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Islam, politique, démocratie, indépendance et compagnie …

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M. Ahmed Osman, président du RNI (Rassemblement national des indépendants, fondé en 1979), est annoncé parmi les intervenants à la rencontre-débat «Politique et Islam…» organisée par le Collectif Démocratie et Modernité, jeudi 30 septembre à Casablanca… Un débat au détour duquel on attend évidemment M. Osman, confronté depuis quelque temps à «des états d’âmes frondeurs» au sein de son parti. Après tout, n’est-il pas normal que les indépendants réclament leur indépendance ? Particulièrement vis-à-vis d’un homme auquel il est reproché, entend-on, d’avoir «érigé le culte du sous-chef en modèle de gouvernance»…
Quoi qu’il en soit, c’est en illustre représentant d’un ordre collectivement discrédité, celui des leaders politiques, que M.Osman devra faire la preuve de sa démocratie et de sa modernité lors de la rencontre en question.

Démocratie  et modernité?

Démocratie, en renonçant à accaparer, comme le lui reprochent un nombre consistant de cadres RNIstes, la direction suprême du parti ; modernité, en prenant acte de la nouvelle donne socio-politique constituée par : le renforcement annoncé de l’activisme ultra-religieux sur le terrain social, en réponse à leur probable prochaine éviction du champ politique ; le déclin irrésistible des citadelles USFP et Istiqlal, récemment battus lors des très symboliques élections législatives partielles de Salé ; surtout, par l’ouverture imminente des frontières économiques et la nécessité impérieuse d’une véritable mise à niveau de l’ensemble des structures productives du pays ; le tout, sur fond de menace terroriste persistante, de découragement généralisé et à la veille de l’ouverture de la session parlementaire d’octobre.
Il demeure qu’avec cinq ministères à caractère économique au sein de l’actuel gouvernement, le RNI semble bien placé dans la course à l’efficacité technocratique, option semble-t-il incontournable en ces temps de marche forcée à la mise à niveau. D’autant que la social-démocratie à la mode locale ayant montré ses faiblesses, il est peut-être temps, se disent les notables "indépendants", toutes sensibilités confondues, de passer à l’action.
Au grand jeu des coalitions et sous le signe des «marchandages boutiquiers de la transhumance politicienne» de la rentrée parlementaire, pourquoi ne pas miser, se demandent déjà certains pronostiqueurs, sur un ticket RNI-Mouvance Populaire, puisqu’ils sont tous deux à droite du centre, à moins que ça soit le centre de la droite…
Dans cet ordre d’idées, la démission récente des rangs du RNI de M. Hassan Derham, député de Laayoune, avec l’intention de rejoindre le Mouvement Populaire, serait prémonitoire : libéraux de droite et/ou du centre logiquement réunis pour remporter le combat de l’indépendance économique qui se jouera bientôt contre les conglomérats mondialisés. C’est à se demander, vraiment, ce que la religion vient faire là-dedans…

D’éminentes  personnalités

Aux côtés de M. Osman pour débattre, ce jeudi en l’amphithéâtre de la Faculté de Médecine de Casablanca, d’ "Islam et Politique" et de "Politique et Islam" (sic) , le collectif Démocratie et Modernité a rassemblé un aréopage d’éminentes personnalités : Messieurs Abdelhadi Boutaleb, Ismaïl el Alaoui, Abbas el Fassi, Saad Eddine El Othmani, Mohamed El Yazghi, Mohamed Moujahid, Ahmed Raïssouni et Ahmed Taoufik étaient également annoncés. Rien d’étonnant que M. Driss Moussaoui, membre fondateur du Collectif, avoue attendre beaucoup de cette rencontre, en termes de clarification des enjeux et des positions.

Un véritable espace de réflexion

Reste à attendre, à l’heure où ces lignes sont écrites, ce qui pourra bien jaillir de ce rassemblement somme toute hétéroclite de «forces vives». «Au mieux, souhaite ce militant anonyme de l’une des associations membres du Collectif, la voie d’accès enfin ouverte à un véritable espace de réflexion sur un projet de société cohérent. Quand au pire, conclut-il, c’est-à-dire au cas où les positions respectives des uns et des autres s’avèreraient décidément inconciliables, notamment du fait de l’émergence d’un modèle laïque au sein de la société marocaine, nous y sommes déjà. Cela ne peut donc qu’aller mieux…»
On remerciera le Collectif Démocratie et Modernité d’avoir prévu que la rencontre en question soit ouverte au public. Nul doute que cela garantira aux débats l’animation souhaitée en contribuant à y disqualifier la langue de bois. Largement diffusée par voie de presse, l’annonce de la manifestation n’aura pas manqué en effet d’aiguiser les esprits. Et quoi de tel qu’un débat d’une telle envergure pour préparer l’arrivée de «Monseigneur Ramadan» qui viendra à point nommé nous rappeler à quel point, au Maroc, Islam et Politique sont aussi bien assortis.
Car  « au nom de quoi, s’insurge cet universitaire très ostensiblement musulman, à la lecture de l’intitulé de la conférence, devrait-on exclure L’islam du Politique alors que l’Islam, en tant que projet de société, relève foncièrement de l’ordre politique?» A moins que, le véritable travail politique se faisant sur le terrain, le retour des Islamistes à la case “encadrement de proximité” finisse par faire basculer la société marocaine dans une logique d’islamisation par la base, avec tout ce que cela comporte de risques de lectures tendancieuses du message divin. Sachant que tout ce qu’il est possible d’opposer à cela, nous confiait récemment M. Khalid Naciri, c’est la modernité intrinsèque du message islamique, qui constitue un vecteur de renouveau et de progrès à condition toutefois que l’on en comprenne mieux l’esprit. (Cf. La Nouvelle Tribune n° 417)
 Pendant ce temps, dans les cercles de l’élite intellectuelle et sociale, dans les milieux d’affaires également, à Tanger, Marrakech, Casablanca et Rabat, des citoyens en mal de repères depuis la nuit du 16 mai 2003 se laissent tenter par de nouveaux cadres de rassemblement et de réflexion. C’est ainsi que la franc-maçonnerie, que l’on pouvait croire cantonnée chez nous à une poignée d’illuminés, gagne insensiblement du terrain... La nature a horreur du vide : en ces temps de grave crise des valeurs, on comprend que l’idéal à la fois déiste et laïcisant de la Franc-Maçonnerie puisse apparaître, à certains du moins, comme un modèle efficace de conciliation du temporel et du spirituel.

Driss Messaoudi



 

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