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Dur, dur, d’être amis avec Condie… L’Amérique et nous

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Entrée au Conseil National de Sécurité, elle a joué un rôle désormais reconnu de tous dans le déclenchement de la crise avec l’Irak de Saddam Hussein puis dans l’offensive des armées américaine et britannique contre un Etat souverain membre de l’ONU. Mme Condoleeza Rice a fait partie du groupe d’officiels américains qui a prétendu que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive, sans jamais avoir été en mesure d’apporter les preuves concrètes de ces assertions.
C’est donc une "dame de fer", au visage peu sympathique au demeurant, qui prend la succession d’un homme courageux, souvent isolé et incompris par ses propres collègues et que George Bush a largement utilisé pour projeter quand cela était nécessaire l’image d’une Amérique tolérante, consensuelle, disposée au dialogue avec ses alliés et ses adversaires.
Mais aujourd’hui, alors que le président Bush ne court plus après un autre mandat, c’est tout naturellement qu’il place aux postes les plus sensibles et les plus importants ceux-là même qui ont contribué à donner de l’Amérique l’image qu’elle présente aujourd’hui.
Mme Rice au Département d’Etat, c’est l’assurance d’une politique extérieure musclée, débarrassée de tout esprit de conciliation, unilatéraliste et impériale, manichéenne et intolérante, sûre d’elle et dominatrice. Est-ce donc dans les circonstances présentes "the right woman at the right place" ?
Sans esprit d’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain, on fera remarquer que la désignation de Condie (c’est ainsi que l’appelle le président Bush) au poste de secrétaire d’Etat apparaîtra comme un signal négatif à nombre de gouvernements et de faiseurs d’opinion de par le monde. Dans une conjoncture délicate, marquée par l’impasse irakienne et le devenir incertain de la question israélo-palestinienne, la Maison Blanche, largement isolée par rapport à ses amis européens traditionnels, (France, Espagne, Allemagne,) profondément haïe par des dizaines de millions d’Arabes et de Musulmans, a choisi la poursuite des choix qui ont conduit à l’impasse actuelle.
Pour nous, Marocains, cette nomination n’aura pas d’effet ou d’impact direct, en ce sens que les intérêts stratégiques du Royaume et ceux des Etats-Unis commandent de façon quasiment irrépressible que Rabat et Washington entretiennent des rapports suivis et mutuellement profitables.
Mme Rice, au demeurant, ne s’est jamais illustrée jusqu’à présent, par des idées ou actions hostiles à notre endroit, même si les relations qui la lient à un certain James Baker sont aussi anciennes que solides.
Mais on soulignera quand même une évidence, c’est que la réputation et les idées "globales" de Condoleeza Rice ne sont pas faites pour faciliter la tâche de tous ceux qui auront à évoquer dans les prochains mois et semaines la nature stratégique et même cardinale des relations bilatérales.
Lorsqu’il faudra, par exemple, "vendre" à l’opinion publique la prochaine tenue dans notre pays du "Forum de l’Avenir", il faudra sans doute plus que le volontarisme un peu exagéré de Si Mohammed El Yazghi  pour faire admettre à des Marocains traumatisés par la scène d’un GI’s abattant froidement un homme blessé à terre, et de surcroît dans une mosquée de la ville détruite de Falloujah, que l’Amérique de Bush et de Rice se préoccupe des droits de l’homme et de la démocratie dans la sphère géographique de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient !
Quand se seront tenues les élections pour désigner un successeur au défunt leader palestinien Yasser Arafat, que l’intransigeance et la froide détermination de Sharon reviendront au-devant de la scène israélo-arabe, qu’elle sera la conduite de Condie, elle qui, en plusieurs occasions, a affirmé qu’elle "comprenait" la politique de liquidation physique menée par Sharon et son armée contre des dirigeants et militants palestiniens ?
A Washington, incontestablement, on mesure parfaitement le degré d’indépendance et la fermeté des positions marocaines sur des questions cruciales. Le président Bush, mieux que quiconque, sait parfaitement que SM  le Roi, à l’intérieur même du Bureau Ovale, a refusé par cinq fois d’envoyer des troupes marocaines en Irak. Les Etats-Unis respectent le Maroc parce qu’ils n’imaginent pas d’autres rapports avec cet Etat que ceux marqués au sceau du réalisme et de la recherche de la satisfaction des intérêts supérieurs de chacun des deux partenaires.
Le Royaume, quant à lui, sera fidèle à ses engagements, poursuivra avec esprit constructif une relation aussi ancienne que forte. Mais, personne ne pourra convaincre les Marocains (sans doute tous les Marocains), que l’actuelle Administration et ses faucons (ici le féminin serait injurieux) sont ce qu’il y a de mieux pour l’Amérique et pour le monde…

Fahd YATA



 

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