Entre ce que l'on pense réellement, ce que l'on dit effectivement et ce que l'on fait concrètement, il y a comme des blancs, des coupes claires pour, peut-être, dire aux décideurs de premier ordre, certaines vérités sans susciter leur courroux. Basée au Etats Unis d'Amérique, cette organisation rassemble plus de 150 spécialistes répartis dans le monde entier et composés d'avocats, de journalistes, d’universitaires, d’experts... Les chercheurs de HRW enquêtent sur les violations des droits humains, aux quatre coins du monde. Que fait-elle alors cette ONG en cette période préélectorale pour dénoncer les actes barbares commis par l'Administration Bush en Irak? A-t-elle publié en cette même période des rapports susceptibles de sensibiliser l'opinion américaine sur la situation des Droits de l'Homme dans le pays de l'Oncle Sam: conditions de vie dans les prisons, brutalités policières, détention des immigrés et exécution des délinquants mineurs ou handicapés mentaux...? Au Maroc, les rapports de cette organisation se suivent et se ressemblent. Dans son dernier document, elle pointe du doigt, comme à l'accoutumée, "la Justice et le sécuritaire: Toutefois, au nom du contre-terrorisme, la protection des droits civils et des libertés fondamentales connaît un recul partout dans le monde et le Maroc n'y fait pas exception".
Ombre et lumière
D'importants progrès opérés pendant les quinze années écoulées, ajoute le rapport, sont à présent menacés par l'attitude des autorités qui multiplient les rafles et jettent en prison des milliers de Marocains accusés de liens avec le terrorisme. "Les témoignages dignes de foi dénonçant des actes de torture et des mauvais traitements à l'encontre de ces suspects, ainsi que la privation manifeste de leurs droits civils lors de la procédure judiciaire, donnent à entendre que les libertés plus nombreuses dont les Marocains ont pu jouir au cours de la dernière décennie pourraient bien leur être retirées. Les enjeux de la répression actuelle sont importants, non seulement pour les personnes soupçonnées d'appartenir à des groupes radicaux ou extrémistes, mais pour tous les Marocains qui ont bénéficié de ces réformes". Dans ce rapport également, HRW en veut à la démarche policière marocaine. " Les Forces de l'Ordre marocaines et l'appareil judiciaire du pays n'ont pas respecté les droits des personnes arrêtées lors de la répression menée contre les activistes présumés suite aux attentats du 16 mai 2003. La police a effectué des arrestations et des perquisitions massives sans permis, la plupart du temps dans des quartiers pauvres soupçonnés d'être des bastions islamistes. Selon les organisations de défense des droits humains, au moins 2.000 personnes ont été appréhendées au cours des mois qui ont suivi les attentats. Beaucoup ont dit qu'elles avaient ensuite été transférées au centre de détention de Temara...Bien que les autorités marocaines nient l'existence d'un centre de détention dirigé par la DGST, les témoignages que nous avons recueillis confirment les récits antérieurs d'islamistes présumés qui disaient avoir été interrogés par la DST dans ce centre". En somme, le rapport de HRW dénonce fermement la politique de l'Etat marocain dans sa lutte contre le terrorisme. Cependant, il est à souligner qu'au Maroc, comme ailleurs, les lois anti-terroristes sont qualifiées de "liberticides". Tous les moyens sont prévus pour prévenir et éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes. Peu importe ce que certains disent ou prétendent critiquer, la situation actuelle l'exige. Notre époque violente réclame des mesures énergiques. Le vrai débat ne peut, en aucun cas, opposer des idéalistes à des praticiens qui se veulent "efficients".
Réalisme
Toutes les démocraties ont eu un jour ou l'autre à affronter ce genre de situation. Ce n'est donc plus un secret pour personne. La mort intervient aujourd'hui au hasard de la folie meurtrière qui naît, à un moment donné de leur parcours chez des individus, des groupes organisés ou des Etats qui font fi du plus élémentaire des principes humains: le droit inaliénable à la vie. Que prévoir alors contre cela pour annihiler le meurtre sauvage, le meurtre délibérément conçu pour provoquer terreur, humiliation, intimidation et violence gratuite parmi la société, les individus et les groupes? De là, on comprend que les Etats sont désormais plus préoccupés à réfléchir aux moyens radicaux de contrer l'acte terroriste que de se gratifier de garanties, pourtant essentielles, pour faire la part des choses et distinguer entre le crime ordinaire (bien que tout acte criminel soit intrinsèquement honni) et l'action terroriste. Aux Etats Unis d'Amérique, la réponse législative de l'Administration américaine aux terribles attentats du 11 septembre demeure draconienne et la plus sévère. Ces attentats ont déclenché la plus grande enquête criminelle de toute l'histoire de la nation. Le FBI a procédé à plusieurs arrestations. Le Congrès a approuvé le budget 2002 de 343 milliards de dollars alloué à la Défense. Dans ce pays, quiconque critique la démarche de la Maison Blanche dans ce domaine est taxé de trahison. La loi anti-terroriste américaine baptisée "Patriot Act" met l'individu suspect de terrorisme en dehors de toute garantie légale. Dès qu'il y a suspicion, le FBI a droit de vie ou de mort sur les individus. Beaucoup de démocrates s'élèvent, toutefois, contre ces mesures. En France, pays connu pour sa richesse en matière de philosophie juridique, les infractions qualifiées de terroristes sont érigées en infractions autonomes punies plus sévèrement. Elles obéissent à un régime procédural très particulier. (A titre d'exemple, la centralisation des poursuites, de l'instruction et du jugement. Allongement à 4 jours de la durée maximale de garde à vue. Possibilité d'effectuer des perquisitions de nuit sous un régime particulier). Dans ce sens, HRW reconnaît, entre les lignes, que le gouvernement marocain, à l'instar de tous les gouvernements, a le droit et le devoir de prévenir de tels crimes et de traduire en justice ceux qui les commettent. Une manière, peut-être, de se rattraper subrepticement en introduisant les "sésames" qu'il faut, bien sûr, à l'heure qu'il faut. Dans tous les cas, il serait illusoire de croire que la société marocaine resterait intacte dans un monde de plus en plus agité. Dans une société connue pour sa grande vulnérabilité, tout est toujours possible, surtout le pire. Le risque qu'il soit politique, économique ou socio-culturel est partout. Telle est la sagesse désenchantée du monde dans lequel nous vivons.
Hassan Zaatit