Tout est, peut-être, dans le titre! Il suffisait, d'ailleurs, d'assister à la conférence organisée jeudi dernier par l'association Alternative sous le thème "La Gauche, quel avenir? " pour faire un tel constat. Des insinuations des uns et des autres, des altercations assez poussées, des accusations accablantes, un ton acerbe...Bref, constat d'une famille totalement déchirée et où les amis d'hier sont devenus les principaux ennemis d'aujourd'hui. Constat d'une crise qui bat son plein. Pourtant, le thème de cette soirée-débat affichait de l'optimisme, de l'espoir et une assurance dans l'avenir. Alors détrompez-vous! rien de cela n'a été soulevé. Les diverses interventions et prises de position ont plongé l'assistance dans le doute le plus profond quant aux perspectives d'une recomposition de la Gauche marocaine, d'une révision des démarches susceptibles de gérer l'unité et les divergences et d'une remise sur les rails. Devant cet argument, se dressent, bien évidement, certaines questions d'ordre politique: La coexistence entre les différentes composantes de la Gauche marocaine est-elle toujours possible ou relève-t-elle de l'imaginaire? La Gauche telle qu'elle se présente actuellement dans le microcosme politique est-elle encore capable de se démarquer par des idées originales, des positions claires courageuses et audacieuses? Est-elle vraiment capable de mener un véritable projet de société réaliste et réalisable? Quelle part occupe, par ailleurs, la masse laborieuse, véritable levier idéologique de la Gauche, dans les lignes directrices des différentes formations de la Gauche? L'exigence de justice sociale qui faisait naguère l’une des raisons de son identité politique est-elle encore de mise? Le Marocain, quant à lui, a-t-il encore la force et l'envie de croire à ses idéaux à l'heure d'un contexte national et international difficile et agité à tous les niveaux? Comment dès lors concilier l'intelligibilité du présent avec des idéaux d'équité, de solidarité et de progrès en un temps où l'urgence n'est pas tant de changer le monde mais de le comprendre? Pour M.Driss Benali, Président d'Alternatives, les idéaux de la Gauche sont enterrées et relèvent de l'utopie et ce n'est pas un problème uniquement spécifique au Maroc, mais c'est une réalité mondiale. Pour lui, les partis de la Gauche sont, aux yeux des citoyens, comme toutes les autres formations politiques tant que les programmes, les visions et les projets sont les mêmes et demeurent inconvenants. "Il existe actuellement une panne d'idées et de réflexion. C'est malheureux de le dire. Le véritable défi actuel de la Gauche consiste à renouveler ses idées et à retrouver des projets novateurs", dit-il avant d'ajouter que certaines formations de cette Gauche s'est dissoute dans la marmite makhzenienne. Il reconnaît en conclusion et avec conviction, que le progrès tant souhaité ne peut provenir que de la Gauche quels que soient les déboires et les malentendus qu'elle connaît aujourd'hui. Le patron du PPS, M.Ismaïl Alaoui, quant à lui, n'entend pas les propos de M.Benali de la même oreille. Pour lui, la Gauche ne s'est pas dissoute. Elle est gestionnaire et continue de s'imposer en tant que force politique influente. Pour ce qui est de l’appellation de cette rencontre d'Alternative, le Chef du PPS la qualifie de choquante car elle donne l'impression que la Gauche n'a plus d'avenir. "Tant que ses idéaux existent, la Gauche existera et il y aura toujours une Gauche à gauche plus que la Gauche et c'est tant mieux", a-t-il déclaré et d'expliquer : "car tout simplement, la Gauche a tout ce qui est en mesure de restreindre l'écart dans la société et d’asseoir une justice sociale. Les idées sont importantes, les idéologies sont nécessaires et la pratique est fondamentale pour leur traduction", précise le S.G du PPS qui reconnaît, pour sa part, que la réalité à laquelle est affrontée la Gauche demeure difficile, chose qui a poussé beaucoup de militants à se désengager. Répondant à Alternatives, M.Ismaïl Alaoui a relevé que la version de cette association est pleine de contradictions et ne prend en aucun cas acte de la complexité de la situation dans laquelle se trouve le Maroc. Pour M. Al Amrani de l'USFP, la version d'Alternatives est précise, mais elle s'est contentée des apparences sans se demander quelles sont les causes qui sont derrière la situation de la Gauche actuellement, non pas seulement au Maroc, mais un peu partout dans le monde. "La Gauche s'est toujours basée sur un socle idéologique, mais après la chute du mur de Berlin, elle est devenue orpheline de culture idéologique. L'USFP était parmi les premiers à poser le problème en introduisant la Sociale Démocratie. "La nature du progrès posait problème: aller de l'avant ou chercher dans l'histoire en se référant à la logique keynésienne. Apprécier les dégâts, dans ces conditions, la Gauche serait un courant d'Ethique", dit M.Amrani. M.Najib Akesbi du courant Fidélité à la Démocratie, lui, estime que rien ne va plus pour la Gauche. Le texte de présentation des amis de M.Abdelali Benamour est pour une fois, d'après lui, intéressant et précis: " C'est une évidence. La Gauche se porte mal et elle n'a pas apporté de nouveau. Quand on a un programme, on le présente aux électeurs et on applique celui des autres, quel crédit peut-on lui accorder? De ce fait elle a été totalement dépassée et ignorée. L'Alternance a tué l'alternative tant espérée. Être de Gauche aujourd'hui ne veut rien dire. Les années de plomb,c’ était l'âge d'or pour la Gauche marocaine: plus on était réprimés, plus on était populaires. Actuellement, être de Gauche consiste à militer pour l'Etat de Droit, pour le progrès et le développement car le pays baigne dans la pauvreté". Dans tous les cas, cette "psychothérapie de groupe" a permis de confirmer ceci: La Gauche marocaine est en crise. Un défi sans précédent l'attend: définir un choix réaliste et crédible qui puisse donner un sens à la politique et se sortir du marasme dans lequel elle est engloutie. Arrivera-t-elle à le relever ? Rien n'est moins... sûr.
H.Zaatit
PPS/PJD
A la question de savoir si l'on peut imaginer un jour un rapprochement entre la formation de Ismaïl Alaoui et le PJD, le S.G du PPS est formel: " Le PJD est un parti qui n'a pas une ligne idéologique claire. Les déclarations de ses dirigeants ne reflètent en aucun cas ce qui est publié dans son organe de presse. Nous ne sommes pas dogmatiques malgré ce qui se dit ça et là. Si un jour on se trouve face à des clarifications de positions, l'on peut étudier les choses en fonction de leur évolution".