose pas de mécanismes de contestation a posteriori des décisions de la HACA, qui peuvent ainsi avoir un impact sur les expressions de la concurrence.
Enfin, dernier constat, cette procédure pourrait avoir des effets indirects sur l’ensemble de la chaîne de communication et notamment chez les annonceurs, les agences de publicité et les médias, induisant, par exemple, des pertes financières importantes quand des interdictions de campagnes seraient prononcées en cours d’exécution.
D’ailleurs, l’affaire a donné lieu dans la presse à un débat intéressant et positif qui a permis de souligner certaines lacunes et failles de la démarche au niveau des règles qui gèrent l’espace audiovisuel.
Au cas où un tel débat devait déboucher sur une procédure d’amélioration du contenu de la Loi en question, Méditel, entreprise citoyenne et responsable, apportera sans nul doute, sa contribution d’opérateur économique majeur, à l’analyse des moyens et des conditions d’une plus grande pertinence des dispositions qui président à la conduite des questions audiovisuelles, de façon rationnelle et raisonnable.
Quelle évaluation faites-vous de vos relations avec l’ANRT ?
Je peux vous dire que Méditel a constaté la présence positive et pertinente d’un groupe de professionnels compétents et dynamiques au sein de l’Agence nationale de Régulation des Télécommunications. Ils appliquent les règles avec rigueur et réalisme. Je préciserai, d’ailleurs, que je considère M. Benchaaboune comme l’un des meilleurs professionnels qu’il m’ait été donné de rencontrer dans l’exercice de mes activités. Le régulateur, comme vous le savez, représente la partie la plus importante de notre compte de résultats. Ses décisions peuvent impacter de façon extraordinaire ce compte et aujourd’hui, même s’il y a des litiges avec notre concurrent, notamment dans les questions d’interconnexion, l’ANRT applique des règles et des procédures claires et nous avons l’espoir que leur règlement interviendra dans les meilleurs délais possibles.
Entretien réalisé par
Fahd Yata