Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
Consommer, oui, mais à quel prix ? Enquête

Auteur :

Que ceux, qui s'inquiétaient de la disponibilité d'ingrédients devant constituer leur harira (célèbre soupe traditionnelle au Maroc), pendant le mois sacré du Ramadan qui s'annonce en cette fin de semaine, se rassurent. D'après les différentes informations que nous avons glanées sur le terrain, le marché sera suffisamment approvisionné, en viandes blanches et rouges, en oeufs, en légumes surtout en tomates, en dattes et figues, en légumineuses (fèves, lentilles, pois-chiches, ...), en épices, en farine..., Au niveau des marchés de gros, des grandes surfaces et même de certaines supérettes, l'achalandage a été complètement chamboulé. L'effervescence est bien réelle. Les conserves de tomate concentrée, les dattes, ou le miel sont soit amoncelés dès l'entrée, dans ces  endroits, soit bien visibles. Un grand nombre de consommateurs préfèrent se ravitailler en fin de journée, nous fait remarquer une caissière dans un grand supermarché de la place. Mais au-delà de ce souci, quant à la rareté éventuelle des produits, ce sont les niveaux de prix appliqués, qui attirent l'attention des consommateurs.
Devant le rush sur les étals de sucre, de beurre et de margarine, de miel, de dattes ..., avec des pics de consommation qui vont du simple au double de la normale, il y a lieu de s'alarmer quant à l'approvisionnement du marché. Ce qui interpelle encore plus les ménages se situe du côté de spéculateurs sans scrupules, qui ne respectent aucunement la loi sur l'affichage des prix et font de la rétention de stocks, pour faire grimper les prix.

Grands écarts

Au niveau des officiels, notamment l'Association du Marché de Gros (des Fruits et Légumes) de Casablanca (AMGC), et de certains départements ministériels (Élevages, Industries et Commerce) et offices (Office national interprofessionnel de commercialisation des légumineuses- ONICL), les données sont sans équivoque.
Chez les grossistes, M. Ahmed Abid, Président de l'AMGC, nous a procuré un tableau comparatif des prévisions de Ramadan 2003 et de septembre 2004, ainsi qu'une mercuriale, datée du 11 octobre, avec les prix de gros (fruits et légumes) maxima et minima. Ces prix sont souvent très éloignés de ceux du détail. Il est vrai que les commerçants doivent y adjoindre leurs marges, mais les écarts sont trop importants. A titre d'exemple, l'artichaut vert, affiché à la vente en public à 22,10 Dhs, ne dépasse pas 12 Dhs le kg, l'oignon sec blanc ou rouge varie en gros entre 0,80 à 0,40 Dhs le kg, or sur les marchés de détail, il est à 3 Dhs! Les prix de la tomate lisse ou côtelée, de la pomme de terre rouge ou blanche sont en adéquation dans les grandes surfaces à ceux du gros, mais beaucoup trop élevés dans les marchés traditionnels où elles sont facturées au même prix de 5 Dhs. On pourrait multiplier ces cas sur la courgette, les carottes, la laitue, le haricot vert..., Pour justifier leurs prix qui grimpent subitement en flèches, les détaillants ne manquent souvent pas d'arguments. Dans un souk, non loin du centre de la ville de Casablanca, un commerçant n'a pas eu froid aux yeux de soutenir dur comme fer que la tomate allait manquer. Pourtant, selon une source du ministère de l'Industrie, du Commerce et de la Mise à Niveau de l'Économie, la situation prévisionnelle d'approvisionnement du pays en produits de large consommation, à savoir le sucre, le beurre, les principales légumineuses, le riz, le lait, les viandes, la tomate fraîche et les farines, durant cette période du mois de Ramadan 1425, sera normale. Ce collaborateur qui se base sur une note, élaborée sur la base d'informations recueillies auprès de producteurs, d'importateurs et de divers Départements ministériels concernés, fournit une situation assez exhaustive de l’approvisionnement du marché intérieur pendant ce mois.

Le disponible excède les besoins

En confrontant l’offre à la demande des produits usuellement consommés pendant cette période, il a été constaté que le marché sera correctement à largement fourni. En tomates justement, avec chiffres à l'appui, notamment les statistiques fournies par le Département chargé de l’Agriculture, les premières estimations de la production de la tomate fraîche pendant la période d’Octobre- Novembre 2004 s’élèvent à 110.000 tonnes (contre 97.000 tonnes en 2003). Quant à la production globale prévisionnelle, elle pourrait s’établir autour de 668.000 t (dont 601.000 t sous serre et 67.000 t en plein champ) contre 660.000 t en 2003/04. Compte tenu des perspectives d’exportations, les disponibilités pour le marché local pendant cette période peuvent être évaluées à 55.000 t contre 49.000 t pour la même période de la campagne précédente. Ce volume comparé aux prévisions du marché de gros de Casablanca (le plus grand centre urbain du pays) en septembre (8.000 t) donne une idée d'un large approvisionnement en tomates, des besoins du marché. Toujours selon la même source, la production de tomate en conserve, de cette année a atteint 12.000 t et permettra de satisfaire largement les besoins du pays durant la période considérée.
Relativement au sucre, la consommation mensuelle moyenne de sucre, toutes catégories, pour les 8 premiers mois de l’année 2004 s’est située à 83.000 tonnes/mois. Malgré une forte demande pour le sucre granulé, en raison de son utilisation multiple par le consommateur (en pâtisserie, boulangerie, confiserie…), les perspectives de l’offre et de la demande en sucre, toutes catégories, pendant les mois d'Octobre et de Novembre 2004 montrent que le marché sera largement approvisionné (voir tableau).
Si l'on en croit les importateurs potentiels de beurre, il n'y a pas de désagrément à se faire de ce côté là, en termes de disponibilité. La consommation moyenne mensuelle du beurre d'importation tourne autour de 1.300 t, mais celle-ci augmente habituellement de 50% durant le mois de Ramadan. Les stocks de ce produit, détenus auprès des importateurs à la fin du mois d'Août 2004, s'élèvent à 1.900 t. L’analyse des importations prévisionnelles et des ventes du beurre d'importation des mois de Septembre à Novembre 2004, fait ressortir des stocks de 3.018 t et de 2.568 t, respectivement en octobre et novembre, et montre qu’elles couvrent largement la demande pendant la période considérée. La margarine, produit de substitution au beurre, dont la consommation est très significative pendant le mois sacré (environ 4.550 tonnes par rapport à la moyenne de l’année qui est de 1.900 tonnes ) sera aussi sur les étals en abondance, d'après les consultations des principaux producteurs, qui ont confirmé que la production et les stocks détenus permettent de répondre aux besoins du marché.
Mesures de prudence
Les demandes des produits de l'élevage (lait, viandes et œufs ) seront aussi couvertes. En lait, les niveaux de l'offre et la demande des mois de d'octobre à novembre 2004, respectivement 53 et 49 millions de l, et 49 et 48 millions de l, prouvent cette couverture.
Quant au lait UHT, d’après les services du ministère de l'Agriculture, du Développement Rural et des Pêches Maritimes, les données, recueillies auprès des principaux producteurs sont évaluée à 7.650.000 l pendant le mois d’Octobre et 1.400.000 l pendant le mois de Novembre 2004. L'analyse des données précitées montre que cette offre permettra de satisfaire les besoins du marché intérieur en lait et ce malgré la période de basse lactation, à partir du 15 Octobre. On nous apprend, par ailleurs que par mesures de prudence, la Commission Consultative des Importations (CCI), réunie le Vendredi 10 Septembre 2004, a proposé de réduire les quotités des droits de douane sur le lait UHT de 109% à 7% pour la période du 1er au 30 Octobre 2004. Cela permettrait aux opérateurs d’importer le lait UHT, en cas de besoin du marché intérieur. En tout cas, les grandes surfaces, qui ont fait de petits monts de boîtes de lait UHT, ne risquent pas une pénurie pour bientôt. 
Cette même tendance est valable pour les autres denrées. La consommation prévisionnelle des œufs pendant le mois de novembre 2004, 218 millions d'unités correspondra à l'offre. En viandes rouges (offre de 24.250 t et demande de 22.800t) et blanches (offre et demande égalisées à 20.400t), les ménagères trouveront sûrement les quartiers désirés. En légumineuses (fèves, lentilles, et pois-chiches), les quantités disponibles dépassent de loin les besoins pour novembre 2004. Les dattes, qui représentent le fruit fétiche du mois de Ramadan, ne risquent pas de manquer.
Selon les services du ministère chargé de l’Agriculture, la production nationale attendue de dattes pendant la présente campagne est évaluée à 69.400 t contre 54.000 t l’année précédente, soit une augmentation de 28%. De ce fait, l’approvisionnement du pays sera largement assuré surtout que l’avènement du mois sacré devra coïncider avec la période de récolte. De même, les importations des dattes de qualité supérieure, notamment en provenance de la Tunisie, réalisées en franchise douanière, contribueront aussi à assurer un bon approvisionnement du pays en cette denrée.
Les épices (poivre, cumin, gingembre, cannelle...), la farine seront aussi disponibles, en quantités suffisantes, sur les différents marchés.
Si les spéculateurs sont conscients d'un tel approvisionnement, alors la ménagère pourra remplir son panier sans se faire trop de mourons. 

D. MB.



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com