Les "affaires" tiennent le haut du pavé depuis plusieurs mois. Scandale du Palais des roses, Ma3, Prima Electronics et d'autres encore qui ont bien fini par arriver sur le devant de la scène médiatique et judiciaire (si tel est, peut-être, l'intérêt de certains milieux ). Ces scandales, qui ont pour point commun escroqueries, falsifications et autres manoeuvres (qui sont d'ailleurs choses courantes dans le monde des affaires) et qui interpellent la communauté des affaires et celle des investisseurs, sont évoqués différemment d'un titre à l'autre. M.Majid Benchekroun, PDG de Prima Electronics, Mme Fatima Zahra Benaddi, Présidente de Ma3 et M. Azeddine Lakhouaja du Palais des Roses reprochent tous au Groupe que dirige le Saoudien Cheïkh Saleh Kamal, escroquerie et mauvaise foi. Seulement, bien malin sera celui qui pourra dire avec certitude ce qui s'est vraiment passé entre Dallah-Baraka et ces associés locaux. L'actualité a ses raisons que l'intelligence ignore, sans doute! Telle est la remarque que font par les temps qui courent les personnes sensées et les esprits sains, alors que les dérives se multiplient, ça et là. Si l'on revient à ces affaires opposant Dallah-Baraka à ses trois associés, l'on peut dire, sans risque de se tromper, que tout se passe comme si l'on voulait à tout prix " faire monter la sauce". Une certaine presse continue d'en faire ses choux gras; alors que seule une justice indépendante est habilitée, preuve à l'appui, à porter des jugements et à condamner les contractants de mauvaise foi. Ainsi, pour ce qui est de l'affaire Palais des Roses, la Cour de Commerce d'Agadir a donné en partie raison à Lakhouaja en jugeant illégaux l'élargissement du Conseil d'Administration de Palais des Roses International et, par ricochet, la décision de hausser le capital. Toutefois, ce bras de fer engagé devant la Justice est loin de prendre fin tant que ce Tribunal n'a pas encore tranché dans le dossier Palais des Roses et son adjuvant Taghazout. Une histoire révélatrice car elle relèverait ni plus ni moins d'une tentative d'escroquerie. A en croire M. Lakhouaja, la manoeuvre de Dallah-Baraka consiste à augmenter le capital dans un premier temps, mais avec des arrhes obtenues sur promesse de vente de l'établissement (ce qui a représenté tout de même la somme de 70 millions de Dhs), lesquelles arrhes devaient servir à vendre l'hôtel et à récupérer dix fois la mise (puisque l'hôtel vaut aujourd'hui 700 millions de Dhs), et puis se tirer.
Ombre et lumière
Et de continuer que seul l'échec de l'augmentation de capital décidé lors de l'assemblée générale du mois d'août a incité les collaborateurs du Cheikh Saleh Kamal à se déplacer à Beyrouth pour tenir en catimini leur réunion, sans leur associé marocain, et à engager une baisse de capital (ce qui, sauf mauvaise foi) ne s'est jamais vu dans le l'histoire des affaires. Chose que le Cheikh saoudien n'entend pas de la même oreille. Pour ce dernier, "L'état actuel du projet s'explique essentiellement par l'incapacité de notre associé à accompagner les besoins d'investissement dudit projet. Ce qui a fait augmenter les dettes des petits fournisseurs et en conséquence, notre groupe a jugé nécessaire de procéder à une hausse du capital. Et Dieu seul sait que si nous avons réagi ainsi, c'est pour soutenir les dus de ces fournisseurs. Donc, notre but n'était en aucun cas de nous accaparer l'hôtel". Seulement, notre associé, continue Cheikh Saleh, n'a pas voulu ou pu suivre l'augmentation du capital qui devenait une nécessité. Partant, " nous étions obligés de recourir à la Justice. Seulement, la partie adverse tente de retarder la procédure d'exécution à travers plusieurs manoeuvres et la personne qui est toujours en charge de la direction de l'hôtel continue d'accumuler des erreurs tout à fait préjudiciables à l'établissement d'une part, et à la réputation du groupe qui ne s'est jamais trouvé dans des situations pareilles, d'une autre part". "La première des erreurs a été celle de confier la construction du projet à une société qui lui appartient et qu'il a créée pour cet objectif là. Les clauses de l'accord de base stipulent que c'est une entreprise internationale qui devait prendre la charge de la gestion de l'hôtel. Car tout simplement, notre groupe ne gère pas d'hôtels. Il m'a laissé croire que c'est une entreprise internationale qui fera l'affaire et que c'est encore elle qui donnera les garanties nécessaires. Alors qu'après, il s'est avéré que rien de cela n'était vrai". Pour sa part, M. Ahmed Ahmed, administrateur délégué du Groupe Dallah Al Baraka Maroc, ne va par quatre chemins pour dire que leur associé n'a pas versé un dirham dans ce projet. "Bien au contraire, au cours de la construction de l'hôtel, il a transféré plus de deux millions de dollars en dehors du Maroc. Sur la base d'une assemblée générale extraordinaire imaginaire tenue le 11 décembre 2003, notre associé a procédé au renouvellement de son mandat qui devait se terminer comme prévu le 16 décembre 2003. Mars 2004, il signa en tant que soi-disant mandataire et gérant de l'hôtel (chose qui n'est plus vraie à partir du16 décembre 2003), trois chèques d'un montant de 11 millions Dhs chacun. Le bénéficiaire de ce montant n'est autre que sa société dont le capital social s'élève à 11.000 euros, qui n'existe d'ailleurs que sur papier avec un siège social basé à Luxembourg. A part le fait de recevoir les montants transférés par Lakhouaja, cette société n'a conclu aucune affaire commerciale, de 1999 jusqu'à nos jours. Après avoir confié la gérance de l'hôtel à une société nommée Ilios, notre associé a gagné pendant la période allant d'octobre 2003 jusqu'à octobre 2004, la bagatelle de 60 millions de Dhs. Aucun dirham de ce montant n'a été versé ni pour les banques, ni pour les fournisseurs. Nous avons tous les documents qui prouvent nos dires", dit-il. Pour ce qui est de Prima Electronics, son PDG M. Majid Benchekroun compte accorder un mois à son associé Cheïkh Saleh avant d'engager un procès judiciaire à son encontre.
Dans tous les cas, dans des situations pareilles, on peut penser une chose et son contraire. C'est que les arguments ne manquent pas dans les deux sens. Ce qui est sûr, c'est que ces affaires ne sont qu'à leurs débuts et qu'elles seraient en mesure de faire des vagues. Et comme on le voit, le dossier s'est rapidement transformé en une sorte de jeu de poupées russes, la fermeture d'un chapitre aboutissant à l'ouverture d'un autre. L'heure a-t-elle sonné pour Dallah-Baraka et ses associés marocains? On a tendance à répondre par oui, à partir de cette affaire, peut-être isolée, mais qui confirme que rien n'est définitif dans le business, pour le meilleur et le pire...!
Hassan Zaatit
La réponse de Dallah-Baraka à Mme Benaddi de Ma3
Pour ce qui de Ma3, Cheikh Saleh Kamal, patron du Groupe Dallah Baraka a tenu à préciser que dans cette affaire, il existe des contrats et des engagements de part et d'autre. " L'engagement de la dame consistait essentiellement à assurer les annonces publicitaires pour la couverture des besoins de financement du projet, et ce dans un délai d'une année. Après, nous avons constaté que la dame n'a pas levé d'annonces publicitaires. Sur ce point, je n'accuse en aucun cas cette associée de trahison ou de mauvaise foi. Mais tout ce que je peux dire c'est qu'elle n'a pas pu respecter son engagement. De notre part, nous avons jugé nécessaire d'arrêter le financement car nous ne pouvions plus donner davantage d'argent dans un projet où l'autre partie n'a pas tenu à ses promesses".
"Alors quel est notre tort dans cette affaire? Cette femme, qui s'est engagée avec nous de façon légale devait, et cela devait être sa principale attribution, fournir à Ma3 des annonces publicitaires dont le nombre a été dûment répertorié et accepté. Or, le contrat passé n'a pas du tout été respecté. N'oublions pas aussi que cette femme gagnait la bagatelle de...90 000 euros/mois pendant une année. Alors, que voulez-vous que l'on fasse d'autre que de mettre un terme à cette société, étant entendu qu'il est impossible à notre groupe de continuer de lui consentir des investissements stériles". a fait relever, pour sa part, Ahmed Ahmed de Dallah Al Baraka Maroc.
H.Z.
Trois questions à Mme Fatima Zahra Benaddi, Présidente de la chaîne Ma3
" Le Cheïkh n'a pas respecté ses engagements"
La Nouvelle Tribune: Pouvez-vous nous décrire très brièvement le contexte dans lequel le projet Ma3 a vu le jour?
Mme Benaddi: La première fois que nous nous sommes rencontrés, c'était à la terrasse de café de l'hôtel Carlton à Cannes. Lors des discussions, Cheïkh Saleh Kamal me proposa, au lieu d'une chaîne dédiée aux Marocains résidant à l'étranger, une chaîne maghrébine pour toucher une cible beaucoup plus large et intéressante. Nous avons donc changé la ligne éditoriale de la chaîne et il a dit que nous serions prêts à produire des émissions marocaines, algériennes et tunisiennes. 40% de produits marocains, 30% de produits français et 30% pour les autres pays du Maghreb. Après qu'il ait approuvé ma proposition relative à la grille des programmes, nous avons procédé à la signature du contrat. Seulement, quand on m'a fait savoir plus tard qu'il comptait procéder à la signature d'un autre contrat, je n'ai pas fait attention à la nouvelle adresse inscrite dans ce nouveau document. Certains avocats français m'ont beaucoup reproché le fait de signer un contrat avec une adresse aux Iles Caïmans. Même si on veut s’adresser au tribunal aux Iles Caïmans, cela demanderait un à deux ans pour pouvoir envoyer une convocation. Et, en plus, il est fort probable que cette adresse soit une boîte postale. Donc, il n'existe ni holding, ni bureaux ni structure respectable.
Quelles sont les grandes lignes des clauses du contrat que vous avez signé avec Cheïkh Saleh Kamal?
Il a été question d'abord que ART assure un apport en moyens logistiques et financièrs de 13 millions de Dhs dont 1 million d'euros en liquidités, étalé sur deux ans. Il a également été question de nous assister en matériel digital pour pouvoir produire des émissions. Il a été question aussi de nous assurer la diffusion satellitaire depuis la station ART Italie, et tout ce qui s'ensuit. Mais, rien de cela n'a été fait. La société ART et Cheïkh Saleh Kamal n'ont respecté aucune clause. Ils n'ont jamais donné de fonds à la société ART France pour me financer cet apport en industrie. Ils ont fait le montages d'anciennes émissions stockées dans la bibliothèque ART France et ils ne nous ont jamais fourni de productions fraîches. Alors qu'ils ont fixé préalablement un délai de six mois pour fournir Ma3 en programmes frais. La preuve, c'est que les téléspectateurs ont bien vu que les programmes de Ma3 étaient inlassablement rediffusés pendant un an. Comment voulez-vous que je me débrouille des annonces publicitaires alors qu'il n'existe pas une production de proximité. Après six mois, ne voyant pas venir le financement prévu, j'ai commencé à m'endetter pour maintenir Ma3 dans le paysage satellitaire.
Que comptez-vous faire actuellement?
D'abord, j'ai déjà envoyé des lettres aux concernés pour trouver une solution à l'amiable à ce problème. Mais en vain. J'ai entamé alors des poursuites en justice devant le Tribunal de Paris. J'attends le 25 janvier pour l'audience. Il y a eu une audience le premier décembre où l'on a fait un report pour les conclusions des constats des huissiers de justice français, qui révèlent que la société ART m'a volé la marque Ma3. Je porte plainte contre l'utilisation illégale de Ma3, contre le vol de matériels de Zahravision, de Yarit et de Bladi Zina qui ont été utilisés aux États Unis dans les bouquets ART. Mais, dans cette affaire, j'irai jusqu'au bout et je ne me laisserai pas faire pour autant.
Propos recueillis
par H.Zaatit