C'est, désormais, un fait. "L'Etat-Entrepreneur" au Maroc est en passe de provoquer ou de subir plusieurs changements dans ses diverses activités commerciales ou industrielles. Certaines sont, en effet, déjà privatisées: la Samir, la Régie des Tabacs, Maroc Telecom, BMCE, BCP, CTM, Société Chérifienne des Engrais...Sur les 114 entreprises prévues dans la liste initiale des privatisables, seulement 66 entreprises publiques ont été cédées au privé et ce depuis 1993, date du lancement du programme de privatisation au Maroc. Actuellement, cette liste est ouverte à tous les établissements publics à caractère commercial ou industriel. En effet, pour 2005, l'Etat marocain a prévu la privatisation de son industrie de sucrerie, à savoir: Sucrofor, Surac, Sunabel et Sucrerie de Tadla. Au menu également Sonacos, Drapor, Biofarma et Sococharbo. Dans le même sens, l'Etat compte ouvrir une partie du capital de l'opérateur Maroc Telecom via une OPV en cette fin d'année. Il programme également pour 2005 de céder 16% du capital de Maroc Telecom à Vivendi Universel qui contrôle déjà 35% de cette entreprise marocaine. La privatisation prévue pour bientôt de la Comanav s'inscrit aussi dans ce processus. Selon le rapport de la DEPP sur les EEP, l'Etat continue de marquer une forte présence dans les activités commerciales et industrielles. Ceci dit, à fin 2003, l'on enregistre 667 entreprises qui dépendent toujours, de manière directe ou indirecte de l'Etat contre 688, juste une année auparavant. Toutefois, sur les 677 EEP, l'Etat ne dispose que de 73 sociétés ou il détient 100% du capital. Les établissements publics, ajoute le même rapport, sont au nombre de 271, les filiales publiques ont atteint le nombre de 111 et les sociétés mixtes sont actuellement au nombre de 222. Cela ne veut en aucun cas dire que l’État se désengage totalement des activités commerciales et industrielles. D'après le même rapport, on compte 17 nouvelles participations étatiques en 2003. Celles-ci sont en fait souvent, sinon toujours, prises par les entreprises ou les établissement pour consolider leurs activités, prendre des parts de marché, se déployer à l'international... L'exeemple de l'OCP qui a pris des participations dans Prayon SA, ou encore celui de la RAM dans Atlas Bleu et Atlas On Line illustre ce cas. Et bien sûr comme il y a des prises de participation publique, il y a aussi des retraits. Le rapport de la DEPP a soulevé dans ce cadre 28 retraits en 2003 et 16 en 2004. De l'avis d'un analyste, sur ces 677 entreprises, il'y a une dizaine d'EEP qui réalisent la totalité des principaux agrégats du secteur public à savoir, investissement, valeur ajoutée,impôt sur les sociétés, capacité d'autofinancement, fonds propres...: ONEP, RAM, IAM, ONE, ODEP, ONCF...Une raison de plus, conclut-il, pour se débarasser du reste. Chose que les pouvoirs publics s'emploient à faire.
Dans tous les cas, la privatisation au Maroc, en tant que politique de la propriété économique constitue un moment particulier et déterminant dans la mise en place du système politique et social marocain. Reflet de la présence de forces économiques et sociales, qui se sont montrées capables de la poser comme une réalité concrète, celle-ci doit aussi être perçue, dans le cas du Maroc, comme l'expression politique d'un projet social naissant. L'expérience de 1993 a 1998 a amené les pouvoirs-publics, le Gouvernement du Premier ministre socialiste Abderrahmane El Youssoufi, à enrichir les objectifs initiaux de la privatisation dans la perspective d'un élargissement de l'expérience et de redéfinition des missions de l'entreprise. Elle a aussi révélé certaines difficultés pratiques qui ont conduit à envisager des mesures (mineures pour certains observateurs) de reforme du cadre institutionnel de sa mise en oeuvre.
HZ