La Nouvelle Tribune: D'abord, quelle lecture faites-vous, Excellence, du Forum pour l'Avenir tenu récemment au Maroc?
M. Haydon Warren-Gash: Très positive. Je pense que le Forum a été un grand succès. Je félicite, tout d'abord, les autorités marocaines pour l'avoir organisé si efficacement. Sur le fond ensuite, le Forum a permis à tous les participants d'aborder des thèmes fondamentaux pour notre avenir. Les défis sont majeurs: comment réaliser le potentiel de tous les pays concernés, comment mettre sur pied des vrais partenariats pour la reforme dans la région. Tous les pays participants se sont engagés à aller de l'avant d'une manière très concrète et à travers des projets spécifiques pour concrétiser les recommandations du Sommet du G8 de Sea Island. Je tiens à souligner également le rôle très important qu'ont joué les représentants de la société civile et du monde des affaires.
Le fait d'imposer la démocratisation de l'extérieur est considéré par certains comme une atteinte à la souveraineté interne des pays concernés.
Qu'en Pensez-vous ?
Il n'a jamais été question d'imposer quoi que ce soit à quiconque. Les membres du G8 ont été plutôt à l'écoute des idées venant de la région pour promouvoir des valeurs partagées à travers des actions concrètes. Il y a toute une liste d'initiatives en cours, notamment l'établissement de centres de formation pour les entreprises, conjointement menée par le Bahreïn et le Maroc. La Jordanie se charge d'une autre initiative sur la reforme dans le domaine de l'éducation. .
Selon vous, dans quelle mesure le respect de la souveraineté des États et le fait d’imposer des réformes de l'extérieur pourraient être compatibles ?
La question est fausse, car l'idée d'imposer des reformes n'a jamais été à l'ordre du jour. Je pense que répondre aux aspirations des peuples de la région à la reforme et la modernisation est tout à fait compatible avec la nécessité de travailler ensemble pour des valeurs communes. Il s'agit surtout de créer des partenariats et de déployer des efforts conjoints pour essayer de résoudre des problèmes urgents des populations locales, notamment dans le domaine du développement économique et social.
Dans un autre volet, pouvez-vous nous dire, Monsieur l'Ambassadeur, comment se déclinent actuellement les relations entre le Royaume Uni et le Maroc?
Les relations bilatérales entre le Royaume-Uni et le Royaume du Maroc sont au beau fixe. Nos relations politiques sont excellentes. Des visites de très haut niveau se sont multipliées de part et d'autre en 2004. La dernière en date était celle effectuée par Le Premier ministre marocain M. Driss Jettou à Londres il y a quelques jours. Il a eu des entretiens très fructueux notamment avec notre Premier ministre M. Tony Blair, et M. Jack Straw, ministre des Affaires Etrangères. Pour 2005, je peux d'ores et déjà vous annoncer la visite au Maroc en février prochain d'une importante délégation parlementaire britannique. Mon gouvernement est engagé à raffermir davantage ses relations d'amitié qui, il faut toujours le rappeler avec fierté, remontent à plus de 700 ans. Nous sommes dans une dynamique de consolidation du partenariat politique et économique entre le Royaume-Uni et le Royaume du Maroc. L'intérêt stratégique du Royaume-Uni pour cette région du globe est croissant.
Qu'en est-il des relations commerciales entre les deux Royaumes ?
Les échanges commerciaux entre nos deux pays ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Le Royaume Uni figure aujourd'hui parmi les cinq premiers partenaires commerciaux du Maroc. Nous venons d'inaugurer de nouveaux locaux pour notre Consulat Général à Casablanca, notre principale mission commerciale au Maroc. C'est un autre signe de notre engagement à construire un partenariat fort et prospère avec le Maroc.
Pouvez-vous, Excellence, nous donner quelques chiffres à ce sujet?
A fin 2003, les échanges commerciaux entre nos deux pays ont porté sur une valeur globale de 11.5 milliards de DH. A fin juin 2004, les transactions commerciales ont fait ressentir un excédent de 802,7 millions de DH et un taux de couverture de 131.9%, soit le niveau le plus élevé des cinq dernières années. Le Royaume Uni est le troisième marché d'exportation pour le Maroc. Le Maroc exporte plus que l’Égypte vers le Royaume Uni. Sur un autre chapitre, la Grande Bretagne est le 4eme pays émetteur de touristes à destination du Maroc en 2003. Les recettes marocaines en termes de voyages en provenance du Royaume Uni sont en nette progression. Elles ont atteint près de 1.4 milliard de DH en 2003 contre 1.2 milliard en 2002.
Dans le même sens, peut-on avoir une idée sur l'importance des investissements britanniques au Maroc et sur les secteurs les plus concernés?
Le Maroc devient de plus en plus un important marché pour des sociétés britanniques qui cherchent à se développer à l'étranger. Quelque 30 000 marocains sont employés dans 150 usines qui travaillent directement pour l'industrie du textile britannique. Marks & Spencer confectionne 15% de sa production au Maroc - plus que tout autre pays. Dewhirst, Donisthorpe et Automatic Braiding ont également établi des entreprises au Maroc. Le Maroc est d'ores et déjà le marché britannique qui connaît l'expansion la plus rapide au Maghreb. Durant la période 1992-2000, le Royaume-Uni était le sixième investisseur au Maroc. 50% des échanges commerciaux dans les deux sens sont générés par le secteur du textile. Mais au-delà de ce secteur clé, dans presque chaque secteur de l'économie marocaine, je suis persuadé que les possibilités existent pour intensifier nos échanges. Je vous souligne particulièrement le tourisme, l'industrie agro-alimentaire, les services financiers, l'éducation, les soins sanitaires, le pétrole et le gaz. Tous ces secteurs sont prioritaires pour le Maroc aussi. Parallèlement, il y a les exportations classiques dans les deux sens de biens de consommation, l'expertise britannique dans le domaine du commerce par Internet et nos connaissances spécialisées dans des créneaux tels que la certification de produits biologiques. En ce qui concerne le tourisme, nous appuyons activement l'énorme programme d'investissement visant à porter le nombre de touristes à 10 millions d'ici 2010. Le gouvernement marocain espère réaliser, à l'horizon 2010, l'objectif ambitieux de former 72.000 opérateurs dans le domaine du tourisme. Cette année, nous avons organisé un séminaire répondant très clairement à la logique de notre volonté de mettre l'expertise et le savoir-faire britanniques à la disposition du Maroc pour relever ce formidable défi. La Grande-Bretagne, deuxième pays émetteur de touristes au monde, peut constituer un partenaire privilégié pour le Maroc dans ce domaine précis. Le tourisme en Grande-Bretagne génère 300 milliards de livres sterling. L'industrie du tourisme, la plus grande industrie mondiale, est diversifiée et fortement compétitive. Il s'ensuit que le secteur des services en Grande-Bretagne est un secteur dynamique comprenant plusieurs activités telles que la consultation, le recrutement en ressources humaines, la formation, le design et services de construction, la restauration et l'organisation d'événements.
L'Observatoire Marocain des Prisons a procédé l'année dernière, avec le concours de l'Ambassade Britannique au Maroc, au lancement d'un Centre Indépendant de Recours pour Prisonniers. Quelle est donc l'objectif de cette initiative, en quoi consiste votre contribution dans ce domaine et est-ce que vous avez d'autres engagements du genre au Maroc?
L'ambassade est heureuse d'avoir contribué en étroite collaboration avec l'Observatoire Marocain des Prisons à la mise en place de ce centre de recours. Nous l'avions financé à hauteur de 300 000 Dirhams dans le cadre de nos actions d'aide et de soutien à la reforme en cours au Maroc dans les domaines des droits humains et de la Justice. D'ailleurs, la Grande-Bretagne est parmi les plus importants bailleurs de fonds du programme de développement de l'Union Européenne pour le Maroc. Elle est aussi un donateur majeur en ce qui concerne les programmes des Nations Unies pour la santé, l'environnement et le développement rural au Maroc. L'Ambassade de Grande-Bretagne et le British Council donnent leur appui à une série de projets bilatéraux dans plusieurs régions du Maroc dans divers domaines, dont l'éducation et l'enseignement de la langue anglaise, les technologies de l'information, l'environnement, le renforcement de la société civile, les droits humains, le développement des médias, la sensibilisation électorale, la réforme juridique et pénale. Pour en savoir plus sur nos différentes activités, j'invite vos lecteurs à visiter notre site web- www.britain.org.ma.
Quelle appréciation faites-vous du processus de réformes que mène le Maroc et est-ce qu'elles sont bien perçues au Royaume Uni ?
Nous saluons les profondes reformes que le Maroc est en train de mettre en oeuvre. La reforme n'est jamais facile, et trop souvent, les bénéfices ne sont pas visibles à court terme. Mais le Maroc a fait des pas remarquables tant dans le domaine économique que celui de l'environnement social. Le Code de la Famille en est un très bon exemple. La pratique démocratique se renforce et nous nous félicitons du processus de reforme en cours. Là où le Royaume-Uni peut aider dans ce processus, nous y sommes disposés.
Entretien réalisé
par Hassan Zaatit