Le professeur politologue M.Mohamed Darif affiche de l'optimisme quant aux dispositions de l'Avant-projet de loi sur les partis politiques. Il estime que ce texte comprend des améliorations qui n'existaient pas dans la mouture de 2001. Ainsi, pour les fondateurs de partis, la loi exigeait le nombre de 1000 personnes pour pouvoir créer un parti politique. Ceci n'a pas changé dans ce projet de loi, mais ce qui a changé c'est qu'auparavant, il a été exigé que le quart des membres fondateurs aient des mandats, soit au niveau législatif, soit au niveau communal. Cette mesure, explique M.Darif, faisait une distinction à caractère discriminatoire entre citoyens du même parti. Elle privilégiait les citoyens ayant un mandat à ceux qui ne l'ont pas. " C'est logique. Supprimer cette mesure est un acquis en soi pour la liberté de création d'un parti basé sur la légalité entre les citoyens marocains abstraction faite de leurs niveaux socio-professionnels". Autre innovation importante, ajoute-t-il, concerne le rapport dissolution/participation ou pas aux élections. Ce rapport n'existe plus dans le nouveau texte et un parti ne peut être dissout si la cause est sa non participation à deux reprises aux élections. L'ancienne mouture prévoyait à ce sujet que la non participation d'un parti, à deux fois, aux élections ouvre la voie à une dissolution. " En général, ce projet de loi contient des innovations importantes pour la vie partisane . En attendant les propositions des partis, certaines dispositions peuvent être réétudiées et réexaminées, notamment, le rôle et la place de l'Intérieur", ajoute M.Darif en précisant dans le même sens que " Si, par ailleurs, on remarque une forte présence du ministre de l'Intérieur dans ce texte, cela n'empêche que ce dernier est obligé de justifier les décisions prises à l'encontre d'un parti. Ce qui permet à ce dernier, se jugeant lésé par telle ou telle décision, d'intenter un recours devant le juge". Seulement, un texte à lui seul reste insuffisant pour une véritable réforme du champ partisan. " Si une loi s'avère importante à ce sujet, il n'en demeure pas moins qu'une nouvelle culture de la chose politique au Maroc est une autre pair de manche qui doit impérativement s'installer. Il faut que cette loi trouve le climat favorable à sa mise en oeuvre. Cela veut dire qu'à côté du volet juridique, le politique est loin d'être négligeable pour que la réforme de la scène partisane atteigne les objectifs souhaités", conclut notre interlocuteur.
Côté partis politiques, la méfiance et la prudence sont de mise. Une gestion transparente, légale et dans les normes de la chose partisane intéresse-t-elle vraiment nos partis politiques? Sont-ils en mesure de supporter les conséquences d'une telle réforme? Dans tous les cas, la mise à niveau partisane est irréversible et à chacun d'assumer ce qu’il en résulte: Une affaire "quitte ou double".
H.Z