Les résultats des législatives partielles de Salé seraient passés anodins si la donne n'avait pas changé car la Cité des Corsaires a été toujours considérée comme le fief des socialistes de la formation que dirige actuellement M. Mohamed El Yazghi. De l'avis des analystes, il s'agit d'un revers pour le Premier Secrétaire du parti. Dans le cercle restreint de cette formation, on souligne que le successeur de M. Abderrahamane El Youssouffi comptait sur ces résultats pour faire bonne mine lors du prochain Congrès de l'USFP, prévu en 2005. Pour M. Khalid Naciri, de telles conclusions à la va-vite ne peuvent pas donner une lecture exacte de ce qui s'est passé à Salé, le jeudi dernier. Selon notre interlocuteur, il y a d'abord deux constats à faire. "Il ne faut pas tirer de conclusions à la hâte surtout que le taux de participation a été très faible. Il se situe autour de 15 %. Ce qui pose problème et prouve que les partis, dans leur ensemble, n'ont pas su mobiliser les électeurs", fait-il remarquer. Le deuxième constat, d'après M. Naciri, "ces résultats ne concernent pas seulement l'USFP. Ils sont préjudiciables aux forces démocratiques. Conclusion, les partis démocratiques et progressistes doivent revoir leur démarche politique pour récupérer le terrain."
Les forces démocratiques aussi
Pour ce qui est de la victoire des autres partis à savoir le MP, RNI, PDN et le PJD, M. Naciri estime qu'il s'agit d'un élément nouveau qu'il faudra analyser. Autrement dit, il ne faut pas lier le scrutin du jeudi, qui a un caractère local, à d'autres consultations à caractère national. Sur un autre plan, notre consultant estime que la confusion a joué en faveur des autres partis qui n'ont pas su faire la différence. Pour lui donc, le vrai rendez-vous c'est 2007. D'ici là, beaucoup de choses peuvent changer. Pour revenir aux législatives partielles, l'enjeu était pourtant grand pour les candidats. Dans cette perspective, le candidat de l'USFP, en la personne de M. Hajji Nasr, n'avait pas manqué de souligner la nouvelle vision qu'il se fait de Salé. Une ville qui devra connaître un développement durable dans l'harmonie. Dans sa campagne, il n'a pas cessé de marteler et les mots et les chiffres ne lui manquaient pour étayer ses propos. Concernant les équipements et les infrastructures, Nasr Hajji soulignait que "Salé n'est pas une ville mais une juxtaposition d'habitats où l'on remarque une absence d'université, un manque d'hôpital digne d'une cité qui abrite près de 1 million d'habitants sans oublier le nombre élevé de décharges publiques qui envahissent. Il est temps d'en finir avec ces modes de gestion qui ne profitent qu'aux groupes d'intérêts économiques." Son discours n'a pas eu d'écho auprès des électeurs. Résultat, les quatre sièges, qui étaient en jeu à Sala Al Madina, sont été emportés respectivement par Driss Santissi du Mouvement Populaire (actuel maire de Salé), Noureddine Lazrek (RNI) Larbi Essalmi (PND) et Abdelilah Benkirane du PJD. Alors que dans l'autre circonscription de Sala al Jadida, le seul siège à pourvoir a été emporté, haut la main, par Mohamed Benattia du PND. L'Istiqlal qui était aussi présent, dans les consultations locales, n'a pas pu faire mieux que l'USFP puisque ses candidats ont été purement et simplement mis de côté. Pour expliquer cet échec de l'USFP, un haut cadre fait la même analyse que Naciri. "Cette élection est par sa nature très localisée. Ce qui donne généralement un avantage aux candidats très bien implantés, qui cultivent leurs relations avec les électeurs, plus qu'avec les partis et les couleurs qu'ils défendent", explique-t-il. Qu'en est-il enfin du cas du PJD ? Il semblerait que son succès soit lié à l'implantation forte des intégristes à Salé. En ouvrant son espace à de nouvelles composantes politiques, la rive droite du Bouregreg donne un avant-goût des législatives de 2007.
M.S.