Mais pas en Floride où le candidat républicain a raflé les 27 grands électeurs d'un Etat dont le frère est gouverneur. C'est dans l'Ohio que se joue cette fois-ci l'élection présidentielle, laquelle au demeurant aura été caractérisée par une réelle et massive mobilisation des citoyens, de la "deep America" réactionnaire, et "cul bénie" aux slums et ghettos latino et afro des grandes villes de la côte Est.
L'Amérique donc, encore une fois, a été victime de son système électoral qui, décidément, s'avère bien imparfait pour ce pays qui se prétend et se proclame la première démocratie au monde, la plus riche et la plus puissante aussi, mais qui est incapable de proposer à ses citoyens des machines de vote performantes, rapides et surtout, inattaquables sur le plan de la fiabilité des résultats.
De Bush à Bush
Peut-être donc que le prochain président des Etats-Unis, qui pourrait bien être George Bush lui-même, s'attellera à la double réforme tant nécessaire pour crédibiliser le système politique américain, celui de la comptabilisation des grands électeurs à la proportionnelle, en fonction des voix obtenues par chaque candidat dans chaque Etat de l'Union, et celui de l'organisation des opérations de vote d'une façon moderne et performante.
Mais en attendant ces avancées, le journaliste s'intéressera d'abord et avant tout, faute d'une confirmation officielle de la victoire de Bush, aux problèmes qui ont été les plus évoqués durant une campagne qui a vu les deux candidats dépenser plus de quatre milliards de dollars pour gagner le droit de coucher à la Maison Blanche !
Car, une chose est sure désormais, c'est que le futur Président américain, fut-il démocrate ou républicain, ne pourra ignorer que ses concitoyens, de par leur participation massive au vote, ont voulu adresser deux messages.
Le premier, c'est que George Bush, tout occupé à préparer ses guerres préventives et ses discours sermons, a totalement ignoré l'économie américaine qui, malgré sa croissance, a laissé en quatre années des millions de citoyens sur la paille, sans emploi, ni couverture sociale. Bush sera sans doute réélu, mais il lui faudra revoir sa copie de Président ultra-libéral, ultraréactionnaire, protecteur des riches et des puissants.
Il lui faudra, également, aborder la politique extérieure des Etats-Unis de façon moins manichéiste et garder ses histoires sur l'Axe du Mal pour effrayer ses futurs petits-enfants et non pour conduire les affaires de la première puissance mondiale. L'Amérique, incontestablement, avec Kerry ou avec Bush, a besoin d'une autre politique étrangère, d'une autre perception de ses intérêts parce qu'aujourd'hui, elle est totalement honnie par des centaines de millions de personnes de par le monde.
On aura compris, en outre, à la faveur d'une campagne électorale particulièrement animée, que l'Amérique avait un grand allié objectif, le sinistre Oussama Ben Laden, qui, avec la complaisante complicité d'Al Jazeera, (une chaîne en réalité servant les intérêts du Qatar, l'un des plus proches alliés de Washington dans le Golfe), s'est invité deux jours avant le scrutin dans tous les foyers américains pour effrayer les électeurs et lancer un avertissement venu fort à propos pour ce nouveau Rambo qu'est George Bush lui-même.
Ben Laden, c'est l'épouvantail de la Maison Blanche et, en agissant comme il vient de le faire, il rend à l'Amérique, les mêmes services que ceux qu'il lui offrait lorsqu'il gérait au Pakistan les bases arrières de la Résistance afghane, avec l'encadrement diligent de la CIA et des services saoudiens, au début de la décennie quatre-vingt-dix du siècle passé.
Les Latins avaient coutume de dire que "bis repetita non placent". Cet adage, visiblement, ne vaut pas pour un pays sans passé comme l'Amérique.
Elle s'empêtre dans de bas calculs arithmétiques quand, dans le même temps, elle a la prétention de régenter les affaires du monde, d'imposer un modèle de démocratie et de développement!
Le peuple américain, en toute liberté, a choisi son Président. Mais il faudra attendre quelques temps sans doute pour savoir si les talons aiguilles de Mme Veuve Heinz résonneront dans les couloirs de la Maison-Blanche ou si les bottes texanes continueront de marteler les parquets du Bureau Ovale.
Quand il n'y a plus de suspense, il n'y a plus d'intérêt. Quant aux enjeux, ils resteront les mêmes, avec Bush ou avec Kerry !
Fahd YATA