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Assises nationales de la Presse ou sacre d’une troïka ?

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Publier le : March 10, 2005

La presse marocaine n’est plus servile (du moins dans sa majorité), elle n’est plus aux ordres, "ni pute, ni soumise", en somme ! Et c’est parce qu’elle entend désormais profiter du combat de tous ceux qui lui consacrèrent leur vie, parce qu’elle peut aujourd’hui compter sur les convictions démocratiques des plus hautes instances de l’Etat, qu’il ne saurait être question d’avaliser ou de comprendre des comportements égoïstes ou mesquins.
Diverse, plurielle, "indépendante" et partisane, la presse n’est toujours pas unie en une seule chapelle, même si plusieurs titres se retrouvent dans les rangs d’une Fédération de création relativement récente, la Fédération Marocaine des Editeurs de Journaux, FMEJ. Cette association, que préside notre confrère Abdelmounaim Dilami, est aujourd’hui l’interlocuteur unique du Ministère de la Communication pour tout ce qui touche aux titres de la presse écrite. Est-il logique de laisser sur le chemin des dizaines d’autres journaux nationaux. Ne pouvait-on trouver une manière de les associer ?
De plus en plus nombreux, issus d’horizons sociaux différents, mieux diplômés et plus exigeants, les journalistes nationaux dépassent désormais le millier d’individus. Sont-ils dans leur grande majorité adhérents du Syndicat National de la Presse Marocaine, SNPM, présidé par le correspondant de l’agence EFE à Rabat, notre confrère Younès Moujahid? Qu’il nous soit permis d’en douter ! C’est pourtant avec le seul SNPM que les services de M. Nabil Benabdallah traitent des questions professionnelles afférentes au secteur et à ceux qui y travaillent.
Et c’est en triumvirat triomphant que ce ministère, cette association et ce syndicat organisent les assises nationales, les premières depuis l’avènement du règne de SM Mohammed VI, dans un climat de suspicion et de mécontentement donc.
Suspicion et grogne, parce que plusieurs des responsables de la presse nationale ont le pénible sentiment que ces assises ne seront rien d’autre qu’une réunion dédiée à la gloire de ses organisateurs, tandis que nombreux sont les journalistes qui refusent la tutelle du SNPM et qui se disent outrés par les dispositions d’un projet de convention collective entre le SNPM et la FMEJ, qui devait être signé en grandes pompes durant ces assises, sous l’égide et avec la bénédiction de M. Nabil Benabdallah.
Devant les protestations de plusieurs éditeurs, réunis en assemblée générale de la FMEJ vendredi dernier, les organisateurs ont dû reculer et transformer cette cérémonie en simple " signature d’une déclaration de principe sur la convention collective entre le SNPM et la FMEJ ", comme précisé dans la dernière mouture du programme de ces assises.
Il faut dire, à ce sujet, que lors de l’AG des éditeurs, réunie dans les locaux mêmes du groupe de presse de M. Dilami, plusieurs patrons de journaux n’ont pas mâché leurs mots, rejetant catégoriquement la démarche du bureau de la Fédération qui avait " négocié " en catimini le projet de convention avec le SNPM, sans en tenir informés les principaux concernés. Allant dans le sens donc de l’éditorial de La Nouvelle Tribune de la semaine passée, ces collègues en colère ont refusé ce texte aux motifs qu’il leur été imposé, mais aussi du fait qu’il représentait, par certains des articles, un recul grave par rapport aux acquis sociaux et salariaux de leurs journalistes, sans compter plusieurs titres disposent déjà de leurs conventions collectives signées soit avec la CDT soit avec l’UMT.
MM. Benabdallah, Dilami et Moujahid ont donc fait machine arrière, sans se priver pour l’un d’entre eux au moins, de tenter certaines pressions " amicales " auprès d’éditeurs influents, lesquels ont persisté dans leur attitude de refus.
La seconde question qui " fâche " également à la veille de ces assises tient à la place prépondérante occupée par le Ministère de la Communication et son premier représentant dans les instances paritaires qui seront érigées dans le cadre de l’application du contrat programme pour la presse nationale. Jusqu’à la publication du programme des assises, on supposait qu’il s’agissait d’un contrat programme entre le Gouvernement de Sa Majesté le Roi, présidé par M. Driss Jettou et le secteur de la presse nationale. Mais le programme de cette manifestation nous indique qu’il s’agit d’un " contrat programme entre le Ministère de la Communication et la FMEJ ", ce qui nous paraît être en retrait par rapport à la démarche initiale des pouvoirs publics. L’Etat n’est-il plus partie prenante dans cette mise à niveau d’un secteur stratégique pour le développement démocratique ?  Le Premier ministre aurait-il renoncé placer sous son égide une telle convention ?
Cela expliquerait sans doute pourquoi le ministre de la Communication présidera, ex officio, la commission paritaire chargée de l’examen des demandes d’aides que ne déposeront donc (pour rester dans l’esprit restrictif voulu par ces assises) que les seuls membres de la FMEJ ! Tous les autres titres de la presse nationale, quand bien même ils satisferaient aux conditions exigées, pourraient ainsi en être exclus, de même que le seraient tous ceux qui ne suivraient pas l’actuelle majorité du bureau de la Fédération, qui se partagera, à parts égales, avec des ronds de cuir du département de la Com les sièges de la commission d’attribution des aides.
Cette démarche, en toute franchise, n’est pas celle qui convient à la situation actuelle, faite d’une volonté de responsabilisation et d’autonomie de la presse. Elle vise à exclure tous ceux qui se ne reconnaissent pas dans des cadres contraignants ou qui refusent les manœuvres dilatoires, les ambitions personnelles et les petits desseins. Mais surtout, elle pêche par sa propension à instaurer des relations d’exclusivité entre certains acteurs de la scène médiatique, alors que le secteur est aujourd’hui totalement ouvert et libre de toute tutelle pesante.
Le ministère de la Communication a, certes, toute latitude pour choisir ses interlocuteurs, et, s’il n’est pas comptable de leur représentativité, il doit veiller cependant à s’assurer de la plus large audience possible, tant au niveau des titres représentés qu’à celui des journalistes professionnels. Puisqu’il en est autrement, on ne s’étonnera pas que l’avenir proche accueille de nouvelles initiatives fédératrices au niveau de la presse nationale.

Fahd Yata



 

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