Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Maroc Telecom, déficits, croissance, les explications de M. Oualalou Entretien

Auteur :
Publier le : November 25, 2004

La Nouvelle Tribune :  L’Etat vient de céder 16 % du capital de Maroc Telecom à Vivendi Universal et engager une OPV de 14,9% sur les bourses de Casablanca et Paris. A quels budgets 2004 et 2005, comptez-vous affecter les deux recettes importantes que vous allez récolter ?
M. Fathallah Oualalou :
Effectivement, nous procédons en même temps à une double opération qui va engendrer d’importantes recettes de privatisation. Le montant attendu pourrait être égal ou supérieur à 20 milliards de dirhams et se décomposerait de la manière suivante : 12,4 milliards de dirhams pour la cession des 16 % du capital complémentaires conférant la majorité de 51% à l’actionnaire de référence de l’opérateur historique, Vivendi Universal, et 14,9 % dans le cadre d’une OPV sur la bourse de Casablanca et le premier marché d’Euronext Paris qui devrait rapporter, dans l’hypothèse de la fourchette haute de l’offre, presque 9 milliards de dirhams. Leur affectation aux lois de finances se fera conformément à leur budgétisation. En effet, la recette de la cession par le Trésor de 14,9 % du capital de Maroc Telecom par introduction en bourse était prévue dans le Budget 2004 et lui sera d’ailleurs attribué, alors que celle des 16% de capital à Vivendi Universal, qui ne sera encaissée qu’en 2005, sera normalement comptabilisée  comme recette de l’année prochaine.

Dans ce cas, quelles sont les raisons de cette acquisition par Vivendi Universal près d’une année avant l’échéance de la date butoir de l’option de vente, promise par l’Etat  pour le dernier trimestre 2005?
Cette opération intervient avant l’introduction en bourse dans le cadre d’un timing de discussions bien maîtrisé. D’une part, Vivendi Universal cherchait à consolider sa position avant la fin de l’année 2004 et, d’autre part, c’est un bon signal pour le marché. En effet, qui, mieux que son actionnaire de référence, connaît Maroc Télécom et son business plan ? Sa montée dans le capital pour l’acquisition de la majorité montre donc que Vivendi protège d’abord ses propres intérêts et invite par la même occasion les institutionnels, marocains et étrangers, ainsi que les petits porteurs nationaux à le suivre.

L’Etat conservera-t-il 34, 1 % du capital de Maroc Telecom en tant que participation stratégique ?
L’Etat s’est engagé dans une politique de libéralisation, de privatisation et de recherche de partenariats avec des opérateurs de qualité et professionnels. Son objectif dans le secteur des télécommunications est atteint après sa restructuration et sa modernisation. Maroc Telecom occupe aujourd’hui une place d’importance dans le PIB national, contribuant substantiellement  à la création de richesses et d’emplois directs et indirects du pays. Maroc Telecom est une des plus belles entreprises de télécommunications au monde.

Maroc Telecom, une des plus belles entreprises de télécommunication au monde

Les budgets 2004 et 2005 sont désormais garantis et sécurisés, mais on reproche justement à vos Lois de Finances d’être essentiellement budgétaires. Qu’en dites-vous ?
Contrairement à ce que vous dites, la Loi de Finances est un moment important pour une définition et une redéfinition de la politique économique. En effet, primo, elle accompagne l’investissement et en premier lieu le programme de l’Etat en ce domaine. Cela se matérialise dans le Budget et au niveau des établissements publics liés directement ou indirectement à la Loi de Finances par les transferts et les subventions. A cela, j’ajouterai le Fonds Hassan II, qui prend de plus en plus d’importance, qualitative et quantitative, les fonds gérés par divers ministères, comme ceux de l’Habitat par exemple, ou encore l’accompagnement de l’entreprise par un certain nombre de mesures qui viennent s’ajouter aux mesures édictées les années précédentes et, bien sûr, l’accompagnement du front social matérialisé par de grands chantiers qui sont liés au soutien à l’action en faveur de la résorption des déficits sociaux. Enfin, ces dernières années, la Loi de Finances se veut essentiellement être un vecteur d’accompagnement des grandes réformes dans les secteurs de l’Administration, l’Education Nationale, la Justice, le secteur financier, l’Eau, le Transport, etc.
Une loi budgétaire n’est donc pas seulement la présentation de chiffres, c’est le moment d’une lecture de la mise en place de la politique économique et, dans le même temps, le moment d’une impulsion vers plus d’incitations et de volontarisme. Enfin, elle est également là, malheureusement ou heureusement, pour résoudre un certain nombre de problèmes.

La Caisse de Compensation sera allégée dans les prochains mois

La loi de finances 2005 a été adoptée la semaine dernière par la Chambre des Représentants. Quelles sont ses avancées par rapport à la précédente? La préoccupation d’un déficit budgétaire minimal n’y est-elle pas, encore, prédominante ?
Premièrement, la maîtrise du cadre macroéconomique est nécessaire pour la promotion de l’épargne, donc de l’investissement et la création des conditions d’une croissance pérenne et continue. Je préciserai, également, que les importantes recettes de privatisation des dernières années, bien qu’exceptionnelles et appelées un jour à disparaître, ont eu un effet positif et structurant sur les recettes pérennes de l’Etat, notamment au niveau fiscal, et c’est pourquoi il ne faut pas les aborder de façon restrictive. 
Mais en même temps, il y a, pour reprendre un concept que vous avez utilisé et que j’aime beaucoup, une dialectique entre les composantes que je viens d’évoquer, notre objectif n’étant pas la réduction des déficits budgétaires, mais la création des conditions d’une croissance continue, saine et de plus en plus autonome.

Permettez-moi,  Monsieur le Ministre, de vous dire qu’on vous accuse du contraire. On vous reproche ainsi de vouloir prioritairement maîtriser les fondamentaux du pays au détriment de la mise en place des conditions d’une croissance pérenne. Pouvez-vous vous en expliquer ?
Ce n’est pas la réalité. En effet, compte tenu de ma formation politique et économique, je suis partisan  et je milite en faveur de la nécessité d’une croissance pérenne et soutenue, en tenant compte, bien sûr, du fait que nous sommes dans un nouveau siècle qui a ses exigences. On  ne peut pas prétendre, par exemple, se rapprocher de l’Europe ou répondre aux nécessités de la globalisation ou encore gérer les conséquences des accords de libre-échange, si l’on ne renforce pas en même temps l’assise de notre économie. Cela implique, d’une part, la maîtrise du cadre macroéconomique et l’incitation, d’autre part, d’une façon volontariste, de l’investissement ainsi que la lutte contre les poches de pauvreté.
Efficience et solidarité, mais également gestion économique et financière du court terme, mais surtout, surtout, du moyen et du long terme, tels sont nos mots d’ordre.

Concrètement sur le court terme, comment cela se traduit-il alors que le Budget de l’Etat se caractérise par des charges fixes croissantes, notamment en matière de salaires dans la Fonction Publique…?
Certes, les avancées en matière d’équilibres macroéconomiques doivent se faire par une maîtrise de la dépense et surtout la dépense non productive. Et les charges salariales constituent un élément important du Budget. Mais, on peut lire la masse salariale de l’Etat de deux façons. On peut la considérer comme une charge, ce qui est vrai, même si cette lecture n’est pas optimiste. On peut également l’appréhender autrement, de façon politique et cela s’explique alors comme l’une des conditions de la transition démocratique. Ainsi, les discussions qui ont eu lieu avec les syndicats ont accompagné les grands changements que le Maroc a connus sur le plan politique.
De même, qu’on le veuille ou non, c’est un facteur objectif d’augmentation de la consommation. Certes, l’investissement est plus intéressant que la consommation, mais cette dernière a incontestablement un effet multiplicateur.
En outre, nous avons l’ambition d’améliorer la productivité  de l’Administration, de la réformer et la moderniser. Et c’est dans ce cadre que nous avons lancé depuis l’année dernière et de façon beaucoup plus volontariste cette année, deux grands chantiers liés à la réforme de l’Administration. Le premier concerne le redéploiement des fonctionnaires, ce qui n’est pas chose aisée. Il implique des déplacements dans l’espace géographique et une nouvelle formation pour permettre le transfert d’un ministère à l’autre, sachant que certains sont pléthoriques alors que d’autres manquent de personnels.
Le second front est celui du départ anticipé des fonctionnaires, à partir de cinquante et cinquante cinq ans, sur la base de mesures fiscales très incitatives inclues dans la Loi de Finances 2005. A partir d’expériences réussies, provenant notamment des entreprises publiques, on a pu constater que le départ anticipé se traduit par un redéploiement de l’emploi du secteur public vers le secteur privé. Ceux qui quittent l’Administration vont dans le privé, travaillent et font travailler d’autres personnes.
De même, cela va permettre à l’Administration d’améliorer son encadrement à travers son rajeunissement et sur la base d’une nouvelle règle qui interdit la création de postes budgétaires pour les échelles allant de 1 à 9 au profit de recrutements dans les échelles 10 et11.

Les privatisations ont eu un effet positif et structurant sur les recettes de l'Etat

Un des gros poids du budget public n’est-il pas matérialisé par la Caisse de Compensation? Comment l’Etat peut-il s’en défaire ? Parlez nous de l’exemple du pétrole budgétisé à 35 dollars le baril dans la loi de finances 2005, mais dont le prix local est très soutenu par ladite caisse.
Nous n’avons pas choisi ce prix de référence de 35  dollars le baril de brut de façon aléatoire ou subjective. Il correspond notamment au choix opéré par les institutions internationales. De plus, il a été fait alors que la devise américaine se caractérise par une faiblesse par rapport à d’autres monnaies, ce qui avantage notre pays dont les importations en pétroles sont libellées en billet vert. Tant que le dollar restera faible, ce sera une bonne chose pour le Maroc.
En ce qui concerne la gestion de la Caisse de Compensation, il nous faut envisager une gestion plus active et donc plus volontariste. Il faut mieux, incontestablement, décompenser d’un côté et lutter contre la pauvreté de l’autre, tout en créant les meilleures conditions pour le succès de l’Assurance Maladie Obligatoire. Je crois que le Gouvernement a la volonté de continuer ce qui a été fait il y a quatre années, lors de la décompensation de l’huile et les mois prochains verront certainement des décisions allant dans ce sens pour d’autres produits et denrées.
Mais j’ajouterai une restriction pour le pétrole, car il faut prendre en considération la structure de la consommation énergétique dans notre pays. En effet, une bonne partie de cette  dernière a un caractère social, essentiellement le butane, lequel implique aujourd’hui une subvention de 2,2 milliards de dirhams par an, ainsi que tout le transport en commun, sans oublier le secteur agricole qui utilise le gazole. De ce fait, la part de consommation d’essence, super ou ordinaire, ne représente pas grand-chose. Notre gestion de cette problématique ne peut donc se faire sans prise en compte de l’impact social et politique d’une telle situation.

Pouvez-vous, M. le Ministre, nous assurer, que les efforts actuels, consentis pour financer les grandes réformes, diminueront progressivement  au profit du financement de la croissance?
Les réformes qualitatives sur lesquelles le Maroc avance auront certainement un impact structurel et fondamental en faveur de la croissance. Pour bien le comprendre justement, prenons le cas tangible du secteur des télécommunications. Ce secteur a explosé parce qu’une réforme a permis sa libéralisation. La mutation  du Ministère des Télécommunications en Office, Itissalat Al Maghrib, puis en entreprise au statut de société anonyme privée qui opère et évolue en tant que telle, a permis à ceux qui y travaillent de relever les défis de la compétition et de la concurrence et a fait aujourd’hui de Maroc Telecom le premier contribuable fiscal du pays.
C’est ainsi que les objectifs des réformes de l’Enseignement, du Statut de la Femme, de la Justice, des Transports, de l’Eau, convergent vers la création des conditions profondes de la croissance.
Ceci dit, la pérennisation de la croissance dans notre pays dépend aussi de son environnement économique régional. Nous appartenons en effet, à une région maghrébine, arabe, sud méditerranéenne, qui n’est pas très attractive. C’est pour cela que parmi les points sur lesquels nous devons continuer à travailler, alors que se pose la contrainte politique liée à la question de l’intégrité territoriale de notre pays, la mise en œuvre du projet maghrébin est prioritaire.
Le dialogue avec l’Europe ne se fera réellement, pour nous comme pour nos voisins, que dans le cadre maghrébin. D’autant que si nous sommes très avancés dans le dialogue avec l’Union européenne, la région ne l’est pas.
En attendant, nos projets, nos actions et nos mesures s’inscrivent dans le cadre du programme gouvernemental présenté par le Premier ministre devant le Parlement. Aujourd’hui, nous nous inscrivons dans une double perspective, 2007 pour l’appréciation de l’exécution du programme gouvernemental à la fin de l’actuelle législature et, également, le grand projet sociétal énoncé par Sa Majesté pour 2010, lors du dernier discours de la Fête du Trône. Nous disposons donc de cinq années pour assurer au Maroc un taux de croissance sur la durée qui s’appuierait sur une politique industrielle.

2005 sera l'année de la mise en place d'une politique industrielle

De quelle politique industrielle s’agit-il ?
2005 sera l’année de la mise en place d’une politique  industrielle qui basera l’essentiel de la croissance économique sur des secteurs choisis pour leur capacité à y contribuer.
Au Maroc, à partir des années soixante-dix, on a essentiellement développé le secteur du textile, notamment au niveau de la confection. Puis, d’une manière pragmatique, en tenant compte du démantèlement de l’accord multifibres  au plan international, on a commencé à réfléchir à l’enrichissement du secteur et à celui de la valeur ajoutée intérieure en le développant en amont. Mais depuis, on s’est rendu compte qu’il fallait s’attaquer à ce secteur comme on a procédé pour le tourisme qui a bénéficie, grâce à Sa Majesté, de la Vision 2010, initiée en 2001. Celle-ci n’est pas une simple idée, mais un projet assorti de moyens, telle la mise en place des sites touristiques, une politique de promotion beaucoup plus active, de la formation ainsi qu’un partenariat plus important avec le privé.
La même chose va se faire pour l’industrie dans les secteurs qui seront choisis pour les atouts qu’ils comportent et les potentialités qu’ils recèlent.
La politique industrielle devra donc être nécessairement globale et diversifiée à la fois. Globale, parce qu’elle touchera l’ensemble des secteurs industriels, avec comme objectif l’augmentation de la valeur ajoutée de ces secteurs dans le PIB. Diversifiée, parce qu’elle cherchera à mettre en place des stratégies par branches ou secteurs. Celui du textile, le secteur des industries électriques et électroniques, l’agroalimentaire et la chimie et parachimie notamment. Cette politique sera déterminée en fonction, d’une part, de la demande du marché intérieur, mais surtout des risques et des défis générés par la compétition internationale, qu’elle soit d’origine asiatique, de l’Europe de l’Est, etc. Car, il serait erroné d’adopter en la matière une approche défensive, sachant que la protection est désormais impossible.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com