D’aucuns penseront que cette perception est outrancière, exagérée, parce qu’ils décèlent dans la démarche des “ saboteurs de l’info ” une simple volonté de lucre, de notoriété, amplifiée sans doute par la griserie que leur octroie leur succès relatif. Ces nouveaux “ journalistes ” et ceux qui sont derrière eux croient ainsi recevoir la juste récompense de leur pouvoir en proposant à un lectorat assez peu exigeant, il est vrai, sur la qualité et le contenu de cette production journalistique, des “ stories ” du genre “ le salaire du Roi ” ou encore “ que fait le Roi ”, véritables tissus d’inepties et, dans le même temps, attaques incroyablement malhonnêtes et vicieuses contre les pouvoirs constitués et les institutions les plus hautes du pays. En procédant de la sorte, les titres, qui se reconnaîtront dans cette description, usent et abusent de la réelle liberté qui caractérise désormais la presse au Maroc, estimant sans doute, qu’une réaction du “ pouvoir ” leur serait bénéfique, à la fois pour leur statut de vedettes médiatiques nationales et internationales et pour leur carrière future (cf. le parcours d’un défricheur du nom d’Ali Lemrabet, devenu “ porte-plume ” à El Mundo, spécialisé dans les “ interviews ” de Driss Basri, de feu Hicham El Mandari et dans les “ reportages ” à Tindouf !). Ils estiment, également, que les moyens employés en 2001 et 2002 contre Le Journal et Demain par le gouvernement Youssoufi ne sont plus d’actualité et que l’impunité leur est acquise.
Personne, bien évidemment, ne souhaitera la réédition de telles erreurs, mais faudrait-il, pour autant, accepter et permettre que des comportements irresponsables mettent en péril les acquis et les avancées qui ont été enregistrés au cours de ces dernières années par la presse et les journalistes ?
Ont-ils seulement connu la censure préalable, les suspensions arbitraires, les interdictions, les fermetures intempestives, l’ostracisme et les pressions psychologiques, les filatures et autres écoutes téléphoniques, tous ces provocateurs qui, à force de crier au loup, risquent fort de le faire sortir du bois ?
A qui profite l’actuelle dérive ?
Il existe encore dans ce pays quelques journalistes, qui ont vécu et travaillé durant ces “ années de plomb ” que les blancs-becs se plaisent à évoquer avec des trémolos dans la voix. A cette époque, en 1974 par exemple, un ministre de l’information pouvait téléphoner au Directeur d’un quotidien partisan (Al Bayane en l’occurrence), pour lui demander d’enlever le “ R ” de Révolution, pour le remplacer par “ Evolution ”, ce qu’ Ali Yata refusait, au risque de faire paraître le journal du PPS avec des colonnes blanches.
Durant la décennie 70, un motard du ministère de l’Intérieur attendait chaque soir devant l’imprimerie, Rue de la Réole, la morasse de la première page du même titre, pour une lecture préalable à Rabat, avant d’obtenir par téléphone l’imprimatur de Dame Anastasie…
En mars 1979, le quotidien du PPS fut suspendu arbitrairement pendant plusieurs mois pour avoir oublié de présenter les vœux de la Fête du Trône.
En juin 1981, lors des émeutes de Casablanca, les locaux de ce journal et l’imprimerie furent investis par l’armée et la police qui sommèrent, armes à la main, les journalistes présents d’arrêter l’impression de la Une d’Al Bayane qui titrait “ des chars dans les rues de Casa ”, avant qu’une longue interdiction provisoire ne lui fut infligée, tandis que la presse ittihadie, dirigée par Si Mohamed El Yazghi était définitivement suspendue.
En 1984, le même scénario recommença au moment des émeutes du pain, puis en 1985, après les événements de Fès et du Nord, alors que la dernière manifestation de l’ire officielle contre Al Bayane, pour parler de la seule expérience de ce titre, intervint en 1993, après une “ apostrophe ” d’Ibn Tanjaoui consacrée au saint-simonien Enfantin (Prosper Barthélemy) qui professait, il est vrai, des théories quelque peu dérangeantes pour l’institution monarchique.
Ces quelques rappels n’ont rien de nostalgique. Ils permettent seulement de mesurer, avec une réelle satisfaction, le chemin parcouru depuis les dix dernières années, chemin fait de sacrifices, d’abnégation, de patriotisme et, sans doute, d’appréciation saine d’un rapport de forces qui, comme le professent les marxistes, n’est jamais immuable…
C’est pour ces raisons, et quelques autres encore, qu’on ne saurait accepter qu’un titre comme Tel Quel, dont une partie importante du capital est détenue par Jean-Louis Servan-Schreiber, homme de presse par excellence, distingué praticien de la langue française, puisse titrer sur le “ salaire ” du Roi ? JLSS, mentor de Réda Benchemsi depuis les premières armes du rédac chef de Tel Quel à La Vie Economique (en 1995-1996), accepte-t-il désormais des titrailles imprécises ? M. Servan-Schreiber, qui, par son épouse interposée, Marocaine comme moi, est un actionnaire de référence depuis juin 2004, de Tel Quel, déserté par la grande majorité des actionnaires personnes physiques qui ne se reconnaissaient plus dans la ligne éditoriale de l’équipe Bemchemsi-Ksikès-Boukhari, veut-il peser négativement sur l’évolution des institutions démocratiques et légitimes du Royaume en couvrant de son autorité, de son expérience journalistique, de ses réseaux urbi et orbi, la dérive éditoriale d’un titre qui, ostensiblement, sert la soupe à la fois aux islamistes et à SAE (Son Altesse l’Exilé) ?
Refuser la passivité
Le Journal Hebdomadaire, dirigé de l’étranger par Boubker Jamaï et Ali Amar (un ex-cadre de Wafabank…), mais propriété exclusive de M. Fadel Iraki, gérant de Trimédia, société à responsabilité limitée d’associé unique au capital de 100 000 dirhams (une bagatelle pour éditer un titre, isn’it, Bob ?), depuis le 22 novembre 2002, est-il bien inspiré (dans les deux sens du terme) lorsqu’il invite la hiérarchie militaire à s’élever contre le processus de réconciliation voulu par SM le Roi et matérialisé par les audiences publiques de l’IER ? Est-il honnête lorsqu’il fait l’apologie d’Al Adl Wal Ihssane (la seule force politique au Maroc !), après avoir encensé des années durant les amis d’El Othmani et de Khatib, lesquels, il est vrai, vivent grâce ou à cause d’Attajdid, un véritable tsunami intellectuel…qui les montre sous leur véritable visage d’intolérance.
Au-delà de ces questions, se profile une grande et forte interrogation, celle de savoir à qui profite, in fine, toute cette offensive contre la personne du Roi, les institutions, le processus de réconciliation, les avancées et acquis du nouveau règne ?
Comment expliquer, par exemple, la négation systématique, par cette presse qui se dit libre et indépendante, des réels progrès accomplis dans des champs aussi divers que la législation sociale (AMO et Code du Travail), les droits de la Femme et de la Famille (nouvelle Moudouwana), la liberté de la presse, les dernières élections (que seul Driss Basri contesta !), mais également au niveau économique, avec l’embellie du tourisme, le programme des grands chantiers (logements, infrastructures, Education), etc ?
Qui a donc intérêt à minimiser les résultats et accentuer les lacunes, les insuffisances et les réels et nombreux problèmes que vit la société marocaine, au point où on en arrive à la fois à reprocher au Souverain l’existence et le poids du système makhzénien et son absence d’implication directe dans la gestion quotidienne du pays ?
Comment comprendre et croire en l’honnêteté de ces critiques quand elles abordent, par exemple, le champ financier, celui des affaires, s’ingéniant à prouver qu’ONA et ses (successifs) dirigeants, ne sont que de vulgaires commis installés pour mettre en coupe réglée l’économie nationale ? Comment oser avancer que “ les hommes du Roi ” effraient la bourgeoisie nationale quand celle-ci nous prouve, chaque jour, qu’elle est repue, indolente, passive et très peu patriote (en termes d’investissements productifs) ?
Pourquoi nier les efforts réels et conséquents d’un Premier ministre actif, courageux et efficace, alors qu’on le défendait il y a peu contre les attaques des “ sécuritaires ” de la presse ?
A qui profitent de tels crimes médiatiques sinon à celui qui, de loin, tire les ficelles, actionne les réseaux, subventionne les uns et les autres (malgré des revenus “ normaux ” !!!) et inspire de longues et fumeuses analyses maximalistes et catastrophistes imprégnées de ketchup “ princetonien ” ?
Ces dérives sont dangereuses parce qu’elles incitent objectivement les courants et clans les plus conservateurs, les plus réactionnaires à réagir, à faire pression, afin qu’un correctif musclé soit imprimé (sic !).
L’absence de culture politique d’un lectorat trop réduit, le faible niveau de formation et d’expérience des journalistes adeptes de cette dérive, la sympathie active de certains cercles étrangers hostiles au Maroc et les ambitions avouées mais irréalistes d’Iznogoud, encouragent une telle situation. La passivité et le silence de grands “ Ponce Pilate ” de la presse quotidienne également.
Tant pis pour eux, pour nous, pour nos libertés, pour notre presse ?
Fahd YATA